‹ La religion dans le temps et dans l'éternitéChapitre 5 sur 19 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

et qui n'est rien de ce que nous voyons ; un Dieu, pouvoir suprême du monde et des siècles, tel est le dog-me fondamental que proclame Tunivers et devant lequel se sont mclinées le front dans la poussière toutes les générations qui, depuis six mille ans, se sont succédé sur la face du globe*.

Mais pourquoi ce dogme rayonne-t-il en mille reflets étincelants de toutes les parties de la nature? Pourquoi est-il inscrit en tête de l'histoire de tous les peuples ? Pourquoi un soin si jaloux d'en perpétuer le souvenir?

Ce qu'est le soleil dans le monde physique, Dieu l'est à tous égards et plus encore clans le monde moral. Qu'au lieu de continuer à verser chaque jour sur le globe des torrents de lumière et de chaleur, le soleil s'éteigne tout à coup, imaginez ce que devient l'univers. A l'instant la végétation s'arrête ; les fleuves et les mers deviennent des plaines déglaces; la terre se durcit comme le rocher. Les animaux malfaisants, que la lumière enchaîne au fond des forêts, sortent de leurs repaires, et par d'affreux hurlements s'appellent au carnage. L'homme, enveloppé de profondes ténèbres, se trouble et s'épouvante ; partout

1 Gentes non usque adeo ad falsos deos esse delapsas ut opinionem amitterent unius vcri Dei, ex quo est omnis qualiscumque natura. — S. Auc, Confr. Faust., lib. YX, n. 19; id., Lact., De error.

rëornent la confusion et le désespoir. Quelques jours suffisent pour replonger le monde dans le chaos.

Que Dieu, soleil nécessaire des intelligences, vienne à disparaître, aussitôt la vie morale s'éteint. Privée d'appui, la raison chancelle ; les notions du bien et du mal s'effacent ; Terreur et la vérité, le juste et rinjuste se confondent dans le droit brutal du plus fort. Au milieu de ces affreuses ténèbres, toutes les hideuses cupidités, tous les instincts sanguinaires assoupis dans le cœur de Thomme se réveillent , et sans crainte comme sans remords ils se disputent les lambeaux mutilés des cités et des empires. La guerre est partout; guerre à outrance, guerre de tous contre tous: le monde est inhabitable.

La Trinité

Ce qu'est la rose en bouton à la rose épanouie, le dogme de Tunité de Dieu l'est au dogme de l'auguste Trinité. Savoir que Dieu existe et qu'il possède toutes les perfections n'est pas avoir de ce grand Etre une

connaissance suffisante. Il faut plonger plus avant dans son essence ineffable et savoir que Dieu est un en nature et trois en personne. En nommant l'aug-uste Trinité nous avons mis à découvert, et la base immortelle sur laquelle pose Tédifice des sociétés chrétiennes, et le dogme révélateur de l'homme, de sa dignité, de sa nature, de ses devoirs et de ses destinées.

Autant que le permettent les salutaires obscurités de la foi nous contemplons :

Le Père, principe de l'Être, qui crée et qui conserve le monde ; qui met à notre usage les soleils qui roulent sur nos têtes, les productions variées qui couvrent la face de la terre et les richesses cachées dans ses entrailles ; qui veille sur nous avec une telle sollicitude que le plus petit de nos cheveux ne tombe point de notre tète sans sa permission; qui accourt à notre aide au moindre cri d'alarme ; qui nous soutient dans nos combats; qui nous relève dans nos chutes, et qui nous pardonne dès qu'une larme de repentir vient mouiller notre paupière :

Le Fils, engendré du Père et égal au Père, dont il est le Verbe consubstanliel, qui, prenant en pitié l'humanité déchue, quitte volontairement les hauteurs des cieux, descend dans la vallée des larmes, épouse toutes nos misères, prend sur lui le payement de nos dettes, se donne en victime pour prix de

notre rançon, termine sa carrière en nous faisant à perpétuité les héritiers de son corps et de son sang- ; qui, s'asseyant sur une nuée lumineuse, comme sur un char de triomphe, y place avec lui les prémices du genre humain, les introduit dans les splendeurs des cieux, après avoir promis à ceux qui restent ici-bas de venir les chercher à leur tour et de les réunir à leurs frères, aux anges, à lui-même dans Téternelle cité du bonheur ;

Le Saint-Esprit, amour substantiel du Père et du Fils, égal en tout au Père et au Fils, qui, descendant aussi sur la terre de l'exil, vient accomplir la dernière promesse du Rédempteur , consoler l'humanité de son départ, débrouiller le chaos du monde moral comme il débrouilla le chaos du monde physique ; et, régénérant toutes choses dans un baptême de feu, rendre à Thomme, à la création une face nouvelle, digne des gloires du passé et des splendeurs de l'avenir. Tel est le Dieu de la foi catholique.

Or, comme Tartisan marque de son empreinte les produits de son industrie et donne ainsi son adresse au public, la Trinité, créatrice de Funivers, a gravé son cachet au front de Thomme et de chaque créature : sa gloire brille à toutes les pages de TÉcriture et de la tradition. Avec saint Augustin, saint Thomas , les Pères -et les Docteurs , nous voyons dans tous les êtres le vestige de

Tauguste Trinité. « En tant que substance créée , chaque créature , dit le docteur angélique, représente une cause ou im principe, par conséquent la personne duPere , principe sans principe. En tant que forme ou beauté, elle représente le Verbe, parce que la forme de l'ouvrage est l'expression de la pensée de Touvrier. En tant qu'orrfre ou relation, elle représente le Saint-Esprit, qui est Tamour, parce que la relation d'un être créé avec un autre être appartient à la volonté du créateur*. »

L'homme surtout est une image vivante de Tauguste Trinité : pour nier ce dogme, il faut qu'il se nie lui-même ; pour en contester les merveilleuses et salutaires influences, il faut fermer les yeux à la lumière *.

Un Dieu créateur, un Dieu rédempteur, un Dieu sanctificateur de l'homme et du monde; trois personnes dans ce Dieu unique, dont la sainteté ne peut souffrir l'ombre même du mal dans les créatures ; ces trois personnes unies entre elles par les liens d'un amour immuable, éternel, qui ont fait l'homme à leur image avec ordre de conserver et d'embellir en lui les traits divins, non, ce mystère n'est pas un dogme stérile.

En effet la perfection intellectuelle et morale

1 s. Th. p. I. q. 4o, art. vn,

2 Voir dans le Catéch. de Persévér, les développements de cette pensée.

(lu monde est toujours en raison directe de la notion qu'il a de Dieu. Ne nous y trompons pas ; dans les profondeurs éternellement fécondes du dogme de la Trinité se trouve la source cachée des lumières, des libertés, des vertus, en un mot de la supériorité incomparable des nations baptisées. Otez ce dogme, et l'incarnation du Verbe, la rédemption, l'effusion du Saint-Esprit, les sacrements, le christianisme tout entier ne sont plus que des chimères : et sans le christianisme qu'est-ce que Thomme? Qu'estce que la société?

C'est ainsi que, sur les ailes de la foi, remontant à ce commencement qui précède tout commencement, nous adorons dans son essence ineffable le Dieu de l'éternité, qui a créé le temps et toutes les créatures qui doivent vivre dans le temps.

Après ravoir contemplé en lui-même, nous le considérons dans ses œuvres. Avec les astres du m«/m % nous assistons au magnifique spectacle de la création de l'univers. Chaque jour de celte grande semaine ajoute une nouvelle syllabe à ce mot que nous lisons enfin gravé en lettres de flamme au front de chaque créature : Dieu, Trinité.

Tout nous ditl'unité, la puijmnce , la

1 Ubi eras quando ponebam fimdamenta terrœ, cum ine laudarent simul astra matutina, et jubilaa'ent omaes fiUi Dei .' — Job, xxxvui.

sagesse, la bonté, la providence paternelle du grand Être qui veille avec le même soin sur les globes immenses dont la course majestueuse doit durer autant que les siècles et sur le brin d'herbe dont la vie, commencée avec l'aurore, finit avec le jour. Des hymnes de reconnaissance et d'admiration s'échappent involontairement de nos lèvres, et l'univers devient le premier livre où le chrétien apprend à connaître et à aimer son Dieu.

En cela nous suivons non seulement le conseil et l'exemple de saint Augustin et des plus illustres Pères de TÉglise, mais encore 1 invitation formelle du Saint-Esprit. Interrogez les animaux^ nous dit-il, et ils vous enseigneront ; et les oiseaux du ciel, et ils vous feront connaître leur créateur. Parlez à la terre j et elle vous répondra; et les poissons de la mer vous raconteront ses merveilles *

On sait que nos maîtres dans l'enseignement de la religion, tels que saint Basile, saint Grégoire, saint Ambroise, saint. Augustin, saint Chrysostôme, se faisaient un devoir sacré d'expliquer à leurs peuples l'ouvrage des six jours*. Mais peut-être ne connaissons-nous pas bien la raison de leur

1 Interroga jumenta, et docebunt te ; et volatilia cœli, et indicabuut tibi. Loquere terrée, et respoiidebit tibi ; et narrabiint pisces maris. Quis ignorât quod omnia haec manus Domini fecerit? — Job xu.

2 Voyez leurs hexameron etleurs serinons surlaGenèse.

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conduite : instruisons-nous aux paroles de Téloquent patriarche de Constantinople.

« Vous nous demandez, dit saint Chrysostôme, comment, avant qu''il y eût des livres, Dieu enseignait aux hommes à le connaître. Comment? De la même manière que nous nous y sommes pris nous-mêmes pour vous amener à la connaissance de cet Etre souverain. Nous vous avons promenés en esprit sur le théâtre tout entier de l'univers ; nous vous avons montré le ciel, la terre, la mer, les campagnes, les vergers, les richesses et les variétés de la nature ; nous sommes remontés jusqu'aux éléments des productions diverses; et tous ensemble, unissant nos voix à l'aspect de tant de merveilles étalées à nos yeux, nous nous sommes écriés dans le transport de l'admiration : Que vos ouvrages sont grands, ô Seigneur ! que vos desseins sont profonds ' /

<c Si Dieu eût commencé à nous instruire au moyen des livres et des caractères, intelligibles pour le savant, ils auraient été sans aucune utilité pour l'ignorant. Le riche en aurait pu faire l'acquisition ; le pauvre, non. Il eût fallu, pour les entendre, connaître la langue dans laquelle ils auraient été écrits : ils eussent été perdus pour le Scythe, le Barbare, l'Indien, l'Égyptien ; pour tout

1 Serm. I, m Gen.

homme, en un mot, à qui celte langue eût été étrangère.

« Il n'en est pas ainsi du grand spectacle du ciel : tous les peuples du monde entendent son langage. Ce livre est ouvert indistinctement au sage comme au simple, au pauvre comme au riche. Aussi le Prophète ne dit pas que les cieux témoignent, mais qu'ils racontent la gloire de Dieu, prédicateurs éloquents, qui ont pour auditoire le genre humain tout entier et pour livre le magnifique spectacle qu'ils développent*. »

Ainsi l'enseignement de la religion commence par l'explication de VOEitvre des six jours. Si on considère l'affaiblissement de la foi et l'infirmité de la raison à notre époque, celte explication paraîtra plus nécessaire aujourd'hui que jamais*. Elle rend pour ainsi dire palpables les grandes vérités comme les grands devoirs du christianisme. Elle ramène Dieu dans toutes les parties du monde physique, dont la science matérialiste du dernier siècle s'était efforcée de le bannir et dont l'indifîérentisme du nôtre continue de le tenir éloigné. L'univers n'est plus pour l'homme un temple vide : Dieu s'y présente animant tout, conservant tout, vivifiant tout.

Se pourrait-il que son auguste présence

1 Homil. XI, ad popul. Antioch.

2 Elle est dans le Catéch. de Persév. t. I.

ne dit rien au cœur? Se pourrait-il que l'homme, environné de merveilles dont on aura pris soin de lui faire connaître l'harmonie, le hut de la raison, ne devînt pas à la longue plus reconnaissant et plus chrétien? Quoi qu'il en soit, faire servir la nature à la religion, n'est-ce pas répondre aux intentions du Créateur et imiter un exemple souvent donné dans l'Evangile par le divin Précepteur du genre humain?

Dans cet admirable récit nous voyons les créatures inférieures gravitant toujours vers une création supérieure, celles qui précèdent appelant celles qui suivent, et toutes ensemble réclamant I'Homme.

L'Homme.

Le monde existe comme un palais magnifique ; il est orné de tout ce qui peut en rendre l'habitation agréable et commode. Suspendus à la voûte du ciel comme autant de lustres brillants, des millions d'astres l'éclairent jour et nuit. La terre est couverte d'un riche tapis, émaillé de fleurs de toute espèce ; l'air est embaumé des plus agréables parfums ; les arbres sont chargés de fruits ; les ruisseaux

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murmurent; les poissons se jouent dans les eaux ; les oiseaux font retentir les campagnes des plus agréables concerts ; les animaux attendent dans un respectueux silence le maître qui doit leur commander. « C'est ainsi, dit saint Chrysostome, que, l'empereur devant faire son entrée dans une ville, toutes les

f>ersonnes attachées à son service prennent es devants, afin qu'à l'arrivée du monarque tout soit prêt à le recevoir *. »

Mais quel sera le roi à qui Dieu destine un si beauroyaume?Recueillons-nous, et prêtons l'oreille.

Après avoir jeté un dernier regard sur son ouvrage et reconnu que tout y était bien, le créateur rentre en lui-même, il délibère, il se consulte ; puis, sortant tout à coup de son mystérieux conseil, il dit : Faisons.

Et que va-t-il faire ? un ange ? Non. Un séraphm ? Non ; il va faire 1 anneau sacré qui doit unir en lui-même la création matérielle et la création spirituelle ; il va faire sa vivante image ; il va faire le pontife et le roi de l'univers ! Il va créer I'Homme.

Oui, ce chef-d'œuvre du Tout-Puissant, cet être que toute la création appelle avec ardeur, attend avec respect, c'est l'homme : faisons l'homme à notre image etressemblance. Tombons à genoux ; et, tandis que toute la

1 Homil XI, ad pop. Antioch.

création nous honore, adorons nous-mêmes, muets d'admiration, le Dieu qui nous a faits si grands.

Tout marque dans l'homme, même à l'extérieur, sa supériorité sur tous les êtres vivants. Tandis que les animaux, courbés vers la terre, ne peuvent regarder qu'elle, l'homme se soutient droit et élevé : son attitude est celle du commandement. Sur son front esL imprimé le signe de la royauté ; un feu divin anime les traits de son visage ; ses yeux regardent le ciel, d'où il vient, pour lequel il est fait, et toute la nature, qui est faite pour lui. Ses oreilles, dont la délicatesse extrême saisit jusqu'à une nuance de ton ; sa bouche, agent de la parole ; ses mains, instruments de mille chefs-d'œuvre ; son port majestueux, sa démarche ferme et hardie révèlent également sa noblesse et sa dignité.

A ce corps, chef-d'œuvre de ses mains, Dieu unit un principe spirituel, libre, immortel, qui pense, qui aime, qui veut, qui raisonne et qui nous distingue essentiellement des animaux et des plantes ; c'est l'âme.

Essayer de prouver que nous avons une âme serait insulter à la raison et à la foi du genre humain. Le mépris est la seule réponse qui convienne aux absurdités grossières du matérialisme. « Je pardonne bien des choses, disait Napoléon, mais j'ai horreur de l'athée et du matérialiste. Comment voulez-vous que

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j'aie quelque chose de commun avec un homme qui ne croit pas à l'existence de l'àme ; qui croit qu'il est un tas de boue et qui veut que je sois, comme lui, un las de boue '• »

Mais comment dire l'excellence de l'âme humaine? J'ai vu les beautés de la terre; j'ai admiré les magnificences des cieux ; j'ai contemplé les chefs-d'œuvre des arts ; ai-je vu la beauté d'une âme? Non. L'âme est quelque chose de si parfait et de si élevé au-dessus des êtres corporels qu'il m'est aussi impossible d'imaginer la beauté d'un esprit qu'à un aveugle de naissance de se représenter la richesse et la variété des couleurs. Tandis que mon corps, chef-d'œuvre de la création, vieillit et s'altère, mon âme, toujours intègre dans sa substance, demeure la même, supérieure aux ravages de la maladie, étrangère aux rides de la vieillesse. Tandis que mon corps, attaché à la terre, ne vit que dans le présent, mon âme, libre de toute entrave, embrasse les différents rapports de la durée.

Elle vit dans le passé, remonte jusqu'à l'origine des temps et ressuscite, pour converser avec elles, les générations ensevelies dans la poussière. Elle vit dans le présent, et sans sortir d'elle-même elle parcourt l'univers dans tous les sens. En un clin d'œil elle va d'un pôle à l'autre, de l'Orient à

1 Sentiment de Napoléon sur le Christianisme, etc.

l'Occident, visite les nations, voit leurs mœurs et leurs usages; elle pénètre les secrets de la nature, découvre les propriétés des plantes et des animaux; descend dans les entrailles de la terre, en étudie la structure et en tire des richesses ; puis, comme en se jouant, elle monte dans les cieux, mesure la grandeur du firmament et calcule avec précision le mouvement des astres. Elle vit dans l'avenir, elle en pénètre les secrets par des raisonnements et des conjectures solides ; et ce n'est là qu'une partie de sa gloire. A l'étroit dans ce vaste univers, elle s'élance par delà les soleils et les mondes, s'élève jusqu'à l'Etre source de tous les êtres, et, quoiqu'il habite une lumière inaccessible, son regard, fortifié par la foi, contemple ses splendeurs, et se déifie elle-même en s'unissant à lui par l'amour.

Après cela me demanderez-vous quel est le prix d'une âme? J'adresse la même question aux savants, à la terre et aux cieux. Pour me répondre ils s'épuisent en paroles éloquentes, ou se renferment dans un silence

fdus éloquent encore. Je m'adresse à Dieu ui-même ; et ce grand Dieu, me prenant par la main, me conduit au sommet d'une montagne, et là, tirant un rideau teint de sang, il me montre son propre fils mort sur une croix, et me dit : Voilà ce que vaut une âme : anima^ tanti vales.

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Image de Dieu, l'homme est roi. Placée dans le corps, comme une reino dans son palais, l'âme a sous ses ordres cinq ministres fidèles, qui lui apportent tour à tour, quelquefois tous ensemble, l'hommage de l'univers. Ces ministres s'appellent la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher.

Depuis les profondeurs les plus reculées du firmament, où sont les étoiles fixes, jusqu'à la surface de la terre, tout ce qui est visible est du domaine de l'œil ; tous les sons, si diversifiés qu'ils soient, du domaine de l'oreille ; toutes les odeurs appartiennent à l'odorat, toutes les saveurs au goût, tous les corps au toucher. Grâce à cette merveilleuse administration, pas une beauté, pas une mélodie, pas un parfum, pas une saveur, pas une impression qui échappe à la jouissance de l'homme. C'est ainsi que le monde entier est réduit à l'usage de son roi et par cet usage à l'unité.

Mais est-ce à l'homme que les créatures doivent s'arrêter ? Est-il leur fin dernière ? Non; autrement il serait Dieu. Qa'est-ce donc que les créatures demandent de l'homme en se donnant à lui? Venues de Dieu, lui disentelles, nous devons honorer celui qui nous a faites ; mais nous ne pouvons l'honorer d'une manière digne de lui. Nous n'avons ni esprit pour le connaître, ni cœur pour l'aimer, ni bouche pour le bénir, ni liberté pour l'adorer :

seul tu peux acquitter notre dette ; sans toi la nature est muette ; avec toi elle chante au Créateur un éternel cantique.

Qu'est-ce donc que l'homme au milieu de la création? C'est un pontife dans un temple ; sa victime, c'est le monde et lui-même ; le g-laive du sacrifice, sa volonté ; le feu de l'holocauste, son amour. Adorateur composé d'un corps qui l'unit à toutes les créatures matérielles et d'une âme qui l'associe aux êtres spirituels ; abrégé de l'univers, dont toutes les parties aboutissent à lui ; médiateur placé entre les choses visibles et invisibles, il est la voix des créatures, leur cœur, leur député. Moins elles peuvent être religieuses par elles-mêmes, plus elles lui imposent la nécessité d'être religieux pour elles*.

Voilà l'homme, non tel que nous le voyons aujourd'hui, car ce que nous voyons n'est ou une ruine, mais tel qu'il sortit des mains au Créateur. Nous avons dit une partie de sa gloire ; qui dira son bonheur ? Créé dans un état de grâce et de justice surnaturelle, l'homme, auxjoursde l'innocence, connaissait Dieu clairement; il se connaissait lui-même, il connaissait toute la nature ; voilà pour l'intelligence. Née pour connaître, comme l'œil pour voir, l'mtelligence du premier

1 s. Greg. Naz., Orat. xxxvm.

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homme était satisfaite. Donc, sous ce premier rapport, bonheur.

Il aimait Dieu d'un amour vif, tendre, pur et tranquille , et en Dieu et pour Dieu il s'aimait lui-même ainsi que toutes les créatures ; voilà pour le cœur. Né pour aimer, comme le feu pour hrùler, le cœur du premier homme était satisfait. Donc, sous ce deuxième rapport, bonheur.

Exempt d'infirmités et de maladies, il ne devait jamais connaître la mort. Dans son corps, il était donc heureux; en un mot, uni à l'Etre qui est lui-même la source du bonheur et de l'immortalité, l'homme tout entier participait au bonheur et à l'immortalité.

De là, pour Dieu, dans l'état primitif, exercice, sans résistance, de son empire sur l'homme et par l'homme sur toutes les créatures : omnia in om?iibus. De là, pour l'homme, vérité, charité, immortalité ; de là entre Dieu et l'homme union intime ; de là pour Dieu la gloire, pour l'homme la paix, pour la création tout entière l'ordre et 1 harmonie *. ,

Alors retentissait de toutes les parties de l'univers le délicieux cantique que les Anges

1 L'Ange de l'école décrit fort au long les prérogatives de l'homme innocent : ce que nous en disons ici et ailleurs n'est que l'abrégé de sa doctrine. Cum Adam peccaverit, maniiestum est quod Deum per essentiam non videbat. Cognoscebal tamen Deum quadam altiori cognitione quam nos nunc cognoscamus, et sic quodam modo

devaient, quarante siècles plus tard, rapprendre à la terre, en lui annonçant la venue du Réparateur de toutes choses : Gloire à Dieu dans les hauteurs des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté^.

J'appelle autour de moi toutes les générations, tous les peuples, toutes les tribus civilisées et barbares qui ont passé sur la terre ; je me place au milieu de ce vaste cercle; puis, me tournant vers tous les points de la circonférence, j'interroge mes innom-

ejus coguitio média erat inter cognitionem preesentis status et cognitionem patriae, qua Deus per essentiam videtur. Deus fecit hominem rectum. — Eccl.. vn. — Hœc autem fecit rectitudo hominis divinitus iustituti ut inferiora superioribus subderentur, et superiora ab inferioribus non impedirentur. Unde homo primus non impediebatur per res exteriores a clara et firmacontemplatione intelligibilium effectuuin, quos irradiatione primœ veritatis percipiebat, sive naturali cognitione, sive gratuita. Unde dicit Aug., m n Gen ad lift. 33, quod fortassis Deus primis hominibus antea loquebatur, sicut cum augelis loquitur, ipsa incommutabili veritate illustrans mentes eorum, et si non tantaparticipatione divinae essenticE quantum capiunt angeli., S. Th. q. 94, art. 1 . \ Luc. n, 14.

brables auditeurs, et je leur demande : Entre le père et le fils, entre la mère et la fille, entre les parents et les enfants existe-t-il un lien naturel et sacré? Ce lien constitue-t-il des rapports nécessaires de supériorité et d'infériorité, d'amour et de protection, de respect et de reconnaissance ? Et je vois toutes les tètes s'incliner, toutes les bouches s'ouvrir pour me répondre : Oui, entre le père et le fils, entre la mère et la fille, entre les parents et les enfants il existe un lien et des rapports naturels et sacrés.

Je continue et je demande : S'il existe des rapports nécessaires de supériorité et d'infériorité entre le père et le fils, parce que l'un est l'auteur de la vie de l'autre, n'est-il pas évident qu'il en existe nécessairement entre Dieu, créateur etpère de l'homme, etl'homme,créature et enfant de Dieu ? Et tout mon auditoire se lève pour me repondre : moins évidente que cette vérité est la lumière du jour. Les rapports qui existent entre Dieu et l'homme sont même bien plus intimes, bien plus sacrés, bien plus nobles que ceux qui unissent les parents aux enfants, attendu que les parents ne sont ni les créateurs, ni les conservateurs, ni la fin dernière de leurs enfants, titres sacrés qui conviennent à Dieu et qui ne conviennent qu'à lui.

Ces réponses entendues, je quitte mon immense auditoire, et je me dis : Voyons si

tous ces hommes que je viens d'interroger m'ont dit vrai, et si les faits confirment leurs paroles. Or, partoutettoujours desmonuments variés, nombreux, incontestables me montrent l'homme croyant à l'existence d'un lien indissoluble et sacré et à des rapports nécessaires entre Dieu et lui. Pour manifester sa croyance, je le vois partout et toujours professant une religion, ayant des temples, des autels, des prêtres, des fêtes et des sacrifices, A telle latitude que je m'élève, à tel siècle que je remonte, je ne rencontre pas une seule peuplade, si sauvage qu^elle soit, sans un culte quelconque ; et je termine mon voyage autour du monde en répétant ces paroles d'un ancien philosophe : « Si vous parcourez la terre, dit Plutarque, vous pourrez trouver des villes sans murs, sans lettres, sans lois, sans palais, sans richesses, sans monnaies, sans écoles, sans théâtres. Quant à une ville sans temples et sans dieux, sans prières, sans oracles, sans sacrifices pour obtenir les biens du ciel ou détourner ses fléaux, c'est ce que personne n'a jamais vu. Il serait plus facile de trouver une ville bâtie dans les airs qu'un peuple sans religion ^ » Entre Dieu , créateur de l'homme , et rhomme, créature de Dieu, il existe donc des rapports naturels et nécessaires : c'est le cri

1 In Co^oten.

de la raison, c'est la voix du genre humain. A ces rapports déjà si nobles Dieu en a gratuitement ajouté de plus nobles encore, voulant honorer d'un honneur infini son représentant sur la terre, sa créature favorite, il s'est fait lui-même sa fin dernière, sa félicité. Dès lors l'homme fut destiné non plus à voir Dieu dans le miroir plus ou moins transparent des créatures, mais à le voir immédiatement et sans voile. Cette vue, cette possession immédiate de Dieu, principe de gloire, source d'ineffables délices, constitue le bonheur surnaturel. Cesrapportssurajoutés et la société sublime qui en est la conséquence existèrent pour l'homme dès le ftremier instant de sa création ; car, nous 'avons vu, l'homme fut créé dans un état de grâce et de justice surnaturelles ^

De tous ces rapports naturels et surnaturels résulte entre Dieu et l'homme une union, une société, un lien qui est parfaitement appelé Religion, c'est-à-dire lien par excellence ^.

i Si quis non confitetur primum hominem Adam, cum mandatum Dei in paradiso fuisset transgressus, statim sauctitatem et justitiam in qua constitiitus fuerat amisisse. . anathema sit. C. Trid., Sess. Vl. Can I. De là cette proposition de Baïus, condamnée par l'Église iHumanaBuaturaB sublimatio et exaltatio in consortium divinae naturae débita fuit integritati primée creationis, ac proinde naturalis dicenda est, et non supernaturalis. Prop. XXI. ,' 2 Religet ergonos religiouni omnipotentiDeo. S, Aug., De Vera Religione, X, ll3. — Vinculo pietatis obstricti

Lien par excellence, puisqu'il unit entre eux le roi du ciel et le roi de la terre ; lien par excellence, puisqu'il est l'amour même, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus noble, de plus doux et de plus fort. Dieu aimant l'homme, et en témoignage de son amour l'homme aimant Dieu ; Dieu donnant à l'homme tous les motifs et tous les moyens de l'aimer ; l'homme répondant aux avances de Dieu ; Dieu aimant l'homme au point de s'unir à lui dans le temps et de le rendre participant de sa nature dans le ciel; Thomme commençant sur la terre son union avec Dieu et la consommant dans les délices de l'éternité, voilà toute la religion dans sa nature, dans ses moyens et dans son but.

Lien par excellence, puisqu'il constitue la loi la plus facile dans ses prescriptions, la plus utile dans sa pratique, lapins magnifique dans ses récompenses ; loi immaculée, base de toutes les autres lois, protection de tous les droits, raison de tous les devoirs.

Lien par excellence surtout, puisqu'il élève gratuitement l'homme jusqu'à la participation de la nature et du bonheur même de Dieu. Par là on voit clairement que la religion tout entière est un immense bienfait, une grande grâce, la grâce diversifiée en mille

Deo religati sumus : imdo ipsa religio uomeu accepit, Lact., Div. inst., lib. VI.

manières ; que ses dog-mes, ses préceptes, ses sacrements, toutes les cérémonies de son culte, si variées et si belles , sont comme autant de ruisseaux qui apportent les eaux de cette source intarissable à notre esprit, à notre cœur et à nos sens.

Ce n'est pas sans raisons que nous présentons, dès le commencement, la religion sous ce point de vue tout à la fois si juste et si propre à toucher le cœur. L'ignorance de l'homme et surtout ses vicieux penchants lui persuadent trop souvent que la religion est un joug pénible et comme un funeste présent de Dieu. Victimes de cette déplorable erreur, un grand nombre ne se soumettent aux prescriptions salutaires de la foi que par force et par crainte ; d'autres, encore plus à plaindre, les abandonnent ouvertement ou se tiennent à leur égard dans une indifférence criminelle.

Les Anges et la Chute.

Après avoir assisté àlacréation de l'homme, vu sa gloire, sa puissance, son bonheur, sa

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royauté primitive, admiré le lien si sublime et si doux qui l'unit à Dieu, nous le suivons au Paradis terrestre ; avec lui nous jouissons de ce délicieux séjour. Là nous entendons le Créateur indiquant à son noble vassal le facile hommage qu'il demande de lui entémoignag-e de son amour : Toutes les créatures so?it soumises à votre empire, lui dit-il, tout ce que vous voyez est à vous. Seuleinent vous vous abstiendrez de manger du fruit de l'arbre de la scie7ice du bien et du mal * .

Est-ce trop ?

Nos premiers parents, qui se sentaient pleins de courage et pénétrés de reconnaissance, ne regardèrent vraisemblement la loi de s'abstenir d'un seul fruit que comme une légère épreuve de leur vertu. Hélas ! ils ne savaient pas à quelle tentation leur fidélité allait être bientôt exposée.

Dieu, dont la puissance est infinie et dont la sagesse s'est jouée dans la création de l'univers, avait tiré du néantplusieurs espèces de créatures, les unes visibles et purement matérielles, telles que la terre, Teau, les minéraux et les plantes ; d'autres, tout à la fois visibles et invisibles, matérielles et spirituelles, les hommes ; d'autres, enfin, invisibles et purement spirituelles, ce sont les anges.

1 Gen., n.

Ainsi, il n'y a point de solution de continuité dans la nature ; point de rupture dans la magnifique chaîne des êtres. Tous les anneaux se tiennent, s'enchaînant les uns aux autres par des rapports de plus en plus parfaits ; en sorte que, arrivée à l'homme, cette chaîne éblouit des rayons de sa g-loire notre faible raison. Mais' voilà que cette chaîne de la création ne se termine point à l'homme : il n'en est même pas le plus brillant anneau. S'il voit au-dessous de lui des myriades de créatures moins parfaites, au-dessus de sa tête apparaissent des millions d'autres plus parfaites que lui. Entre celles-ci sont divers degrés de perfection, suivant qu'elles approchent de plus près de l'océan de toute perfection.

Là, dans cet univers supérieur au nôtre, dont le paganisme lui-même reconnut l'existence et dont l'étendue est peut-être au monde visible ce qu'est le soleil à un grain de sable, brillent, comme des astres resplendissants, les Hiérarchies célestes. Là rayonnent de toutes parts les Chœurs angéliques. Au centre de ces augustes sphères éclate le Soleil de Justice, l'Orient d'en haut, dont tous les astres et tous les êtres empruntent leur vie, leur lumière et leur splendeur. Célestes intelligences, vous vous anéantissez en présence de l'Éternel ; votre existence est par lui ; l'Eternel est par soi : // est Celui qui EST.

Seul il possède la plénitude de l'Etre, et vous n'en possédez que l'ombre. Vos perfections sont des ruisseaux : l'Être infiniment parfait est un océan, un abîme dans lequel le chérubin n'ose regarder.

Tel est le monde angélique.

Or, pas plus que l'homme, les anges ne furent créés impeccables. Avant de les confirmer engrâce, Dieu les soumitàune épreuve. Suivant de graves théologiens, Dieu leur fit connaître le mystère de l'incarnation de son fils et l'obligation d'adorer un homme Dieu : à des millions d'entre eux cette adoration parut une humiliation insoutenable. Indignés de ce que le Verbe éternel n^'avait pas pris pour l'unir à la sienne la nature angéliquc, ils s'insurgèrent contre Dieu *.

Aussitôt punis que coupables, tous les révoltés sont précipités dans l'abîme et changés en démons. Jaloux à l'excès de la

ffloire et du bonheur de l'homme, conservant ailleurs une puissance dont les bornes inconnues surpassent beaucoup les forces naturelles des créations inférieures, ces esprits maudits entreprennent de rendre l'homme coupable, afin d'en faire le compagnon de leur malheur. L'existence, les fourberies, les violences, la haine implacable qu'ils ont

1 Billuart, t. III, 473 ; Suarez, lib. V, de Angelis t. VI Sylvius, art. 5, q. LVII, part. 1 ; iu S. Thom,

pour la race humaine sont écrites à toutes les pages de l'histoire sacrée et surtout de l'histoire profane.

Nous arrivons à la catastrophe épouvantable dont le souvenir est tout à la fois si profond et si universel, qu'on le retrouve, dit Voltaire, en tête des théologies de tous les peuples.

L homme est tombé !I!

Pour le savoir je n'ai nul besoin de recourir à des preuves étrangères. Le genre humain n'est-il pas à lui-même la preuve vivante de sa dégradation? Qu'est-ce, je vous prie, que cet inexplicable mélange de grandeur et de bassesse, de vertus et de vices, d'aspirations sublimes et d'ignobles instincts qui se manifestent en nous dès l'enfance? Quels sont ces deux hommes ennemis que nous portons en nous-mêmes et qui font de notre vie une guerre continuelle ? qu'est-ce que tout cela, sinon la preuve que l'homme naît dégradé ? Or, Thomme n'est dégradé que parce qu'il est déchu ; il n'est déchu que parce qu'il est puni ; il n'est puni que parce qu'il est coupable ; il n'est coupable que parce qu'il est méchant ; il n'est méchant que parce qu'il a cessé d'être ce qu'il était en sortant des mains de Dieu, qui, étant infiniment bon, n'a pu créer aucun être méchant ou vicieux.

Raisonnons ainsi de la transmission du

péché originel à toute la race humaine. Dieu étant donné, il demeure évident que la transmission du péché originel n'est contraire ni à une bonté infinie, ni à une justice infinie, ni à une sainteté infinie. Que voulons-nous de plus? Ne craignons rien, Dieu n'a jamais fait, il ne fera jamais tort à personne.

Victime des mauvais auges, l'homme ne fut pas laissé sans défense. Pour l'aider l\ soutenir la lutte, Dieu lui a donné les légions d'anges restés fidèles. Les créatures qui nous environnent, les lieux que nous fréquentons, notre enfance et notre jeunesse, notre vie et notre mort, notre berceau et notre tombe sont confiés à leur garde.

Au lieu de marcher tranquillement vers son éternelle patrie, l'homme désormais n'y parviendra que les armes à la main. 0 homme ! comprends ta destinée. Que le voile épais qui te cache le monde invisible se lève à tes yeux : quel spectable ! A ta gauche des milliers d'anges révoltés, rôdant autour de toi comme des troupeaux de lions rugissants, nuit et jour semant des pièges sous tes pas, épuisant leurs forces redoutables et leur infernal génie pour t'attirer sous leurs drapeaux; à ta droite d'innombrables légions d'anges tutélaires, sans cesse les armes à la main pour te protéger ; au-dessus de ta tête l'Éternel, assis sur son trône, spectateur de la lutte, d'une main te présentant la couronne.

de l'autre t'offrant son appui : toi même, balançant à ton gré les chances du combat et demeurant l'arbitre de la défaite ou de la victoire. 0 homme ! Être sublime ! comprends les conditions solennelles de ton existence, et mesure si tu peux la grandeur de ta dignité * .

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