‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 47 sur 67 · UNE PAROISSE AMERICAINE · texte numérisé non relu

UNE PAROISSE AMERICAINE

Mais le but des clubs est quelque chose d'aiilre que le plaisir ou le profit. L'Eglise inslitulioDaelle repose eur le principe du salut en commun, et du du salut par la communauté mfîme; les Américains pensent volontiers que le progrès moral d'une personne est en raison de ses liens sociaux, a Nous essayons, dit le rapport de Saint-Barthélémy, de faire en sortequelesjeunesGllesaient une conception large de leur lien avec le club; les plus anciennes des adhérentes nous aident à faire de cet élargissement de vues l'esprit dominant du club. L'important est que les membres elles-mêmes g'aper(;oivent des possibilités d'une organisation comme la nôtre, quand l'animent un désir commun et un dessein élevé. » L'un des moyens de développer la conscience des membres est d'éveiller en eux, par un maximum d'indépendance, un maximum de responsabilité. Une cotisation, de quinze francs par an pour les hommes, plus dix francs pour le gymnase, leurdonnc la sensation d'être chez eux. Une sorte de pension, oii les jeunes filles du club peuvent Ôlre logées et nourries, a surpris toutes les personnes qui la visitent par l'absence de toute règle. La <i maison de vacances », où les ouvrières vont passer une ou deux semaines à tour de rûle, est aussi un lieu de pleine liberté : u Pas de règles! » s'écriait un jour une des pensionnaires, toute charmée du régime. Là oii les règles sont nécessaires, on a soin de faire sentir aux membres qu'ils ae les imposent eux-mêmes et pour eux-mêmes : le club des garçons, comme la plupart des sociétés d'enfants aux Etats-Unis, fonctionne comme un petit Parlement; il comprend une société littéraire, qui élit parmi eux un président, un secrétaire, un trésorier.

236 LA RELIGION DANS LA SOCIÉTÉ AUX ÉTÀTsfl Toules les discussions sonl menées dsDs l'ordre des débaU parlfimenLaires, el les staluls stipulent que le Manuel de droit parlementaire de Robert fera autorité. L'ordre du jour des séances est ainsi fixé par les statuts : 1, Lecture du texte du jour; 2, Appel des membres; ;i, Lecture du rapport de la séance précédente; 4, Débat tilléraire; 5, Critique du débat par le « Leader h ; 6, Communications; 7, Rapports des Comités et du trésorier; 8, Réception des nouveatuc membres ; 9, Adaires diverses ; 10, Fixation de la dale delà séance suivante.

Le club des hommes comprend aussi une société de Discussion, dont le programme en 1898-99 a été le suivant : octobre, Le Sol, premier instrument de production; ce qu'il donne et ce qu'il reçoit, dans Tact* productif; problème d'application : doit-il être la propriété de l'individu ou de la communauté? Novembre, Le Travail, second agent de production; ce qu'il donne et ce qu'il reçoit dans l'acte productif; problème d'application : le travailleur reçoit-il ce h quoi il a droit? principe des salaires. Décembre, Le Capîljil, troisième agent de production, etc.; problème d'application; la concentration du capital est-elle un bien pour la société? Les sujets ont été, pour janvier l'argent, pour février l'impôt, pour mars la question du gouvernement producteur.

C'est dans les clubs qu'est la vie interne et Intime de la paroisse. Mais son action s'étend au dehors, par la clinique, par l'ateber de secours, et surtout par deux institutions qui, sans être comme les clubs de grandes familles, sont elles-mômes des œuvres de

Lmutuahté plus que de charité : le bureau de place-

Knent et l'association de prêt.

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Si quelque chose répugne aux Églises, c'est d'aU tirer à elles par l'aumôae. Les Églises américaines méprisent la charité, On prêche contre la charité, On parle en chaire de la charité conimo de la principale cause de la misère. On y représente comme une lilcheté et comme une faute le sou donné à un mendiant. Même les secours méthodiques ne sont di.stribués qu'avec scrupides et presque à regret. On tâche d'aider par du travail et non par de l'argent. Les Églises sur le plan moderne ont leur bureau de placement. « La gi^ne, dit le rapport de Saint-Barlhélemy, vient presque toujours du manque d'emploi. Le mari ou le fils sont sans place, et le loyer est en retard. Notre système inflexible a été de mettre ces familles en relation avec notre bureau de placement, plutôt que de donner de l'argent pour une aide passagère. Il n'y <i pas de tendance au paupérisme daas notre congrégation. Le profit pour les caractères est incalculable; l'alttrance à l'église par l'allente d'ttnpeu tTargenl dispamil. Le bureau de placement devient ainsi un facteur important dans le développement d'une cotigri'galion indépendante, ayant le respect de toi-même. "

Le bureau de placement est « un effort systématique pour procurer du travail qui permette de se supporter dignement et des moyens de secours dont l'effet soit permanent ». « Nous opérons, ajoute le rapport, d'une façon rigoureusement commerciale, selon l'article MO des lois de 1H88, amendé par l'ar- Ucle 330 des lois de 1891, sur les « agences de renseignements, bureaux de placement eL autres lieux qui font payer un droit pour procurer du travail, » Les droits d'inscription varient de 23 à 50 sous selon

LA RBLIOION DAK8 lÀ SOCIE le genre de place qu'on cherche.

ï AUX ÉTATS-UNIS

" Ce n'est pas une commission, mais une indcinnifé pour les frais de bureau. " Si une place est obtenue, le bureau prélève sur le salaire du premier mois une commission qui varie de 10 à 15 0/0. 11 esl en rapport téléphonique avec les agences de placement de la ville, comme elles le sont entre elles. En un an, le bureau a placé 186fi domestiques el 093 employés, artisans ou maniEUvres. Son ■caractère commercial est une garantie d'indépendance pour ceux qu'il oblige. Soucieux de fonctionner commercialement, il a recours aux annonces pour obtenir la proportion de demandes ia plus favorable à un service régulier, c'est-à-dire quatre demandes d'emploi environ pour trois offres de place. Quand ses clients ont un défaut d'esprit ou do corps, il tâche de trouver une besogne à leur portée; sinon il les adresse à des institutions spéciales. Le dernier budget du bureau a été d'environ 27 300 francs pour les recettes et 21C00 francs pour les dépenses; au bout de quatre ans son fonds de réserve est d'environ 7000 francs. Le bureau ne dévie de son attitude commerciale ni par seolimontalité nî par respect humain. « La rentrée des droits est une question d'une extrême difficulté et exige la vigilance la plus rigoureuse... L'année dernière, tous nos débiteurs ont été retrouvés et ont dû expliquer pouixjuoi ils n'avaient pas rempli leurs engagements. Dana quelques cas leurs familles étaient dans une telle gène que nous leur avons avec plaisir fait grâce de leurs obligations. Dans la plupart des cas le défaut de paiement n'avait eu d'autre cause que l'indifférence. ^Jiotre rigueur au point de vue commercial a pour résultat inattendu de commander le respect des chof

UNE PAROISSE AHEBICAINE cheura d'ouvrage : ils ont commencé à voir que nous exigions d'eux la fidélité à leurs engagements comme nous étions fidèles aux nôtres, et plus que jamais on s'est montré, verbalement ou par lettre, reconnaîssaob de nos services. «

h' Association de prêt de la paroisse est conduite seloD' les mêmes principes que le Bureau de placement. " Dès que les intéressés entrent dans notre local, dit le rapport, on leur fait sentir que nos prêts sont rigoureusement commerciaux et qu'ils doivent remplir fidèlement leur part du contrat. » Le rapport observe qu'à New York cinquante maisons de prêt, dont le taux n'est légal qu'en apparence, réussissent, et que l'association de prCt de Saint-Barlhélemy est. appelée à devenir une des grandes institutions de la. ville, n ajoute que le bienfait ne s'en fait pas sentir k ses clients seuls mais à tout le public, parce quelle est pour les préteurs une concurrence qui les oblige ft plus d'honnêteté et à des termes plus justes: « iàestl©!' plus large et le plus durable service que rende l'asso-^ ciation » : cette réforme des mœurs pur la conc est bien américaine. Ko dix-sept mois l'Association a.] prêté 400 000 francs; trois de ses débiteurs seulemeu^ ont changé de résidence sans notice, causant unç perte de moins de 600 francs, « Cela est remarquable, conclut le rapport, et fait honneur aux intéressés, i Encouragée par les résultats, l'Association a commencé à organiser « un système régulier de crédit pour les salariés et les pauvres ». « Notre temps, écril^

uie rapport, est l'flge du commerce, et repose sur ië;

^■^dit;si vaste et si profitable que soil une entreprise,

^^tnioins d'emprunter parfois elle sera acculée et fera.

^^■Sllîte. Eh bien, le pauvre a besoin du crédit dai

pelile sphère comme le riche dans la sienne. Si économe qu'il soit, il y a des moments dans sa vie où il lui faut emprunter et où faute d'emprunter il est ruiné moralement et physiquement.... Ce qu'il lui faut dans ces moments-là, ce n'est pas l'aumône ou la charité, c'est le crédit; il ne se soucie pas de charité et ne demande pas l'aumône; il veut un moyen d'emprunter sur les garanties qu'il peut offrir. Mais quelle banque prêtera au pauvre sur l'anneau de mariage de sa femme? Il n'y a qu'une place où il puisse aller, c'est la boutique du prêteur sur gages, dont les charges montent à plus de 50 0/0 par an. »

Le budget d'une Église institutionnelle est celui <l'une maison d'affaires. En 1899, la paroisse de Saint- Bar tliélemy a eu 201 5i9 dollars de recettes, dont 103 000 environ venant de dons et de quêtes, 50000: venant de la location des bancs à l'église, 12000j venant de la rente du legs Vanderbilt, 20000 venanti des cotisations des membres des clubs, le reslej venant de dons faits aux diverses sociétés affiliéesij l'église. Les dépenses sont montées à 207 000 dollars,: soit près d'un million cinquante mille francs.

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