‹ La religion dans les limites de la raisonChapitre 20 sur 44 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

VICTOIRE OD BOIV - PRINCIPE SUR LE MAUVAIS ; AVENEMENT DU RÈGNE DE DIEU SUR LA TERRE.

XIHAPITRE PRÉLIMINAIRE.

La lutte que tout homme animé de sentiments moralement bons doit soutenir dan^ cette vie sous la direction du bon principe contre les attaques du mauvais^ ne peut^ quelques efforts qu'il fasse^ lui procurer un plus grand avantage que la délivrance de la domination du mauvais principe. Devenir libre, « être affranchi du joug ignoble de la loi du péché pour vivre selon la loi de la justice, » c'est le plus gros bénéfice qu'il puisse recueillir. Toutefois, il n'en demeure toujours pas moins exposé aux agressions du principe mauvais, et pour défendre sa liberté qui est constamment attaquée il doit incessamment se tenir prêt au combat.

Quoi qu'il en soit, l'homme se trouve dans cette position périlleuse par sa propre faute; par conséquent il est obligé^ autant qu'il est en lui, de travailler au moins à en sortir. Mais de quelle

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manière? telle est la question. — S'il cherche les causes et les circonstances qui suscitent et entretiennent ce péril autour de lui^ il peut facilement se convaincre que ces circonstances et ces causes proviennent moins de sa nature qui est simplement grossière dans le cas de son isolement^ que des hommes avec lesquels il a relations et liaisons. Ce ne sont point les excitations de sa nature qui mettent en jeu^ à rigoureusement parler^ ces ressorts appelés passions y lesquelles occasionnent de si profonds ravages dans les dispositions originellement bonnes. Ses besoins ne sont que des besoins minimes^ et^ lorsqu'il les éprouve^ T^tât de sotl âme est modéré et calme; Il éstmalheu-^ reux (ou se juge tel) rien qu'en pensant que d'autres hommes peuvent ie juger malheureux et consëquemment le méptiser. iL'envie, la ^oif des honneurs et des richesses^^ toutes les tendaifices haineuses liées à ces passions/ agitent sa nature essentiellement calme^ ^li moment quHl est au milieu des hommes; et il n'est pas même nécessaire que 9 plongés dans le mal> ceux-ci soient des exemples pernicieux; il suffit qu'ils ^soient là; qu'ils l'entourent; qu'ils soient des hommes pour corrompre tous mutuellement leurs dispositions morales et se pervertir. Or, s'il ne se pouvait inventer aucun moyeh de fonder une association particulièrement destinée à la pirotection contre le

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mal et au développement {H*ogressif du bien, une association durable et s^étendant de jour en jour pour sauvegarder la moralité et combattre le mal avec des forces réunies, le mal alors, quoi que put faire l'homme pour s'affranchir de sa domination, serait toujours près de ressaisir Tempire sur lui. — Le règne du bon principe, autant que les hommes peuvent l'accomplir, ne peut donc, comme nous le voyons, être atteiVît autrement que par la fondation et l'extensidn d'une èociété selon les lois de la vertu et dans l'intérêt de la vertu; une société où la raison fît un principe et un devoit d'incorporer le genre humain entier. — ^Ce n'est que de cette manière que l'on peut espérer pour le bon {Principe une victoire' sur le mauvais. La raison législative ^ outre les lois qu'elle prescrit à chacun, déploie encore un étendard de la vertu, comme point de ralliemrent, pour tous ceux qui aiment le bien ; eHe se propose de les rassembler à l'entour et de triompher enfin du mal qui l'attaque sans relâche..

Une association d'hommes sous de pures lois^ morales peut^ en conséquence du fait même^ être appelée une société morale^ et, si les lois sont publiques, une société politico-morale (par opposition à la société politico-juridique), ou bien une république morale. Cette république peut exister au milieu d'une république politique, et même se

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composer de tous ses membres ; cela est même nécessaire^ car si la république politique ne servait de fondement à la république morale , celle-ci ne ^saurait être réalisée. Toutefois, la république morale a un principe d'association particulier et à elle propre, la vertu; elle a par conséquent aussi une forme et une constitution qui diffère essentiellement de la constitution et delà forme de Fautre. Cependant il existe entre ces deux républiques, à les considérer comme républiques en général, une certaine analogie; aussi peut-on appeler la république morale un état morale c'est-à-dire un royaume de la vertu (du bon prin- - cipe), état ou royaume dont l'idée a sa réalité objective parfaitement fondée dans la raison hu^ maine , je veux parler du devoir de s'unir pour former un tel état , quoique subjectivement on ne puisse jamais espérer du bon vouloir des hommes qu'ils se déterminent à agir dans ce sens ayec harmonie.

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