LES SOCIÉTÉS DE CULTURE MORALE
SIB
mais toutes ramènent devant les esprits l'idée du bien, avec la persislance d'un dogme.
Lasociélé n'a rien d'un club ou d'une ligue, qui en ne convenant qu'à quelques membres de chaque famille vont contre les forces qui font la famille. Elle est un lien de famille de plus, en réunissant à ses séances et en occupant à ses diverses œuvres les divers membres de chaque famille. Elle préside à la vie de famille elleinôme, de l'enfance à la mort. Elle a le pouvoir légal de marier, et la cérémonie du mariage, épurée des rites qui symbolisent la subordination de la femme, est un rappel grave de l'égalité des devoirs et du don libre de l'un à l'autre. Elle a pour les enfants les classes du dimanche, qui remplacent le catéchisme des églises; elle a son cimetière, et chaque année la dernière réunion est commémorative des morts, on y lit leurs noms dans un silence oppressant, et c'est entre les membres un lien sacré de plus. L'éducation commune prépare entre leurs enfants un lien moral; la société crée une continuité d'une génération à l'autre; le souvenir des morts cl les souvenirs d'enfance, en attachant à elle les Ames, les attachent à l'action bienfaisante qui est sa raison d'être.
Le danger serait que l'idée de l'action, ramenée avec la persistance d'un dogme, fût en effet comme un dogme; qu'après avoir pénétré dans l'âme à la faveur d'élats mystiques, elle y devint métaphysique ou ' abstraite, et qu'elle fût comme un fétiche pour Ift communauté, comme une amulette pour les membres ^ mais les œuvres sont là, solJicilanles, muUiples, élaa-
LA RELIGIOS DAKS LA. SOGtett ADX ftTATS-DSIS tiques. En elles, toute velléité de bien doit prendre corps tout de suite et passer par l'épreuve de l'action .
Toute analyse des œuvres serait fastidieuse eL incomplète ; on ne peut qu'en indiqucrles deux grands caractères.
Le premier, c'est d'être d'acliialilK; il s'ensuit que souvent elles sont locales. La société, reposant sur ridée de progrès, a une prédilection pour les problèmes de ta dernière heure. C'est ainsi qu'à New York, où la question des logements ouvriers a remué l'opiDion dans les dernières années, les membres de la société ont pris l'initiative d'en construire de modèles. A Chicago, un cours d'adultes de la Société, à force de s'accroître, en était venu à inviter comme conférenciers des hommes publics, qui parlaient sur les sciences sociales : lors de la dernière grande grève, ce cours se trouva là comme un terrain neutre, où les théoriciens des patrons et des ouvriers continuèrent à venir parler : ils se rapprochèent par cette communauté d'enseignement, et ce cours populaire devint uD facteur de la vie locale : curieux exemple du rôle pratique auquel s'élève, presque malgré elle, une œuvre toute morale, quand ses soucis sont ceux du jour.
Le second caractère des œuvres est d'être person-
\ nelles. La société difl'ère essentiellement des ligues
! ou associations en ce qu'elle n'est une force sociale
I que pour être une force morale : son but n'est pas
seulement la bienfaisance au dehors, mais lo perfec-
nement de ses propres membres par le moyen de cette
bienfaisance : ses oeuvres n'ont pas leur seule fin on
elles-mêmes; elle est avant toutéducalrîce et ins