‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 7 sur 67 · I.A RELIGION AUX ÉTATS UNIS. '-i · texte numérisé non relu

I.A RELIGION AUX ÉTATS UNIS. '-i

Boston. Ainsi les Puritains débarquèrent en force sur deux points, à dix ans de distance, et ce furent les deux centres de leur rayonnement. Les planteurs de 1630 n'étaient pas passés, comme ceuK de 1620, par la Hollande, mais d'autres causes firent pour eux ce qu'avait fait pour ceux de Leyde l'exil avec Robinson,el ils apportèrent, eux aussi, en Amérique, une religion civique et sociale. La communauté de Plymouth était venue toute formée, déjà passée par l'épreuve de douze ans d'exil : celle de la Baie, plus improvisée, moins homogène, souffrit de plus de tiraillements et dut user de plus de rigueur pour assurer en ellemême l'unité d'esprit. Mais chez ses chefs le grand souci dès le départ est, comme à Plymouth, l'établissement indestructible d'une indivisible société.

Il y a, sur les mobiles et les plans des colons 1830, un mémoire qui semble être de John Winthrop,] leur premier gouverneur : il ne s'y agit pas seulement] de liberté religieuse ou politique, ou de profit final cier : il s'agit de tout cela à la fois, il s'agit de quelque chose de plus : d'une société nouvelle à fonder. Tout,] de l'ancienne, leur répugnait : ils avaient besoin d'ufi! monde neuf, plus hospitalier; d'une vie neuve, plaft^ large. « Le pays, dit Winthrop en parlant de l'Anglfr*] terre, est épuisé par ses habitants. L'homme, la [Ji précieuse des créatures, est ici plus vil que la tel qu'il foule; des enfants, des voisins, des amis, sui chez les pauvres, sont le plus lourd des fardeaui quand ils devraient être la plus grande des dictions. Nous en sommes venus à tant d'exc et d'intempérance de débauche, qu'une fortui médiocre ne suffit pas pour marcher de pair avec

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égaux, faute de quoi l'on vit dans le mépris et

Lk SOLIDARire 9DCIALB DES PURITAINS 19

honle. De là vient que Ions Ips arts et tous lesmtHiers se pi-atiqiicnl avec tant de rtautln el d'injustice, qui cmp6clieiiL, si l'on est bon et loyal, de ^carder sa place et de vivre à l'aise en aucun d'eux, « La corruption à force de concurrence, le luxe des habiles humiliant la gfine des bons, toute la démoralisation d'un monde vieilli et surpeuplé, voilà ce qui chasse les Puritains en terre vierge ; c'est toute la vie sociale, civile et morale, qu'ils fuient; c'est une rt^novation qu'ils cherchent, un rajeunissement, l'aurore d'une ère nouvelle. Il y a en eux comme le pressentiment de l'idée de Rousseau, que la Nature est là, prête à affranchir de la société ceux qui oseront se plonger eu elle. " Toute la terre, dit Winthrop, est le jardin du Seigneur, et il l'a toute donnée aux fils d'Adam pour la cultiver cl la fertiliser. Pourquoi rester à mourir de faim faute d'espace, pourquoi se donner ï de mal pour garder une acre ou deux qu'il n'en E ailleurs pour conquérir des centaines d'acres, que des pays entiers, aussi propres à l'usage de lime, gisent déserts et sans culture? « Il s'agis- Bdonc de bien autre chose que d'une Kgliso à ! à l'abri; il s'agissait d'un ordre nouveau à , d'une humanité idéale à organiser. Ils sentaient bien la grandeur de la besogne, car comme on leur reprochait d'emmener les meilleurs ministres ou magistrats d'Angleterre, ils répondirent : .> C'est une grande œuvre; et il faut de plus habiles artisans pour poser les fondements d'un nouvel édifice que pour en relever et en réparer un déjà bâti. Si l'on lente de grandes choses avec de faibles instruments, les effets g,'en resscnlîronl, »

s de chez eux par les inégalités, les corrup-

lions et les égoïsmcs du temps, les Puritains devaient tenter une société toute égalitaire, toute pure, toute fraternelle. De plus, leur vie môme dépendait de leur solidarité; avant le départ ils signèrent cette convention : « Après avoir mûrement considéré Tétat de Tentreprise... pesé la grandeur de Tœuvre en raison de ses résultats aussi bien que des difficultés et des découragements probables...; considérant que l'entreprise tout entière repose sur notre confiance mutuelle en la loyauté et la fermeté l'un de l'autre, puisqu'aucun de nous ne se serait risqué s'il n'availétésûr des autres..., il est pleinement et fidèlement convenu entre nous, et chacun de nous, par les présentes, librement et sincèrement promet, sur sa parole de chrétien et en présence de Dieu, qui fouille tous les cœurs, que nous nous adonnerons à la poursuite de cette œuvre .... » Ils sentaient si bien le besoin d'une communauté morale allant presque jusqu'au communisme des biens, que leur premier soin fut d'affilier à leur famille les planteurs établis sur leur baie avant eux, et leur arrangement fut tel « que lemien et le tien^ qui divisent le monde, ne troublassent pas la paix de bons chrétiens, venus si loin à la recherche d'un lieu où vivre ensemble dans l'amitié et la concorde chrétiennes. »

Ainsi, à Plymoulh comme à la Baie de Massachusets, dans les deux centres de la colonisation, la besogne d'une humanité nouvelle à organiser avait tourné en sentiments civiques les émotions religieuses des Puritains ; et cequ'ily avaiten eux de mysticisme était devenu de la fraternité. Un détail exquis de leur voyage pourrait servir de symbole aux soucis et aux soins intimes des uns pour les autres. « Nos enfants L

el d'aulres. dil WînUirop, avaipol le mal dr mer ri gcignaieal dans les cabines : nous le« flntes loas sorlîr, les mimes <l?bon(. aux deux liouU d'une corde, lendue de rcnirepont au gmnd mAI, «I tnws la leur fîmes tirer dans les deux sen?, jnsqu'A ce qu'ils se fussent réchauffés, el ainsi iU furent vite remis et gais. » Ils n'i^taient pas depuis un an débarqués, que le scorbut les décima. « Célail la suite de leur long voyage et de leur manque de bieu-i>lrc; it :' en mourait deux à trois par jour; de plus do cent il ! n'en resta que cinquante, dont six ou sept à peine en I' bonne santé : ils n'épargnèrent leur peine ni de nuit , ni de jour, mais sans compter leurs eflbrls et au risque de leur propre santé ils ramassaient du bois pour les malades, leur faisaient du feu, préparaient leurs repas, Faisaient leur lit, lavaient leur lînge, les habillaient et déshabillaient, en un mot remplissaient lous les offices intimes et nécessaires qu'un estomac délicat ne saurait entendre nommer, el tout cela de [ bonne volonté et avec enlrain, montrant par là leur f amour pour leurs amis el frères. « Ce que les saints I avaient enduré pour l'amour de Dieu, les colons d'endurèrent pour « l'amour de leurs amis et de leurs . Les épreuves leur firent de la fralernilé une tude. Les besoins de leurs voisins épuisaient leur ^ il n'en restait plus pour la dévotion au surna- ; leur charité allait toute vers leurs semblables. 127, ils firent venir leurs frères d'Europe, payiîrent rais de leur voyage depuis Lcydc, malgré la géno I dettes, leur bâtirent des abris, leur labourèrent liamps d'avance, les nourrirent dix mois. « Je

B ces détails, dit leur gouverneur, pour donner

Qo^are exemple il'amour fralenielle et de tidéli té clu"é-

tienne. » Le christianisme, pour eux, fut la solidarité. Tous ceux de leurs descendants qui tentèrent de ramener le christianisme à une fraternité avaient en eux rinstinct des premiers colons, ils affermissaient leur œuvre, ils assuraient Toriginalité morale du Nouveau-Monde.

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