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in avait paru marquer le point précis où les doctrines du dix-huitième siècle ont commencé à se transformer sous l'influence morale du protestantisme du Nord (i); un examen plus attentif m'a confirmé dans cette idée. Le drame de la croyance et de la science j lequel. a débuté d'une manière si saisissante dans notre Pascal, se dénoue ici paisiblement dans un égal mélange de scepticisme et d'idéalité. On y voit poindre surtout ce système d'interprétation figurée qui 5 s'étendant dé plus en plus , semble aujourd'hui insinuer un esprit nouveau dans la lettre de la Révélation. Tandis que la France, sortie de l'enceinte de la tradition, niait ostensiblement le christianisme par l'organe des encyclopédistes, l'Allemagne arrivait au même but, changeant, modifiant, transformant le dogme de manière à y substituer nn théorème moral. Dans notre pays la philosophie procédait avec un esprit
( I ) Sur la vie de Jésus-Christ , par le docteur Strauss. 1839.
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de révolution , elle luttait à découvert. De l'autre côté du Rbin, elle pénétrait, s'insi* nuait jusque dans le sanctuaire ; enfin elle s'assit sans tumulte à la place du prêtre. Le Dieu même s'était évanoui que rien encore ne semblait changé.
En effet , lorsque aidé du double scepticisme de l'Angleterre et de la France, Kant eut pénétré dans l'abîme avec plus de méthode que Tune et l'autre, et qu'il eut employé tout son scrupule à ne rien laisser debout de ce que l'on avait cru incontestable, il aboutit par hasard à une découverte devant laquelle il s'arçêta : le sentiment moral qui était comme le génie intime de la race d'hommes à laquelle il appartenait, la conscience , la loi du devoir, divinité nouvelle qu'il ne peut se décider à détruire , et qu'il va ériger à la place de toutes les autres. Au moyen de cette unique pensée qu'il s'est réservée parmi tant de ruines , le voilà qui se met en toute hâte à relever, reconstruire, reformer le monde social et divin , à Fin-
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stant même où il semblait Pavoir aboli.
Quelque jugement que Ton porte sur cette méthode et sur ces expériences héroïques dans lesquelles on pourrait bien finir par tout perdre^ ce n est pas assurément un petit spectacle de voir l'homme se dépouillant ainsi lui-même de chaque vérité comme d'un leurre, accumulant toutes les chances contre lui , ne gardant qu'une seule et dernière certitude, non pas même celle de Texistence de la matière , mais Fassurance la plus dure, la plus pesante, la plus désintéressée, celle du devoir, puis mettant toute sa destinée sur cette dernière carte, et gagnant la partie sur cet enjeu. Si tel est en général le caractère de la philosophie de Kant, il ne paraît nulle part, je croîs, plus visiblement que dans son ouvrage sur la Religion. Car, dès les premiers mots du livre, vous mesurez tous les ravages du scepticisme , Thomme sans Dieu, aux prises avec lui-même , dans un combat sans but entre le bien et le mal ; puis de cette lutte
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jaillit l'idée du devoir^ puis à celte pensée, le Dieu éclate, la vie se rallume j le christianisme qui n'était plus qu'une forme morte , se nourrit de cette lumière nouvelle ; il revit transfiguré par l'éclat spirituel de la philosophie. Dans cette renaissance, la société de»^ peuples devient elle-même VEglise uni verselle de ce catholicisme réparé. Association, religion de la vertu, république morale , nouveau contrat social , qui pour souverain n'admet que la raison. Où est l'humanité, là est la cité de Dieu.
Sur ce faîte de la philosophie de Kant, on respire, en quelque sorte, l'orgueil d'une bonne conscience. Mais en se privant de tout autre appui que d'elle-même, l'âme humaine s'était d'avance condamnée à ne pouvoir demeurer longtemps dans ce stoïcisme chrétien. Pour descendre précipitamment de ces hauteurs , il y avait deux voies : l'une, le panthéisme spiritualiste , qui érige la fatalité à la place de la providence; l'autre, le panthéisme matérialiste,