‹ La religion dans le temps et dans l'éternitéChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE XYII Le Christianisme établi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII Le Christianisme établi

Préparer le règne du Messie et faire naître le Christ à Bethléem, voilà toute l'histoire du monde ancien. Établir le règne du Messie et faire naître le Christ partout, voilà toute l'histoire du monde moderne. La rédemption du genre humain, la réparation de toutes choses par Jésus-Christ, voilà le pivot autour duquel roulent tous les événements, grands ou petits, depuis le premier jour du monde jusqu'au dernier; voilà le but final de tous les desseins de Dieu dans le temps, but immuable auquel concourent, souvent à leur insu, souvent en dépit d'eux-mêmes, les siècles et les empires, les rois et les peuples. Ainsi de même qu'il n'y a dans le ciel qu'un soleil autour duquel gravitent tous les astres, de même il n'y a sur la terre qu'un royaume auquel se rapportent tous les autres royaumes; c'est le royaume immortel du Messie, la sainte Église catholique : son histoire est la seule histoire ; toutes les autres n'en sont que les épisodes.

Nous avons montré l'accomplissement du

loi) CUAPlTIiE XVil

plan divin pendant les quarante siècles qui ont précédé la venue du Libérateur. Si nous nous arrêtions là, notre tâche ne serait pas remplie ; la religion ne serait pas connue dans son magnifique ensemble, et notre enseignement, demeurant incomplet, ne serait pas tel que le demande le grand Maître qui nous sert de guide*. L'exposé de la religion depuis la Pentecôte jusqu'à nos jours est donc aussi nécessaire que son histoire antérieure ; il est même beaucoup plus intéressant, soit parce qu'il est moins connu, soit parce qu'il nous touche de plus près.

S'il est admirable d'assister à la naissance et aux développements successifs de cet ' Arbre divin dont les racines plongent dans la profondeur des siècles, combien il est plus admirable encore de les voir étendant ses rameaux protecteurs sur l'univers entier, couvrant de son ombre salutaire et nourrissant de ses fruits vivifiants toutes les générations qui marchent vers réternité; de le voir toujours battu par les orages, et toujours immobile sur son tronc roûuste ; toujours attaqué par l'hérésie, le scandale et rimpiété, et toujours conservant sa vigueur, sa verdure et son inépuisable fécondité !

1 Narratio plena est cum quisque primo catechizatur ah eo quod scriptuiu est, In principio creavit Deua cœlum et terram. usqiie ad preesentia teuipora Ecclesiae. De Calech, rud., n. f.

Miracle toujours subsistant, devant lequel l'homme éclairé tombe à genoux et s'écrie dans le transport de l'admiration : Chefd œuvre de Dieu, merveille inexplicable à la raisoti ' !

Tel est le tableau que nous avons maintenant à esquisser.

Avant de remonter au ciel, le Verbe divin avait créé le corps de l'Église, en suivant, pour régénérer l'homme, le même ordre qu'il avait suivi pour le créer. Les Apôtres consacrés, des disciples réunis aux Apôtres, divers ordres de ministres hiérarchiquement établis, des lois et des règlements promulgués, voilà, pour ainsi dire, le corps de l'Église, Encore un peu de temps, et l'Esprit d'en haut viendra donner la vie à ce temps immortel. Le jour à jamais mémorable de la Pentecôte brille sur le monde : le Saint-Esprit descend au cénacle et se repose sur chacun des disciples assemblés. L'âme est jointe au corps; l'Église est animée.

Sortis du cénacle avec les Apôtres, suivons ces étranges conquérants dans leurs courses évangéliques. Devant eux, autour d'eux, nous voyons les embûches, les persécutions et les efforts incroyables de l'enfer et du monde pour étouffer au berceau l'œuvre de

1 A Domino factum estistud, et est mirabile inoculis nostri?. Psal. cxvn.

la rédemption. Cependant le sang des chrétiens est une semence de martyrs. Bientôt se lève une moisson de héros, qui, dans les combats les plus illustres dont l'histoire ait conservé le souvenir, triomphent en mourant, et revêtent le symbole, catholique de \ .«' plusieurs millions de signatures sanglantes.

Des amphithéâtres descendons aux catacombes. Le flambeau de la science et de l'histoire à la main, nous parcourons les rues, les places, les oratoires de cette ville souterraine. Tous les monuments qui s'y rencontrent témoignent des vertus angéliques, des souffrances, de la foi vive et de la résignation de nos glorieux ancêtres. Nous les voyons dans ce ténébreux séjour, élevant vers le ciel leurs mains innocentes; récitant, les bras étendus, leurs ferventes prières; célébrant leurs fraternelles agapes | et offrant les mystères saints, soit pour se préparer au martyre, soit pour obtenir le salut des persécuteurs superbes dont les chars dorés roulent avec fracas au-dessus de leurs têtes. Ces lieux à jamais vénérables sont remplis de si puissants souvenirs, qu'on ne saurait trop souvent y conduire les chrétiens de notre siècle et trop longtemps les y retenir.

Image fidèle du Sauveur, nos pères furent forcés de s'ensevelir souvent dans le sein de la terre pendant trois siècles, comme lui-

même s'ensevelit dans le tombeau pendant trois jours : un siècle pour un jour! T/est de ce tombeau, où elle était pleine de vie, que la chaste Épouse de l'Homme-Dieu sortit victorieuse pour monter sur le trône des Césars, comme son divin Lpoux était sorti du sien, vainqueur de la mort et de l'enfer, pour régner éternellement sur le monde.

Ainsi il y a dix-huit cents ans le monde était païen, aujourd'hui il est chrétien. Cela veut dire que le monde et le monde civilisé a changé de dieux, de croyances, de mœurs, d'usages, de lois, de coutumes, de préjugés; qu'il a brûlé tout ce qu'il avait adoré pour adorer ce qu'il avait haï et brûlé : voilà sans contredit la plus étonnante révolution dont l'histoire ait conservé le souvenir.

Ce qui est plus étonnant encore, c'est la nature des- moyens mis en œuvre pour l'opérer. Les Juifs et les gentils, témoins oculaires du fait, l'attribuent unanimement à douze pêcheurs de Galilée, sans lettres et sans fortune !

Mais ce qui renverse tous le&^ calculs, c'est d'une part la difficulté, et d'autre part le rapide succès de Tentreprise. Nous voyons d'un côté une religion agréable et pompeuse que l'on croyait établie par les dieux, que 1 on estimait aussi ancienne que le monde, que l'on regardait comme la base de la prospérité publique, de l'autre une religion se-

vère, simple, nouvelle, ennemie des usages nationaux et de l'ordre établi; d'une part les sages, les hommes de génie, les magistrats, les empereurs, les armées, l'univers entier, de l'autre quelques hommes ignorants, sans fortune et sans appui ; d'une part l'autorité, la cruauté, la fureur, de l'autre la faiblesse, la patience, la mort ; d'une part les bourreaux, de l'autre les victimes *.

Eh bien, la victoire est restée aux douze pêcheurs.

Tandis que Rome, toujours en armes, a besoin de sept cents ans de victoires pour former son empire, le christianisme désarmé s'étend avec rapidité de TOrient à l'Occident, et dans moins de deux siècles la croix de Jésus-Christ est arborée sur des rivages où ne parurent jamais les aigles des Césars, Tels sont les faits dont nous sommes encore la preuve vivante et qui nous sont attestés par ceux qui avaient le plus grand intérêt à les révoquer en doute, nous voulons dire les Juifs et les païens *. Le moment est venu de les faire servir à la démonstration de la vérité.

Au commencement de cet ouvrage nous avons annoncé que les doutes, les ignoran-

i Voir Bullet, Histoire de l'établissement du christianisme, p, 82.

2 Voir le Catéchisme de Persévérance, t. v, p. 396.

ces, les difficultés du lecteur de bonne foi s'évanouiraient d'elles-mêmes, ou, s'il restait quelques objections, que nous prenions l'eng-agement d'y répondre. Jusqu'ici le soin d'exposer le christianisme dans son magnifique enchaînement nous a occupé tout entier. Toutes les objections faites ou à faire contre son histoire, ses dogmes, sa morale, son culte, ses miracles ont été négligées. C'est un compte à régler, et le moment est venu de dégager notre parole : la tâche ne sera ni longue ni difficile. Prenant par la main le chrétien et l'incrédule , nous les mettons en face de ce simple fait : depuis

Page 1