CHAPITRE UNIQUE
L'Écriture sainte, le NouTeau Testament , expose, sous form^ d'histoire, ce rapport moral intelligible, et représente^eux principes opposés l'un à l'autre dans l'homme de même. (Jue le ciel et l'enfer, comme deux personnes hors de lui, qui non*sèulement essaient leurs forces l'une contre 1 autre, mais encore (l'une étant l'accusa^ trice de l'homme, l'autre son avocat) veulent également faire valoir au nom du droit leur prétention devant un juge suprême.
L'homme fut investi primitivement de la possession des biens de toute la terre (i. Moïse, I> 28), à condition, toutefois, qu'il posséderait ces biens seulement en sous-proprîété (dominîum utile), relevant de son créateur et maître, comme d'un possesseur supérieur et direct (^dondnus director). En même temps apparaît un mauvais génie (nous ne pouvons du reste savoir comment il
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fut assez mëchant pour devenir infidèle à son maître après avoir été bon originellement)^ qui, à cause de sa chute^ fut déshérité de toutes ses possessions quelles qu'elles fussent dans le ciel , et voulut eu conséquence en acquérît* d'autres sur la terre. Or, étant un être d'une classe supérieure f — un esprit, -^ il ne pouvait trouver de jouissance dans des objets terrestres et corpo^ rels; il chercha donc à acquérir un empire sur les âmes en aliénant du maître suprême les premiers parents du genre humain et en se les attachant, ce qui lui réussit; il chercha ainsi à s'ériger en possesseur supérieur de tous les biens de la terre , c'est-à-dire en prince du monde. Or on pourrait ici élever cette objection : pourquoi Dieu n'a-t-îl pas eu recours contre ce traître k sa toute-puis-^ sance(i) et a-t-il préféré anéantir dès le commencement le royaume qu'il s'était d'abord proposé de fonder? La solution de cette objection est claire : la domination et le gouvernement de la
(i) Le Père Charlei^oitc rapporte que / montrant à un ïroquois , son élève , tout le mal que le mauvais génie avait introduit dans le monde primitivement bon et comment.il faisait encore de constants e£Ports pour éluder les règlements et les ordres les plus sacrés de Dieu, son élève lui demanda spontanément , pourquoi Dieu n'anéantissait pas Satan ; question h laquelle le R. P. avoue , en toute simplicité de cœur^ n'avoir pu trouver sur-rle-champ de réponse.
suprême sagesse s'exerce sur les êtres raisonuables conformément au principe de leur liherté^ et tout ce qui se rencontre de bien et de mal doit leur être directement imputé. Ainsi, en dépit du bon principe> un empire du mal fut fondé, et tous les hommes descendant ( naturellement) d'Adam y furent soumis , avec leur consentement toutefois : l'illusion que produisirent sur eux les bien s de ce monde détourna leurs regards de l'abîme de corruption auquel ils étaient réservés. Le bon principe, à cause de sa légitime prétention à la domination sur l'homme, se uiit en sûreté en créant une forme de gouvernement basée simplement sur "le respect public de son nom (la théocratie juive); mais, comme les âmes de ses sujets n'étaient déterminées par aucun autre mobile que par les biens temporels et qu'ils ne voulaient être ainsi gouvernés qu'au moyen de récompenses et de châtiments ; comme ils n'étaient susceptibles d'aucune loi, hormis celles qui imposaient des cérémonies et des pratiques gênantes, hormis ces lois, d'ailleurs parfaitement morales, pour lesquelles il y a Heu à contrainte extérieure, qui ne sont, par conséquent, que des lois civiles dans lesquelles le sentiment moral n'est point pris en considération; alors cette forme de gouvernement ne porta aucun préjudice essentiel au royaume des ténèbres, mais servit tout simple*
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ment à rappeler sans ce^e à la mémoire Timprescriptible droit du possesseur primitif.
Or, chez le peuple juif^ à une époque où il ressentait dans toute leur étendue les maux (pi'entraine une constitution hiérarchique , alors que ces maux étaient retracés devant leurs yeux autant par le fait même que par les leçons de liberté morale données par les Grecs, leçons qui ébranlaient l'esprit d'esclavage et qui avaient insensiblement acquis de l'influence sur l'esprit de ce peuple, alors par conséquent qu'il était mùr pour une ^révolution, il parut un personnage dont la sagesse, encore plus pure que celle de tous les philosophes antérieurs, était comme descendue du ciel ; il s'annonçait lui-même , en ce qui concernait ses leçons et son exemple, comme un homme, il est vrai, pur et simple, mais pourtant comme un envoyé d'une naissance telle, que son innocence originelle n'était point comprise dans ce traité que le reste du genre humain conclut par son représentant , sa tige primitive, avec le mauvais principe (i), d'une nais-
(i) Une personne affranchie de la disposition innée an mal, personne que l'on peut d'autant mieux se représenter qu'on la fait naître d'une mère-vierge , est une idée de la raison qui s'accommode à un instinct pour ainsi dire moral, difficile à expliquer, mais qu'il est pourtant impossible de nier ; car nous considérons la procréation naturelle , en tant qu'elle ne
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sance telle enfin « que le prince de ce monde n'y avait eu aucune part. » Eu ces circonstances , la
peut avoir lieu sans un plaisir sensuel partagé , et qu'elle semble établir unjs parenté trop rapprochée entre la race humaine et l'espèce des animaux en général, comme quelque chose dont nous avons à rougir. C'est cette représentation qui est certainement la cause propre de la prétendue sainteté de l'état monacal. L'acte de la génération nous paraît le résultat d'un appétit immoral , incompatible avec la perfection de 4'humanité , inhérent pourtant à la nature de l^omme et dont héritent ses descendants comme d'une dis^ position mauvaise.
L'obscure représentation de cette personne , représentation d'un côté sensible , d'un autre côté , morale et consé» quemment intellectuelle , est donc l'idée adéquate de la naissance surnaturelle ( virginale ) d'un enfant pur de tout défaut moral ; mais cette idée n'est pas sans difficulté dans la théorie où il est inutile de rien déterminer, en ce qui concerne cette représentation , sous le rapport pratique. Car, dans la supposition de l'épigénèse , la vierge-mère , qui a été procréée naturellement, devrait partager la faute morale de , ses parents et transmettre au moins la moitié de cette faute à son enfant, malgré sa procréation surnaturelle. Pour éviter celte conséquence , il faudrait admettre , dans le système de la préexistence du germe du mal chez nos parents, le développement de ce germe simplement chez V homme et non chez \si femme; le système de VanimalcuU sperm. , et non celui des o9ulorum; comme l'homme n'est pour rien dans une grossesse surnaturelle, cette sorte de représentation , cette idée de la viérge-mère pourrait être défendue alors théorétiquement. — Mais pourquoi toutes
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domination de ce dernier était en péril. Car cet homme agréable à Dieu résiste aux tentations , et refuse même d'accéder à tout contrat; d'autres hommes adoptent ^ussi ce sentiment en toute vérité ; ce sont autant de sujets enlevés au prince de ce monde, et son empire court le danger d'être détruit entièrement. C'est pourquoi il offre à l'homme aux sentiments divins de le constituer le possesseur de tout son royaume, pourvu qu'il consentît à lui rendre honunage comme au propriétaire direct. Comme cette démarche reste sans succès^ non-seulement il soustrait à cet étranger sur son sol tout ce qui peut lui rendre la vie sur terre agréable (il le réduit à l'extrême misère), mais il met encore en œuvre contre lui toutes les persécutions au moyen desquelles les méchants peuvent rendre la vie amère, les tortures que l'homme de bien ressent jusqu'au fond de son âme, il calomnie l'intention pure de ses enseignements (pour lui enlever tout crédit), et il le persécute jusqu'à ce qu'il meure d'une mort ignominieuse. Mais, malgré les assauts de la méchanceté la plus noire^ l'homme aux divins sentiments ne perdit rien de sa fermeté et de sa séré-
ccs théories 'soit pour soit contre, lorsqu'il suffit, dans la pratique , de nous représenter cette idée i en tant que symbole de rhumanké résistant aux séductions du mal et en triomphant, comme un modèle?
nitë d'âme dans ses leçons et ses exemples qui étaient destinés à la propagation du bien dans le monde. Quelle fut donc l'issue de ce combat?
L'issue peut en être considérée comme juridique ovLQomrae physique. Si l'on considère le résultat matériel (qui tombe sous les sêns)^ le bon principe est le parti vaincu; il dut, après avoir enduré de
nombreuses souffrances, perdre la vie (i); car il
(i) Ce n'est pas (comme Bahrdt le prétend poétiquement) qu'il cherchât la mort pour produire un ^and effet et donner un éclatant exemple en causant une grande sensation ; c'eût été un suicide. Car on ne peut s'exposer à perdre la vie, on ne peut même attendre la mort de la main d'un adversaire auquel on ne peut échapper , sans être infidèle à un devoir que l'on ne saurait négliger ; on ne peut disposer de soi. et de sa vie comme d'un moyen pour quelque fin que ce soit et être ainsi l'auteur de sa mort. — On ne peut pas dire davantage qu'il a exposé sa vie non avec une intention morale , mais dans un dessein politique et illégitime pour renverser la domination des prêtres et pour s'ériger en pouvoir souverain' à leur place ; car, lorsque, à la cène, ayant perdu déjà l'espérance de conserver la vie , il exhorta ses disciples à renouveler cet acte en mémoire de lui, il combattit le dessein supposé. Si la cène eut dii être la commémoration d'une entreprise temporelle malheureuse , l'exhortation eût tourné contre son au.* teur, et par conséquent eût été contradictoire. Pourtant le souvenir qui y est attaché peut rappeler une intention trèsbonne et très-morale du maître , à savoir : d'opérer encore de son vivant , par le renversement de cette religion extérieure qui étouffait tout sentiment moral , et par l'anéantis-
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arait excité une révolte contre une domination étrangère qui avait la force pour elle. Mais comme le règne sous lequel les principes sont tout-puissants (^ils peuvent toutefois être bons ou mauvais) n'est pas un règne de la nature> mais un règne de la liberté , c'est-à-dire un règne tel que l'on n'y puisse disposer des choses qu'autant que l'on domine sur les âmes ^ dans lequel , par conséquent, personne n'est esclave que celui qui veut l'être et aussi longtemps qu'il veut l'être ; cette mort (le plus haut degré de la souffrance de l'homme) était donc la manifestation du bon principe, c'est-a-dire de l'humanité dans sa perfection morale, comme un modèle a imiter pour chacun. Cette représentation du bon principe dut et put dans son temps, peut même dans tous les temps, exercer une très-grande influence sur les âmes en faisant voir la liberté des enfants du ciel et la servitude des fils de la terre dans un contraste frappant. Mais le bon principe^ non*
sèment de l'autorité de ses prêtres, une révolution veW" ^euse publique; c'est dans ce but que les disciples dispersés dans le monde se réunirent pour la pâque. On peut donc regretter, même encore aujourd'hui , que son dessein n'ait point été accompli ; mais il n'a point complètement échoué : après la mort de son auteur, il s'est réalisé par une transformation' religieuse qui, après beaucoup de maux, s'est propagée en silence.
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seulement à une certaine époque^ mais depuis l'origine du genre humain^ est descendu d'une manière iiiTisjble du ciel dans l'humanité (comme doivent l'avouer tous ceux ^i ont remarqué la sainteté de l'homme et, en même temps, l'incompréhensibilité de l'union de cette sainteté avec la nature sensible de l'homme dans la disposition morale), et y a choisi d'une manière juridique son premier domicile. Étant ainsi apparu dans un homme réel pour servir d'exemple a tous les hommes y « il se présenta dans son domaine, et les siens ne raccueillirent point ; mais ceux qui le reçurent, il leur accorda le droit de s'appeler enfants de Dieu croyant en son noip.» En d'autres termes, il ouvre, par l'exemple derhomme dans lequel il s'est incarné, la voie de la liberté à chacun de ceux qui, comme lui, veulent mourir à tout ce qui tient, au préjudice de la moralité, la liberté enchaînée a la vie terrestre, et il voit u un peuple ardent aux bonnes œuvres se réunir sous sa domination » , et il abandonne à euxmêmes ceux qui préfèrent la servitude morale.
Ainsi l'issue morale de ce combat n'est pas proprement une victoire du mauvais principe sur le parti du héros de cette histoire (jusqu'à sa mort); car le règne du premier dure encore, et il doit, en tout cas, entrer dans une nouvelle phase pendant laquelle il sera détruit, ou du moins le pouvoir
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qu'il a de maintenir sous sa dominfation malgré eux ceux qui lui ont été jusqu'alors soumis ;Snais sur ceux-là sera établie une nouvelle domination morale (car il en faut toujours une à Thomme) qui sera un état de liberté dans lequel ils trouveront pour leur moralité soutien et protection , dans le cas où ils voudraient abandonner leur premier maître.^ Du reste, le prince de ce monde où les sacrifices et les mortifications de l'amourpropre , qui sont représentés ici comme des persécutions de la part du mauvais principe, peuvent être regardés comme émanant du principe du bien , et, en tous cas , se résolvent en des douleurs physiques , le prince de ce monde , dis-je, c'est toujours le mauvais principe, parce que, sous son règne seul , il y a des récompenses pour ceux qui ont érigé en but final le bien-être sur la terre.
On voit facilement que si l'on revêt d'une enveloppe mystique cette sorte de représentation vivante , l'unique qui vraisemblablement ait été populaire d^us son temps, elle (sou esprit et son sens rationnel,) a été pratiquement valable et obligatoire pour tout ie monde et pour tous les temps, parce qu'elle est assez rapprochée de l'homme pour qu'en elle il reconnaisse un devoir. Le sens rationnel de cette représentation ^st qu'il n'y a de salut pour les hommes que
dans 1 acceptation la plus intime des véritables principes moraux dans sa conscience; et que cette acceptation est entravée non par la sensibiflité si souvent incriminée, mais par une certaine perversité (per-versitas) coupable, ou, si l'on veut nommer autrement cette méchanceté , par la perfidie , par la fausseté , par une ruse satanique qui infiltra lé mal dans le monde : cette dépravation se trouve dans tous les hommes et rien ne peut y remédier si ce n'est l'idée du bien moral dans toute sa pureté ^ idée que notre conscience sait appartenir réellement à notre disposition originelle, et que l'on doit s'efforcer de maintenir pure de tout mélange et accepter profondément parmi ses sentiments pour être convaincu, par l'effet qu'elle opère successivement sur lame, que les puissances redoutées du mal ne peuvent l'ébranler (les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elles), et que, afin de ne pas suppléer à cette confiance superstitieux sèment par des expiations qui ne présupposent aucun changement de sentiment, m fanatique^ ment par de prétendues illuminations intérieures (purement passives), et afin de n'être pas ainsi perpétuellement éloignés du bien fondé sur notre activité, nous ne devons chercher au bien moral d'autre caractère que celui que dénonce une conduite parfaitement régulière. — D'ailleurs reffort
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que nous faisons pour trouver dans l'Écriture ce sens qui est en harmonie avec le sens très-scUni que la raison enseigne , peut être tenu non- seulement pour permis 9 mais encore pour rigoureusement obligatoire; et Ton peut, à celte occasion^ se souvenir de ce que le Sage disait à ses disciples : Chacun suit sa* route particulière^ et, en définitive, tous arrivent au même but : « Ne le repoussez pas, car celui qui n'est pas contre nous est pour nous. »
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