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CHAPITRE XXII

Une paroisse américaine.

« Il n'y a pas de tendance au paupérisme dans notre congrégation. »

(Rapport de la paroisse de Saint-Barthélémy, 1899.)

On peut, pour plus de précision, prendre comme type des Eglises mutualistes Tensemble des œuvres d'une même secte dans une même ville, et par exemple des Églises épiscopaliennes à New York. Les plus considérables sont celles de Saint-Barthélémy et de Saint Georges; les comptes-rendus annuels de leur activité sont de vrais livres. Dans Tintroduct:ion de celui de 99, le recteur de Saint-Barthélémy écrit : « La nature humaine n*est pas double ou triple mais une. La religion est une force spirituelle ; mais Une force spirituelle qui se borne aux choses spiri- Luelles est une force spirituelle avortée, qui cessera Un jour et d'être spirituelle et d'être une force. »

A Saint-Barthélemv, le club du soir des filles a 350 membres; celui de l'après-midi, 250; le club des hommes, 540; le club des garçons, 550. L'école industrielle a 335 élèves; l'école maternelle, 150.

100 candidats atlendeot leur admission aux divers clubs.

Le gymnase esl ouvert en permanence, de dix heures du matin à dix heures du soir.

Le cluù ih's garçons a, chaque lundi, de sept heures et demie à neuf heures et demie du soir, des classes d'arithmétique, d'orthographe, de tenue de livre el de calligraphie. Trois fois par semaine, desept heures un quart à huit heures et demie, ils ont une classe de gymnase et la jouissance des bains; une quatrième séance de gymnase avec bains a lieu dans la matinée du samedi, qui est jour de congé aux Etals-Unis. La bibliothèque du bâtiment leur est réservée, de sept heures à huiL heures et demie, les trois soirs où ils n'ont pas gymnase. Le mardi, de neuf heures et demie à dix heures et demie, il y a danse. Le mercredi, à huit heures, il y a une classe de tambour et une de fifre chaque semaine, une séance d'exercico miliLaire, une d'exercices d'assouplissement (calisthenîcs) et une de foot-ball. Les salles du club, pour se réunir, lire et jouer, sont ouvertes tous les soir» de sept heures à neuf heures el demie.

Le club dts filles do l'après-midi a, tous les jours, de quatre heures à cinq heures et demie, des classes de couture, broderie, crochet, travaux do fantaisie, confection, modes, cuisine; et trois fois par semaine, une classe de culture physique. 11 y a deux « aprèstnidi de jeu ».

Le club des filles du soir a tous les Jours des classes de confections, modes, broderie, cuisine, etc. Il a deux classes de tenue de livres par semaine, cinq de sténographie et d'écriture à la machine, une du littérature, uae d'anglais, une de français. Elles se font

UNS PABOISSE AMERICAINK

de sept heures el demie à neuf heures el demie. Il y a chaque soir à la inAine heure uae classe de culture physique.

Le club des kommei esl ouvert tous les jours de dix heures du malin à onze heures du soir. Il a trois séances de gymnase par semaine, de huit heures A neuf heures du soir. Chaque mardi il a une séance de discussion ; et chaque jeudi, danse.

1 Glee club, ou club musical, se réunit chaque idi de sept heures et demie à neuf heures et demie. B lundi et mardi soir, il y a des soirfcs communes bue les cluhs, avec musique.

U'Écote maternelle (Kîndergarten) rci;oil les curants ique malin de neuf heures à midi.

k côté de ses clubs de jeunes gens, de jeunes filles ll'homines, la paroisse a quelques iiistiLulions pour Hemmeg mariées. On ne peut les organiser on club tee que le ménage les retient chez elles. Mais elles % besoin, elles aussi, de sortir parfois de la routine iogne et du manque d'air de leurs taudis. B fois par mois, l'après-midi, on les invite de trois inq, et on les fait jouer comme des enfants; c'est ir elles une grande joie et un grand repos. Souvent celles qui le peuvent viennent assister un toent aux classes de l'asile : leur visage s'illumine souter les chansons, les jeux et les besognes jtines dont on occupe leurs petits. Une fois par iaine, on leur fait une classe de cuisine. L'in- IjBce de l'asile s'étend des enfants aux mères : flles lavent et raccommodent tard le soir pour : leurs petits propres le matin. C'est un pro- K qui est venu peu à peu. " « Prescpie toulea les i ne demandent qu'à mieux savoir élever^

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enfants. Elles sont promptes à saisir leurs fautes et ont hâte d'y remédier. On a dit qu'on pouvait reconnaître les maisons des enfants de Tasile aux façons plus calmes et plus douces des femmes envers les petits : c'est en partie TefTei des réunions de mères qui se font chaque mois. »

Ce qui fait la vie d'un club, c*en est Tatmosphère sociale. C'est vrai d'un club ouvrier comme d'un club aristocratique. Les pauvres font entre eux les mêmes distinctions que les riches entre eux. Il n'y a guère de club populaire qui n'en méprise un autre : un peu de dédain est peut-être la condition du respect de soi-même. L'attrait d'un club pour ses membres est dû au ton qui y règne : aussi tous sonl-ils soucieux de le maintenir. C'est en partie ce qui fait la vertu éducatrice des associations. Elles transforment d'autant plus leurs membres qu'ils ont entre eux plus de rapports et s'obligent par là à plus d'égards. Aussi les organisateurs tentent-ils de développer ce (fu'on pourrait appeler la vie mondaine, mais c(» (jue les Américains appellent la vie sociale du club. (Test pourquoi ils favorisent la danse. « H s'établit par là, dit le rapport de la paroisse, un ton plus élevé dans les manières et dans les rapports des uns aux autres. Il y en a parmi les filles qui ont besoin d'apprendre à se faire respecter et à se faircj marquer des égards; beaucoup des hommes onl besoin d'apprendre à témoigner leur respect par leurs manières. Les classes de danse sont le meilleur moyen, et nous avons constaté les bons effets dans] ce sens des efforts de l'an dernier. » Des concertSi des pièces jouées par les membres, parfois une opé-j rette avec chœurs, servent à créer une atmosphèt

UNE PAROISSE AMÉflICAtNE

sociale. L'aspect du club laisse dans le douLe sur la classe de sbs membres; ou plutùL on se sent sur un terrain où la notion de classe ne pénètre guère; avec leur confortable bourgeois, les salles u'onl rien de ce qu'évoque en France le mot « ouvrier »; les vêtements en Amérique ne diffèrent guère selon la profession; on se sent là dans un « cercle » où chacun se sent chez soi. D'après les administrateurs, le club compte une moitié d'ouvriers, une moitié d'employés; il a aussi quelques membres de professions Ubérales, qui ne se distinguent pas des autres. Parmi les filles, des vendeuses de magasins, des ouvrières d'usines, beaucoup de couturières et de modistes, des insUtu- Irices communales, des teneuses de livres, des caissières, des sténographes.

Le jardin suspendu aide à la vie sociale de la

paroisse. L'idée en fut suggérée par un petit de

t'asile : un jour, d'un pont sur un chemin de fer, il

'jeta sa seule poupée dans un train en marche, pour

li faire voir la campagne. La maltresse se creusa la

pour avoir un coin de campagne en pleine ville,

it l'idée d'un jardin sur le toit. Chaque enfant

'ta un petit pot de terre et des graines; un char-

Bt des caisses; on confia le jardin aux soins

Icole maternelle. Ce fut aussi un potager, les

ins se souciant surtout des légumes et les Glles

les laitues, on nourrit des lapins.

iremiers radis furent envoyés au recteur, et

on lut aux enfants la lettre où il en vantait Is

ils battirent des mains. Parfois les petits

mt chez eux quekjues légumes, La plupart

ivaient jamais vu en terre; et le jardin accrut

intérêt pour tous les jeux, contes et chants qui

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ont trait à la campagne. Les soirs d'été, le toit esl ouvert au club; avec ses arbustes et ses fleurs, quand la brise sourtle, il délasse les travailleurs des journées étoulTanles de la rue; on y fait de la musique, on y danse, on y sert parfois des glaces.

L'instruction, dans les clubs de la paroisse, tient plus de place que le plaisir. Ce ne sont pas les directeurs, ce sont les membres, qui développent le cOlé sérieux de l'œuvre. Il y a chez eux une fièvre de travail, née de la lutte pour la vie. Le clergé n'encourage pas leur utilitarisme mais il le favorise : son principe est de laisser aux membres toute l'initiative possible; c'est à la demande des membres qu'il a organisé des cours commerciaux. Dans une autre paroisse, celle de Saint-Georges, un avocat avait fait un club de garçons, pour ne pas les laisser le soir dans la rue; il essaya en vain de les retenir par des jeux, et imagina des classes do travail manuel : son but n'était que de les intéresser plus, par quelque chose de plus suivi. Les petits furent là tous les soirs et amenèrent des amis; il n'était ni artisan ni pédagogue : il dut apprendre des métiers pour les enseigner; bientôt il eut malgré lui une école professionnelle à mener. Cela s'était fait sans qu'il le voulût, presque sans qu'il le sût. Respectueux de toute ini* tiative, les directeurs se prêtent aux soucis utilitaires des membres ; ils savent que le relèvement matériel d'un travailleur est souvent le signe ou la cause d'un relèvement moral. Ils se préoccupent, aux classes de couture, de préparer les élèves aux petites spécialités, telles que l'ourlage ou le rapportagc, qui leur serviront plus dans les ateliers qu'une instruction génét|«le en couture.

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