‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 43 sur 67 · I.R8 SOCIÉTÉS DE CnLTUHE MORALE · texte numérisé non relu

I.R8 SOCIÉTÉS DE CnLTUHE MORALE

trice de ses adeptes : c'est pourquoi, si elle lienl d'une ligue parses procédés d'action, elle lient, par sa portée morale, d'une communion religieuse. Elle se soucie moins d'ôlre une force que d'éveiller des forces; elle lient plusù susciter des énergies qu'à les recueillir; elle ne tente pas de les accaparer au service de telle réforme plutôt que de telle autre. Ce sont les consciences qu'elle veut refaire, plutôl que le monde, et elle laisse à chaque conscience à son tour le soin de refaire un peu du monde à son gré et selon son cœur. Elle préfère comme la religion les résultats morauTt aux résultats matériels parce que s'ils sont incalculables ils ont aussi quelque chose d'indéfini.

Aussi aime-t-elle à susciter des œuvres qui ne se font pas en son nom. A Saint-Louis, dès qu'elle eut fondé les clubs ouvriers, elle les constitua en œuvre autonome, propriétaire de son local. Ses chefs diri-

mt personnellement des œuvres qui nominalement

tsans rapport avec elle. Quand ceux de ses mem-

|iqui ont des logements ouvriers les font rebâtir

i un plan modèle, comme à New York, ils font

Y de propriétaires particuliers et non de socié-

>Bant aux œuvres non affranchies d'elle, elles se siSent pour suffire à tous lea âges, à tous les ^^ te, h tous les goûts : elles s'accommodent à toutes , les personnalités parce que leur but est de développer J des personnalités. Toute initiative est la bienvenue;' c'est ainsi que bien que la société s'abstienne d'cnsei-1 gnement utilitaire, elle a organisé des cours do tenue 1 de livres à la demande de quelques membres, selon l sa règle d'encourager loule activité. Dans le sein do la Société de New York, les clubs de jeunes gens n;

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sent les uns des mitres, font des avances aux classes pauvres, et se ramifienL sans fin selon les besoins ou les goûts de leurs membres. La « Conférence féminine » s'est subdivisée en cinq groupes, dont le premier fournit aux pauvres des vêtements et des remèdes, dont le second se charge d'assurer les recettes des autres, dont le troisième élève des enfants estropiés, dont le quatrième s'intitule la société des mères pour l'étude de l'enfant, et dont le cinquième instruit et amuse les ouvrières. La Conférence des Femmes a en oufre inauguré un système de gardemalades à domicile et fait naître en dehors d'elle une grande association d'enfants. Les œuvres se multiplient d'elles-mêmes, et selon les besoins se coordonnent ou s'afl'ranchissent les unes des aulres. C'est la vie individuelle, la vie privée, la vie entière de chaque membre que la société cherche à ennoblir.

Les œuvres capitales de la société sont ses écoles- A l'école l'enfant acquiert par sa propre activité le culte de la vie et le sens du progrè.i; par là il s'accoutume à accroître la vie et à aider au progrès. Ses maîtres lui font un peu reconstruire le monde en raccourci, parce qu'ils croient que pour- aimer le monde faut le recréer, comme pour aimer le bien il faut le ire. L'originalité de l'école fut d'être la première A du travail manuel un moyen de rulture générale \ulôL que d'adresse professionnelle.

Dès l'école maternelle, les petits en chantant, avec iccompagnement au piano, font rouler des balles de

LES socrÉrés dk culture morale

l'un à l'autre : ils apprennent le charme des gestes monotones, tel qu'il se dégage des rythmes des fileuses. Plus figés ils drapent chaque semaine une étoffe nouvelle, qu'ils nomment le grain de beauté de la classe, et choisissent à tour de rôle dans le musée deux vases d'une nuance harmonieuse qu'ils y disposent, ^ais plus encore que l'impression des harmonies rythmes, ils reçoivent celle delà vie. Ou plutôt la donnent à eux-mfimes. Ils dessinent, colorient idèlenl d'après des bêtes empaillées, en train de ou de grimper; ils se servent à tour de rôle de îs à eux-mêmes, dans des poses du fantaisie, des esquisses d'un quart d'heure. Ils imaginent illustrer les fables d'Esope, à l'aquarelle ou en des paysages et des groupes, dont quelquesrprenncnt par le sens du mouvement et de la nature. Ils étudient le monde animal, apprennent h respecter en lui la vie, et visitent parfois la société prolectrice des animaux.

Mais ce qu'ils s'enseignent surtout à eux-mêmes, plus particulièrement encore que la beau lé de la vie, c'est la beauté de la vie dans son prognh ; ils acquièrent le sens du mouvement dans le temps aussi bien que du mouvement dans l'espace : le culte de la vie, mais de la vie en tant qu'elle évolue et que chacun en peut aider le progrès, est ce qui fait Vunilé de renseignement.

Là est la raison d'é.lre de l'école. Elle rétablit dans l'enseignement ce dont il a manqué depuis qu'il ne devait plus être confessionnel : Yunité morale. Tou t consusciter et à entretenir chez l'enfant l'enthoudu progrès humain el le goût d'y contribuer.

La passion du progrès est ce qui inspire les leçons orales ou écrites aussi bien que les leçons de choses ou le travail manuel; Téducation de Tenfant est à ce^ tains égards un abrégé de celle de rhumanité; on lui fait un peu vivre en classe, par Timagination, la vie des époques successives. Si le sujet d'un trimestre est riiistoirc des Indiens, les leçons de couture, de modelage, de dessin, de travail sur papier ou sur bois, de tissage, consistent à coudre des souliers de mocassin, pétrir et peindre des Indiens et des vases primitifs, enfiler des ornements de perles, vanner des corbeilles de paille, tisser des filets de ficelle; au coin delà classe, avec du sable et des pierres on fait une colline et des ruisseaux, des branches cueillies par les petits servent d'arbres, ils dressent des tentes, des bons*, hommes, des bêtes, figurent un lac par du verre, J j)osent des canoës, et un paysage indien s'improvise, où tout est l'œuvre de leurs doigts : miniature de ces vitrines de musées qui montrent la vie à travers l i1ges.

Ils goûtent ainsi chaque époque en ses men objets comme en son ensemble; ils se préparent apprécier le détail de la vie; et, tout ce qu'on faitd ses mains prenant un prix, ils s'accoutument à n pecter les plus petits objets et les plus humbles vaux dont l'ensemble fait une civiHsation.

Ces petites créations d'enfants ne sont qu accessoire dans l'enseignement, un peu une récré lion, mais elles créent autour de la classe u atmosphère où il semble que doive se former le goi de la vie et le sens du réel. Le réel est complexe tout y est relatif : chaque détail complète tous l autres, il est multiple et coordonné; il en est ainsi

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ces peliLes ri5siirreclions du passé, auxquelles loule une classe collabore; elles éveillent l'iiislinct de la besogne en commun, qui esl la loi du réel; et vrai- I ment un parfum de réalité s'en dégage; moins qu'ea ' aucune école on se sent enlre quatre mure; il semble que je ne sais quoi du grand monde ail élé évoqué et soit là, présent.

Les élèves jusqu'à onze ans environ s'assimilent les arlR enfantins de l'humanité; puis, parle travail du fer et le travail du bois, on les intéresse aux arts mécaniques cl à l'induslrie moilcrne.

On n'éparpille pas les elTorts dans la confection de bibelots individuels : on consIruiL en miniature une .œuvre d'intérêt public qui initie l'enfant à la vie : un pont, une f^ruc, un moulin. C'est le tradlectif de tout le semestre. On gradue les leçons ni par ordre de difficulté les pièces du ■ objet : chaque leçon en soi a son but et implique ittgrës sans que l'enfant jamais perde de vue B d'ensemble, le frjigment de monde mo<lerne l avec ses voisins en train de construire. Sur teture encore incomplète on pose un grand lia courbe; puis, sur la structure fortifiée, me poids, qu'elle supporte ; et c'est devant l comme un petit drame mécanique, qui lui ■lie sens des forces en jeu .

^ par une harmonieuse alternance de la méca- Eet de la fantaisie, pour éviter trop de hâte, ou 1 de dégofil, on inlerrompl parfois le pont ou ^in, et de ta dernière forme apprise on tire des jtde ménage : telle croix de Saint-André, qui a 1 fortifier une arche de pont, devient, avec queltirnenients, un réchaud : et les mêmes formes

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géométriques servant aux choses du ménage ou de la j rue, une sorte de parenté et d'égalité s'établit pour } l'enfant entre les objets faniiliers et les œuvres publiques, entre le minuscule et le gigantesque : il en vient à mieux aimer, et surtout à mieux observer l'un et l'autre; le monde entier prend pour lui un sens.

II n'a d'outil, pour le travail du fer, qu'une pince à courber les lamelles; il calcule tout selon la géométrie et mesure tout à l'œil; il ne fait rieudemacbinal; c'est le pouvoir constructeur, avec le goût de la construction, qu'on développe en lui; ici encore il est vraiment créateur. On l'occupe tout entier, sens et pensée, à une lâche exacte en soi, sociale par son but, doublement saine.

L'idée du travail n'est jamais séparée de celle du

progrès que le travail crée. Non seulement l'enfant

s'élève avec l'tVge des plus primitifs aux plus modernes

des arts; mais les modèles mêmes dont il s'inspire, et

le musée scolaire où il les clioisit lui ruppellenl

autant que possible l'évolution de l'industrie humaine.

L'idée du progrès inspire l'enseignement oral

comme l'enseignement manuel. Le cours d'histoire

est moins un récit de chaque époque qu'un bilan de

[ ses contributions durables à l'esprit humain. Il sug-

k gère des questions comme celles-ci : " En quoi les

\ monarchies orientales ont-elles aidé à résoudre le

I problème de l'organisation politique? « u A quoi

I servi l'Empire perse? » " O''*'!!^ ^ ^^^ l*" contribulïoo

I de la Grèce, de Rome, de la féodalité, de la royauii|

1 absolue? » '< Quel est le sens de l'idéal démocraliquo!

■ilel qu'il règne aujourd'hui?" « En quoi la dénaocratit

■A-t-elIe réusai? En quoi a-t-elle échoué? » Le but e^!

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