‹ La religion dans les limites de la raisonChapitre 15 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Idée personnifiée da bon principe.

Ce qui peut seul rendre un monde l'objet de décrets divins et la fin de la création , est rhumanité (l'essence rationnelle du monde eu général ) dans toute sa perfection morale, perfection qui est, dans la volonté de l'Etre Suprême, la condition excellente et la conséquence immédiate de la félicité. — L'homme agréable h Dieu « procède de Dieu de toute éternité; » l'idée en émane de son être ; il n'est pas une chose créée , mais son propre fils, le Verbe (le quil soit!) par lequel toutes les choses sont, et sans lequel rien n'existerait de ce qui a été fait, » car c'est pour lui, c' est-a-dire pour l'essence rationnelle dans le monde, comme on peut le penser d'aj)rè8 la destination morale de cette essence , que tout a été fait. — «Il est la splendeur de sa magnifi-» cence. » — « C'est en lui que Dieu a aimé le monde, » et c'est seulement en lui et par l'adop-

tion de ses sentiments que nous pouvons espérer de deyenir ce les enfaats de Dieu, » etc.

Nous élever à cet idéal de la perfection morale , c'est-à-dire au tjpe du sentiment moral humain dans toute sa pureté, tel est donc le devoir universel de l'humanité, devoir pour l'accomplissement duquel nous puisons une grande force dans l'idée même que la raison nous en présente et dont elle nous fait un but à atteindre.. Mais comme nous ne sommes point les auteurs de cet idéal , qu'il a pris place dans l'homme sans que nous comprenions comment la nature humaine a pu être digne de lui, il convient mieux de dire que ce type est descendu en nous^ et cjue l'humanité Ta accueilli : car il n'est pas plus possible d'imaginer comment l'homme, méchant de sa nature, écarte le mal de lui et s'élève à l'idéal de la sainteté, que d'imaginer que cet idéal accepte Vhumanité (qui n'est point méchante en ellemême ) et s^ahaisse jusqu'à elle. Cette union avec nous peut donc être regardée comme la descente et le séjour du fils de Dieu dans notre sein, pourvu que nous nous le représentions comme un type pour nous , c'est-à-dire comme un homme qui, bien que saint lui-même, et, à ce titre, fort contre les atteintes de la souffrance, surmonte les peines avec un grand ascendant, pour favoriser le développement du bien dans le

monde; mais si l'homme^ qui n'est jamais pur de toute' faute, quoiqu'il ait accepté les mêmes sentiments élevés » tient à regarder pourtant comme imméritées les, peines qu il rencontre sur toutes les routes de la vie, alors, il doit se tenir^ tout en en faisant sa fin, pour indigne de l'union de ses sentiments avec Cet idéal.

Mais comment pouvons-nous nous représenter l'idéal de l'humanité agréable à Dieu, par conséquent l'idéal de la perfection morale autant qu'elle est possible à des êtres dépendants de leurs besoins et de leurs inclinations ? Nous ne le pouvons qu'en nous représentant un homme prêt nonseulement à remplir tous les devoirs imposés à l'humanité, d'abord pour les remplir, puis pour étendre le bien par la leçon et l'exemple dans le plus large rayon possible autour de lui, mais prêt encore à accepter, quoiqu'il en soit dissuadé par les plus puissantes séductions, tous les maux jusqu'à la mort la plus ignominieuse, pour la cause du bien et même dans l'intérêt de ses ennemis.— Car l'on ne peut se faire une idée de l'énergie de cette force qu'on appelle sentiment moral, k moins qu'on ne se la représente aux prises avec les obstacles et qu'on ne se la figure triomphante au milieu des luttes les plus acharnées.

Par Une crojrance pratique en ce fils de Hieu, en tant qu'il est représenté comroe-^yajit adopté

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la nature humaine» l'homme peut donc espérer de se rendre agréable à Dieu ,, par cobsécpient aussi de devenir heureux; c'est-à-dire que celui qui a conscience d'un sentiment moral tel qu'il peut woir foi et mettre sa confiance en luimême; que celui qui^.au milieu de tentations et de souffi*ances pareilles à celles qui ont servi d'épreuve au type , demeure inébranlablément attaché à l'idéal de l'humanité^ s'efibrçant de fidèlement imiter son modèle, celui-^là, celui-là seul a droit de se croire jusqu'à certain point agréable à Dieu.

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