CHAPITRE IV
L'Idée d'an peuple de Dieu gouverné par des institutions humaines , n^est autre que l'idée d'une Église.
La sublime idée, jamais complètement accessible, d'une république morale se rapetisse extraordinairement entre les mains de l'homme, et se réduit a n'être plus qu'une institution capable a peine d'en représenter la forme : les moyens de la créer, de fonder un tel ensemble sont soumis aux conditions de la nature humaine morale, conséquemment très -bornés. Comment donc peut-on espérer de former avec un boîs aussi courbé quelque chose de droit ?
La création d'un peuple moral de Dieu est donc un œuvre dont l'exécution ne peut être attendue des hommes, mais uniquement de Dieu lui-même. Toutefois, ce n'e&t point à dire pour cela qu'il soit permis à l'homme de ne prendre aucune part active à cette entreprise, et de s'en reposer sur la Providence , comme si chacun ne devait chercher que son intérêt moral privée et abandonner l'ensemble des intérêts du genre humain ( quant a ses destinées morales ) à une
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sagesse supérieure. L'homme doit, au contraire , se conduire ici comme si tout le succès reposait sur lui ; ce n'est qu'a cette condition qu'il peut espérer que la sagesse suprême couronnera ses efforts unis aux efforts de tous.
Le voeu de tous les hommes de bonne volonté est donc : « que le règne de Dieu arrive, que sa volonté soit faite sur la terre ; » mais quelles dispositions doivent-ils prendre pour voir ce vœu s'accomplir ?
Une république morale gouvernée par une législation morale divine est une ÈgUse, qui , en tant qu'objet hors de l'expérience , s'appelle Église invisible ; c'est Tidée pure de la réunion de tous les hommes de bien sous un gouvernement divin immédiat mais moral, et elle offre à ' chacun l'exemplaire d'une république morale constituée. \J Église visible est la rétinion efieclive des hommes en un tout, et d'accord avec l'idéal précédent. En tant que chaque association gouvernée par des lois publiques emporte avec elle la subordination de ceux qui obéissent aux lois de l'association , par rapport à ceux qui travaillent à les faire observer, la masse des hommes réunis en un tout ( en une Église) est la communion; ceux qui la composent ne font, sous la direction de leurs chefs appelés ministres^ pasteurs des âmes, qu'administrer les affaires du
chef supérieur invisible ^ et, k ce point de vue , s'appellent tous serviteurs de TÊglise, de même que, dans la république politique, le chef visible se nomme quelquefois lui-même le serviteur suprême de l'État , quoiqu'il ne connaisse personne individuellement j ni même d'ordinaire l'ensemble du. peuple. La véritable Église visible est celle qui représente le rc^ne ( moral ) de Dieu sur la terre, tel qu'il peut être réalisé par les forces humaines.
Les caractères nécessaires , par conséquent aussi les signes distinctifs de la véritable Église , sont les suivants :
I**. U universalité ^ cphséquemment V unité numérique. L^Église doit renfenner en elle une disposition à ce caractère , c'e$t-à--dire que, quoique partagée en opinions contiiigeotes et dénuée d'unité, elle est pourtant, si on la considère à son point de vue essentiel , fondée sur des principes tels qu'il doit nécessairement en résulter pour elle l'unité et l'universalité. Par conséquient / point de sectes.
2°. La qualité y c'est-à-dire )a pureté. L'association ne doit reconnaître d'autres mobiles que les mobiles moraux : elle doit être purifiée et de la faibl^e de la superstiijon et de la frénésie du fanatisme.
3°. La relation^ sous le principe de liberté ; '
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tant la relation interne des membres de l'Église les uns avec les autres que la relation extérieure de l'Église avec le pouvoir politique : double rapport qui existe dans un étcUMbre. Il ne peut donc être question ni de hiérarchie, ni àUllumi-nisme, sorte de démocratie résultant d'inspirations individuelles qui peuvent être différentes les unes des autres dans la tête de chacun.
. 4^. La modalité, V immutabilité Amïs sa consti-tution, hormis pourtant les dispositions contingentes qui doivent changer selon le temps et les circonstances, et ne concernent d'ailleurs que V administration de l'Église ; la modalité dont l'Église doit contenir en elle à priori Çdsins l'idée de sa fin) les principes sûrs et certains. L'Église doit donc être placée sous des lois primitivesy érigées même publiquement, comme par un code , en prescriptions y et non point reposer sur des symboles arbitraires qui, manquant d'authenticité , sont contingents , sujets à la contradiction et au changement.
Ainsi une république morale, en tant qu'Église, c'est-4i-dire en tant que représentant simplement un État divin, n'a proprement aucun principe analogue à ceux d'une constitution politique. Elle n'est ni monarchique (gouvernée par un pape ou un patriarche), ni aristocratique (gouvernée par des évêques et des prélats), ni démo^
cratique (comme les sectes d'Illuminés). Elle pourrait plutôt être comparée à une réunion domestique I à une famille, sous la direction d'un père moral commun^ mais invisible; son fils, type de la perfection morale , uni par les liens du sang^ à tous les membres de l'Eglise, et connaissant la volonté de son père , le représenterait auprès d'eux, en ce sens qu'il leur manifesterait sa volonté plus immédiatement , et les disposerait dès lors à l'Honorer en lui et à s'unir de cœur les uns avec les autres dans une confraternité spontanée y universelle et durable.