LA SOLIDARITÉ SOCIALE DE3 PURITAINS
petilt'S cités antiques. Ce qu'ils allèrent fonder outremer fut une grande mutualité, où tous les devoirs se confondirent dans le devoir social, tous les instincts dans l'inslinct social.
Robinson, par sa parole el par son exemple, les avait accoutumés à se soucier plus du bien commun que de leur bien propre, u Tel était l'amour D3utuel et réciproque de cet homme pour son troupeau et de son troupeau pour lui, qu'on pourrait dire d'eux ce qu'on a dit de Marc Aurèlc et du peuple de Rome, qu'il était difiicile de juger qui ressentait le plus de Joie, lui d'avoir un tel peuple, ou le peuple d'avoir un tel pasteur. Outre son talent dans les choses divines, il savait diriger les affaires civiles, et par là il aida beaucoup à la fortune matérielle de ses compagnons; c'était de toutes façons, pour eux tous, un père commun. Et personne ne l'offensait plus que ceux qui s'appliquaient et s'attachaient ft eux-mâmes, et se détachaient du bien commun. »
Ils avaient négocié trois ans avec Sandys, gouverneur de la Virginie, et quand ils débarquèrent par accident à Pljmouth, le gouvernement qu'ils adoptèrent fut le môme que leur aurait ociroyé en Virginie la Charte de Sandys : or c'était un gouvernement si démocratique, si constitutif d'un ordre nouveau et surlout d'une société permanente, que Sandys, qui était un libéral et un généreux, s'était fait accuser, en le leur accordant, de fonder une « écolo (le sédition ", Le texte même de leurs promesses à Sandys montre à quel point le lien social était pour eux quelque chose d'étroit et d'indestructible. <■ Nous sommes liés ensemble comme un seul corps, en une union el en une alliance avec Dieu plus étroites cl
plus sacrées qu aucune société au monde; et nous nous faisons grand scrupule de les violer, en vertu de quoi nous nous tenons fortement attachés au souci du bien les uns des autres, chacun au profit de tous, et réciproquement. Et enfin il n'eu est pas de nous comme d'autres hommes, qu'il suffit de peu pour décourager;.... nous faisons grand tort à nos métiers et à nos ressources en partant d'ici ; si nous y revenions, nous ne pourrions espérer y retrouver notre bien-être, pas plus qu'en aucun autre lieu du monde d'ici à la fin de nos vies, qui approchent de leur moment décisif. »
Une fois dans le désert, le petit groupe qui s'était préservé delà débauche en Hollande dut se préserver de la faim. De nouveau le salut du groupe absorba toutes les pensées : le bien-être de l'un ne se distinguait guère, en fait, du bien-êlre de l'autre, et tous le sentaient si bien que d'abord ils essayèrent du communisme. Ce ne fut pas sous l'influence de l'Écriture, ce fut pour des raisons d'ordre plus pratique. Ils durent s'engager à travailler au profit de la compagnie, pour obtenir des armateurs leur transport, et ils durent mettre en commun tout ce qu'ils avaient, pour acheter les provisions du voyage. La personne de tout planteur équivalait pour lui à une mise de fonds de dix livres; l'association devait durer sept ans, « pendant lesquels tous les profits et bénéfices de qui que ce soit, dans les métiers, le commerce, la culture, la pêche ou autres arts, s'ajouteraient au capital commun » ; « au bout de sept ans, le capital et les profits, maisons, terres, marchandises et biens mobiliers seraient divisés également. » Pendant les sept ans, le travail de chacun serait à la disposition de la
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commuDauté. « A leur arrivée, dit le contrat, ils choi.
sironi un certain nombre de personnes capables pour
aménager les bate-aux et les barques en vin» de b
pêche; ils emploieront les autres à terre, selon leurs
talents, à bâtir les maisons, labourer et planter le sol,
faire les objets dont la communauté aura le plus
besoin. » Ils supportèrent plusieurs années ce n'irime ;
non sans mécontentements, mais le seul fait de
l'avoir supporté témoigne d'assez d'abnégation. »• Les
jeunes gens les plus propres au travail se plaignaient
d épuiser leur temps et leur force à travailler sans
récompense pour les femmes et les enfantsdes autres.
L*homme fort ne recevait pas plus, dans le partage
des vivres et des vêlements, que le faible, qui ne fiii-
sait pas le quart du travail de l'autre Et quant aux
femmes, obligées de ser\ir d'autres hommes que leurs maris, de préparer leurs repas, de laver leurs habits, elles voyaient là une sorte d'esclavage, et beaucoup de maris ne le supportaient pas volontiers. Et comme ils devaient tous recevoir autant et faire autant, ils croyaient aussi être autant les uns que les autres, et se valoir tous; cela ne portail pas alleinle aux relations que Dieu a établies entre hommes, mais diminuait beaucoup le respect parmi eux. El c'eût été pis s'ils avaient été des hommes d'une autre espèce. » On le croit sans peine. 11 fallait la petite famille longtemps dirigée par Robinson pour supporter sept ans de communisme.
Tel était Tesprit de l'Église de Leyde quand elle devint en 1620 l'Église de Plymoulh, et fonda la première des colonies puritaines. La seconiio fut fondée dix ans plus tard, en 1630 : elle s'appela (rabord la plantation de la Baie de Mnssacluisets, et devint