‹ La religion dans le temps et dans l'éternitéChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE VII La Rédemption · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII La Rédemption

L'homme est tombé ! !

A ce coup terrible, un long soupir s'échappe de notre âme oppressée par la douleur : Hélas ! hélas ! et sans fin hélas !

Mais voilà qu'une voix se fait entendre dans le lointain des âges , qui crie : Heureuse faute ! Bientôt la conduite du Tout-Puissant nous apporte la justification de cette étonnante parole.

Loin d'exterminer sur-le-champ la race humaine comme elle le méritait , loin de traiter l'homme comme il avait traité les anges, Dieu lui accorde l'épreuve du temps pour se réhabiliter. Ce n'est pas assez ; il lui fournit surabondamment les moyens de re-

1 0 homo, tantum nomen si intelligas te. Lactance, Apol. cLvm.

conquérir les biens qu'il vient de perdre par sa faute et d'en obtenir de plus grands. A qui l'homme est-il redevable de cette faveur si peu méritée ? Ici commence le grand mystère de la miséricorde, dont le développement embrasse toute la durée des siècles.

Comme elle a tenu conseil pour créer l'homme, l'adorable Trinité tient conseil pour le sauver. Le Ye^be éternel, par qui tout a été fait, s'offre à son père, afin de réparer son ouvrage, et se constitue la victime de l'homme coupable : sa médiation est acceptée. Dès ce moment elle a son effet : la grâce est rendue avec de nouveaux privilèges, et le lien surnaturel qui , avant le péché , unissait l'homme à Dieu glorieusement rétabli.

Mais de quelle manière pourra s'accomplir ce mystère d'amour et de sagesse? En tant que Dieu, le Yerbe éternel ne peut satisfaire; car il ne peut ni mériter ni expier. Et pourtant l'homme ne peut être pardonné si Dieu n'est pas satisfait. Pour concilier les droits également sacrés de la miséricorde infinie et de la justice infinie, le Verbe se fera chair; Dieu se fera homme. Homme afin de pouvoir expier, Dieu afin de donner à son expiation un mérite infini. A la considération de ce Dieu-Homme, Dieu pardonnera à tous les hommes, et la rédemption ne sera qu'une grande indulgence accordée au genre humain en considération du Juste par excellence,

dont les mérites infinis seront réversibles sur la tête de tous les coupables ^ Cette loi mystérieuse traversera tous les siècles; elle expliquera tous les sacrifices ; elle sera le lien des familles et donnera lieu à la plus belle comme àlaplus sainte chose du monde, l'immolation volontaire de soi-même pour les autres.

Rétablir en la perfectionnant l'union primitive de l'homme avec Dieu, telle est donc la mission du Médiateur, Pour l'accomplir, il doit ôter le péché du monde, le péché qui seul a bouleversé le plan divin. Afin de satisfaire à la justice divine, il sera donc expiateur ; RÛn de réparer dans l'homme tout entier les funestes ravages du péché, il sera docteur, modèle, médecin. En sa personne le ^enrt3 humain triomphera pleinement , parfaitement du péché et de ses suites , comme dans la personne du premier Adam le péché avait malheureusement triomphé de l'homme dans son esprit, dans son cœur et dans son corps.

Or, comme il est évident que c'est notre union avec le premier Adam qui nous a rendus malheureux et coupables^, de même

1 Rom, X.

2 Sicut rêvera hornines, nisi ex semine Adae propagati nascerentur, non uascerentur injusti ; cum ea propagatione, per ipsum dum concipiuntur, propriam iajustitiam contrahunt: ita, nisi in Ciiristo renascerentiir, nimquam justificarentur : Concil. Trident, sess. V, cap. 3.

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il est évident que c'est notre union avec le second Adam qui nous sauvera. Le but de la vie, le travail de chaque homme sera donc de s'unir au Médiateur d'une union complète et permanente. Commencée sur la terre^ cette union ne sera consommée que dans le ciel, où, comme aux premiers jours du monde, Dieu sera tout en toutes choses.

Tel est, en quelques mots, le plan divin de la rédemption humaine.

Ce dessein admirable. Dieu ne l'a pas dévoilé tout d'un coup : il voulait peu à peu en développer la suite , afin d'en montrer la mag-nificence et en préparer l'accomplissement. Il fallait d'ailleurs que l'homme comprit, par une longue expérience, le besoin qu'il avait d'un rédempteur. Toutefois lo sagesse et la bonté divine lui en disent assez, suivant les temps et les circonstances, pour le consoler dans son malheur, soutenir sa confiance et rendre ses œuvres surnaturelles, mais pas assez pour lui ôter le mérite de la foi et éblouir ses yeux par une lumière trop éclatante.

Dieu se proportionne aux besoins et aux forces de l'homme. Il fait briller le soleil de la révélation comme le soleil qui éclaire le monde physique , insensiblement et par degrés. Les tendres clartés de l'aube préparent l'œil aux rayons plus vifs de l'aurore, et ceux-ci les disposent à soutenir les feux

étincelants du midi. Nous n'avons garde de nous écarter de cette marche providentielle.

Voilà pourquoi, commençant à l'origine des temps, nous suivons à travers les âges la manifestation progressive du ^rand mystère de notre rédemption. Comme il repose tout entier sur Jésus-Christ à venir ou sur Jésus- Christ venu , c'est Jésus - Christ que nous cherchons et que nous trouvons en tout et partout; en sorte que au-dessus de tous les enseignements et de tous les faits plane , rayonnante de lumière et de majesté, la grande figure du Messie.

Ainsi nous réalisons le vœu de saint Augustin, qui veut que dans l'Ancien Testament on ne voie qu'une seule chose, Jésus- Christ * Agneau immolé depuis le commencement, du monde, Héritier de tous les siècles anciens et Père du siècle futur ; Pierre angulaire qui unit l'ancien et le nouveau peuple; Centre de toutes choses dans l'ordre intellectuel, moral et politique, le Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera aux siècles des siècles.

Mais dans les conseils éternels , le Rédempteur ne viendra pas immédiatement après la chute primitive ; il nous reste donc à chercher ce que Dieu devait, pour ainsi

1 Omnis Scriptura Christum narrât et charitatem docet... Tota Lex gravida erat Christo. Contr. Faust.

dire, à sa bonté, afin de consoler l'homme d'une attente de quatre mille ans.

On conçoit sans peine que Dieu devait 1° promettre à l'homme ce Rédempteur ; 2° lui on donner le signalement, afin qu'il pût le reconnaître quand il apparaîtrait ; 3° préparer le monde à sa visite et à l'établissement de son règne.

Dieu le fait avec une précision de moyens et une magnificence de résultats dignes en même temps de son infinie bonté et de sa profonde sagesse. Depuis la chute de l'homme jusqu'à la venue du Messie, c'est à ce but suprême que se rapportent tous les conseils du Très- Haut. De là les promesses, les figures, les prophéties et les préparations du Libérateur.

Le Messie promis et figuré

Pour fermer le cœur de l'homme au désespoir et lui faire prendre patience durant quarante siècles, Dieu devait d'abord, comme nous l'avons vu, lui promettre un rédempteur.

Or, le roi de la création n'est pas plus tôt tombé du trône qu'une première promesse fait briller à ses yeux mouillés de larmes un rayon d'-espérance : De la femme naîtra un fils qui

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