CHAPITRE PREMIER
De l'État de nature moral.
Un état poUticch-juridique on politique est la relation des hommes entre eux lorsqu'ils sont associés sous des lois publiques de droit (qui sont toutes des lois de contrainte). Un état politico^ moral est celui où les hommes sont réunis sous des lois qui n'emportent pas avec elles là contrainte^ c' est-a-dire sous des lois purement mo^ raies.
Or^ de même qu'au premier de ees deux états est opposé Vétai de nature juridique qui ^ bien que juridique^ ne consulte pas toujours le droit ^ de même à l'état politico-moral est opposé, sou& d6 certains rapports^ Vétat de nature moral.
Dans l'état de nature moral comme dans l'état de nature juridique, chacun se fait sa loi et il n'y a aucune loi extérieure à laquelle on se reconnaisse soumis, soi et tous les autres. Dans ces deu^
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états^ chacun est à soi-même son propre juge, et il n'existe pas d'autorité supérieure publique qui, en vertu de lois^ détermine ce qui est devoir dans les espèces qui se présentent et fasse des lois une application générale.
Dans une république politique constituée tous les citoyens se trouvent déjà, comme tels, dans un état de nature moral, et ont même le droit d'y rester; car contraindre des citoyens à former une république morale, ce serait une contradiction (in adjecto), attendu que l'idée de république morale emporte déjà avec elle l'affranchissétnent de toute contrainte. Une république politique peut désirer de voir s'élever datts sOn sein uii pouvoir qui s'exerce sur les ànies à l'aide de lois morales; car là où les moyens de contrainte de la république politiqttê viendraient à ne plus suffire, vil que le juge^ humain ne peut sonder le for intérieur des hommes, les sentiments moraux opéreraient ce qu'il lui est impossible d'accomplir. Mais malheur au législateur qui voudrait réaliser par côntraiiité une constitution tendant à une fin morale! car non-seùlèinent il réaliserait le contraire d'une constitution morale, mais il minerait et affaiblirait encore sa coristitutioh politicJUe. • — Lé citoyen delà république politique, en'fce qui touche le droit de légiislation de cette république, demeure donc parfaitement libre de
former avec ses concitoyens une république morale*, outre une république pblitî'qiTe, ou de tester daÀs l'état de nature moral.' Setileiùent, du moment qu'une république inotale doit reposer sur des loi^ publiques et avoir utie donstitutioh fondée 'sur ces lôisV'eéuix qui se sont libt*ém!ent engagés à feire partie de cette i^publique ne recevront point d'ordre du pouvoir politique relativement à la manière dont ils doivent l'organiser ou ne pas l'organiser intérieurement; mais d'un autre côté, ils doivent acquiescer à la restriction que nul règlement ne combattra les devoirs de citoyens; bien que, après tout, si la république morale esf; sagement fondée, la république politique ne doive avoir a imposer aucune réserve.
D'ailleurs , comme les devoirs moraux concernent toute l'humanité , la notion de république morale implique l'idéal d'un ensemble de tous les hommes, et en cela diffère de la notion de république politique. Par conséqiient, une multitude d'hommes réunis dans une intention morale ne peut pas encore être nommée république morale y mais seulement une société particulière qui aspire à l'union de tous les hommes, même de tous les êtres raisonnables finis , pour constituer une république morale universelle , une république dont chaque société partielle n'est
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que la représentation ou le schème y parce que chacune y précisément à cause de cette indvidua^ lité^ se trouve^ par rapport aux autres sociétés morales , comme dans un état de nature moral , avec toutes les imperfections de cet état : on peut en dire autant des différents états politiques dont aucun droit public des gens ne forme le lien .
• CHAPITRE n.
L'homme doit sortir de l'état de nature moral pour devenir membre d'une république morale.
De même que l'état de nature juridique est un état de guerre de chacun contre chacun , de même l'état de nature moral est un état d'hostilités incessantes de la part du mal qui se trouve en nousmêmes et dans les autres. Les hommes ^ ainsi que nous l'avons remarqué, corrompent mutuellement ]eurs dispositions morales^ et, malgré même la bonne volonté des individus, à défaut d'un principe capable de les unir, on les voit , comme s'ils étaient Ztf^ instruments du mal y s'éloigner, par leurs mésintelligences , de la fin commune du bien , et s'exposer à tomber de nouveau sous la domination du mauvais principe. Or, de même que l'état où règne une liberté extérieure efirénée ( brutale ) et une indépendance absolue de toutes lois de contrainte, est un état d'iniquité et de guerre dechacun contre chacun , d'où l'homme doit sortir pour entrer dans un état politique (i),
(i) La proposition de Hobbes : Status hominum naturalis est bellum omnium in omnes , n'a d'autre défaut que de ne
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de même Fétat de nature moral est un état d'hostilités mutuelles publiques contre les principes moraux et un état d'immoralité interne, dont l'homme de la nature doit s'efforcer de sortir dès qu'il le pourra.
Ainsi 9 i]( s'agit ipi.d'ijin devoir to^t particulier, d'un devoir non point des hommes envers les hommes, mais du genre humain envers luimême. Chaque espèce d'êtres raisonnables est , en effet , destinée objectivement , dans l'idée de la raison, à une fin commune, à savoir, au déve-
pas être connue ainsi : Est status belli etc. Car, encore qu'on ne m'accorde pas qu'entre des hommes qui ne vivent point sous des lois extérieures et publiques ne régnent pas continuellement de rédles hostilités, tétat de ces hommes (status juridicus)y c'esU-à-dire les relations dan» lesquelles et au moyen desquelles ils sont capables de droits ( d'acquisition , de conservation de ce qu'ils ont acquis , etc. ) , est un état dans lequel chacun veut être soi-même juge en ce qui est juste pour lui , mais contraire aux intérêts des autres , et où chacun n'a et n'accorde nulle confiance aux autres pour décider de son droit, et s'en remet à sa pi^opre force. C'est bien là un état de guerre dans lequel on doit constamment être armé l'un contre l'autre. •— La seconde proposition du même écrivain : exeundum esse è statu naturali, est une conséquence de la précédente ; car l'état de nature est une violation continuelle des droits de tous par suite de la prétention intraitable à être juge dans sa propre cause , à ne point placer sa confiance , lorsqu'il s'agit de sa propriété ^ dans les autres hommes , et à s'en rapporter à sa propre décision.
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loppement du bien suprême en tant que bien commun. Mais comme le bien moral suprême ^ loin d'être atteint par l'aspiration d'une seule personne à sa propre perfection morale^ exige l'union de cette personne à un tout pour marcher vers un seul et même but, vers un système d'hommes bien intentionnés, dans lequel et par l'unité duquel seulement' le souverain bien moral peut être réalisé; comme, d'un autre côté, l'idée d'un pareil tout, en tant que république universelle conçue selon des lois morales , est une idée absolument différente de toutes les lois morales, lesquelles concernent ce que nous savons être en notre pouvoir, à savoir une idée tendant à agir sur un tout sans que nous sachions s'il nous est possible ou non d'agir sur ce tout , — alors c'est là un devoir, quant à la nature et quant au principe, différent de tous les autres devoirs. — On peut déjà induire de ce qui précède , que'- ce devoir exige la supposition d'une autre idée, à savoir celle d'un être moral supérieur, par la direction universelle duquel les forces, insuffisantes en soi, des individus, seraient réunies pour une action commune. Mais il nous faut suivre d'abord le fil conducteur de ce besoin moral en général , et nous verrons où il nous conduira.
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