‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 5 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La solidarité sociale des Puritains.

« Je relate ces détails pour donner un rare exemple d'amour fraternelle et de fidélité chrétienne. >»

WiNTHROP.

Le départ de^ Puritains de Leyde pour rAmérique fut rémigration d'un clan, plus encore que d'une Église. Leur secte était surtout une communauté; leur foi, un enthousiasme social. Ce qu'ils cherchaient outre-mer, ce n'était pas la liberté religieuse, puisqu'ils l'avaient eue entière à Leyde, c'était la perpétuité de leur race et l'intégrité de leurs mœurs. La patrie pour eux est née de la tribu; les images de la Bible, qui figurent le peuple comme un troupeau, mirent en eux le besoin de se serrer; la cohésion et la durée furent leur souci et leur but. Ils ne quittèrent la Hollande que parce que leur petit noyau s'y effritait, dans le remous de villes trop riches : leur sensation d'exil n'y venait que du pressentiment de leur extinction. « La vieillesse, disent les Chroniques de Plymouth^ commençait à mettre la main sur beaucoup d'eux, et il leur semblait non seulement probable

mais (évident qu'en peu d'années ils seraient clairsemés. » Ils firent d abord appel à leurs amis d'Angleterre pour combler leurs vides, mais « les difGcullés du lieu et du pays (la cherté de la vie en Hollande) étaient telles que peu pouvaient venir à eux et moins encore persister; quelques-uns préféraient les prisons en Angleterre à la liberté en Hollande avec tant de misères; tandis qu'un séjour meilleur et plus aisé en attirerait beaucoup ». L'intégrité de leur groupe, c'était le maintien de leur santé etde leur vertu ; rémiettemcnt, c'était la dissipation dansla vie des villes, mauvaise pour le corps et pour l'âme : « Ils furent forcés au départ, continuent les Chroniques^ non seulement pour leurs domestiques mais pour leurs chers enfants; car beaucoup de leurs fils, qui avaient les meilleures dispositionsetavaientapprisàendurerlejoug dans leur jeunesse et à porter leur part des charges paternelles, étaient souvent si accablés par la peine que, malgré la bonne volonté de leur esprit, leurs corps fléchissaient; et ils se flétrissaient à la fleur de la jeunesse. Mais le plus lamentable fut que beaucoup des enfants, par la grande licence de la jeunesse du pays et les multiples tentations du lieu, étaient entraînés par les mauvais exemples dans une conduite extravagante et dangereuse : il y en eut qui se firent soldats, d'autres qui entreprirent de longs voyages sur mer, d'autres qui entrèrent dans des voies encore pires; et ils virent que leur postérité était en danger de dégénérer et de se corrompre. » Le contact de l'étranger dissolvait les caractères et les tempéraments; la coterie s'isola pour se retremper. Leur nationalisme était leur morale et leur hygiène; l'intégrité de leurs personnes dépendait de l'intégrité de leur groupe, comme dans les

Page 1