CHAPITRE VI
La. Croyance ecclésiastiqae a pour interprète suprême la
croyance religieuse pure.
Nous l'avons remarqué : une église peut manquer du principal caractère de la véritable église , c'est-à-dire celui d'un droit légitime à l'universalité^ si elle se fonde sur une croyance révélée qui, en tant que croyance historique propagée pourtant par l'Écriture, et par l'Écriture garantie k la postérité la plus lointaine , n'est point susceptible d'être communiquée universellement par la persuasion; cependant, à cause du besoin naturel à l'humanité de se représenter sous les idées et les principes rationnels les plus élevés , un objet sensible j une réalité empirique, circonstance dont il faut tenir compte effectivement lorsqu'on se propose d! introduire une croyance dans le monde entier, une croyance ecclésiastique historique^ celle que l'on trouvé déjà généralement répandue doit être mise à profit.
Or, pour concilier les principes d'une croyance morale avec une pareille croyance empirique qu'évidemment un pur hasard nous met entre les
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mains, soit que Ton fasse de cette conciliation un but y soit qu^on en fasse un moyen, il faut nécessairement interpréter la révélation qui se rencontre devant nous, c'est-à-dire l'expliquer d'une manière approfondie selon le sens qui s'accorde avec les règles pratiques universelles d'une rdfgion rationnelle pure. En effet, l'élément théorétique d^unc; croyance ecclésiastique ne peut nous intéresser comme moralité , si elle ne pousse à l'accomplissement de touÀ les devoirs humains en tant que commandements de Dieu, devoirs qui constituent la partie essentielle de toute religion. Cette interprétation peut nous paraître, par rapport au texte de là révélation , souvent forcée , souvent même elle peut l'être effectivement; et cependant , pourvu que ce texte puisse la comporter, elle doit être préférée à une interprétation littérale qui ne contient absolument rien pour la moralité et est même positivement opposée aux mobiles de cette dernière (i).
(i) Pour 'n'en citer qu'un exemple , que l'on prenne le Psaume LTX, V. 1 1-16 , où se trouvent des imprécations qui font frémir. d'effroi . Michaelis {Morale , 2* partie, page 202) approuve ces v^oeuK de malheur et ajoute : <( Les Psatmies sont inspirés, Ge sont ici des prières pour appeler va ckâti* Ment ; eUes ne pettv«Bi être inin^tes , et nous ne saurions Oi^oir de plus scfinte morale que la Bible. » Je m'arrête à la dernière assertion, et je demande si la morale doit être interprétée selon la Bible ou la Bible selon la morale ? — - Mais
— On remarquera de plus que l'on a toujours procédé ainsi a l'égard de toutes les croyances anciennes et modernes empruntées^ en partie des livres saints , et que 'des philosophes remplis' de bonnes intentions ont interprété ces croyances jusqu'à ce qu'ils les aient mises en
sans même tenir compte de oe passage àa Nouveati Testament : « Il fat dit à vos pères , etc., moi je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui^ vous maudissent ^ etc, » , je veux rechercher comment la morale qui est aussi inspirée, pourrait s'accorder avec la Bible; je veux adapter, pour ainsi dire, celle-ci aux principes moraux qui ne relè>'6Dt que d'eux-mêmes , faire voir cp'il ne s'agit pas ici d'ennemis vivants ^ mais d'ennemis invisibles et perfides, c'est-4-dire des mauvaises inclinations que nous devons désirer de mettre complètement sous nos pieds. Ou bien, «i l'accord que je prétends exister n'existe pas, je préfère admettre qu'il ne faut pas donner au passage de la Bible un sens moral , mais seulement y voir le rapport dans letjuei les Juife pensaient être avec Dieu qu'ils considéraient comme leur agent ^mlîttque. Il ne £aut pas voir autre chose non plus dans cet autre passage eu il est dit : « La vengeance est en mon pouvoir; je veux une réparation, dit le Seigneur ! » On , interprète ordinairement ces paroles comme l'avertissement d*une vengeance que l'offensé va exercer luimême. I^ourtaht , à ce qu'il semble^ la loi qui a cours dans un État quel qu'il soit , ordonne de demander la réparation des injures au tribunal du souverain : là , on n'accède point au désir de vengeance du plaignant , lors mêine que le juge lui accorde de proposer une punition aussi dure qu'il le désire.
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harmonie, quant au fond essentiel , avecles principes moraux universels. Les moralistes, chez les Grecs ^ et ultérieurement chez les Romains , ont accompli le même travail sur leur théologie merveilleuse. Ils ont fini par expliquer le plus grossier polythéisme comme une représentation symbolique des propriétés de l'être divin unique, et par donner à nombre d'actions vicieuses ou de conceptions absurdes, quoique belles, de leurs poètes , un sens mystique qui rapprochait la croyance populaire (qu'il n'eût certes pas été prudent de détruire , parce que l'athéisme , encore plus dangereux pour l'État, eût pu en résulter), qui la rapprochait, dis-je, d'une doctrine morale intelligible et seule profitable à tout le monde. Plus tard , le judaïsme et même le christianisme sortent d'interprétations semblables, en partie très-forcées ;. mais ces deux croyances sont des fins incontestablement bonnes et nécessaires pour tous les hommes. Les MaJiométans savent (comme le montre Néland) donner à la description de leur paradis, de ce lieu consacré à la sensualité, un sens spirituel parfait , et les Indiens transforment absolument de la même manière leurs Védas, du moins pour la partie éclairée des peuples (i). — Cela est possible sans toujours
(i) Cette page, dans laquelle, en s'autorisant franchement de l'exemple , Kant justifie son interprétation transcen-
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forcer le sens littéral de la croyance populaire. C'est qu'il existe, bien avant cette croyance populaire, une disposition profonde de la raison humaine à la religion morale, à cette religion dont les premières manifestations grossières furent, à la vérité, certaines pratiques de culte, et donnèrent lieu conséquemment à de prétendues révélations ; quelque chose du caractère de leur origine supra-sensible se retrouve ainsi, sans deissein préconçu, dans ces inventions poétiqueis. — On ne peut donc nous accuser de cacher des intentions mauvaises sous nos explications : si l'on ne veut pas accorder que le sens donné par nous aux symboles de la croyance populaire ou même aux livres saints en est directement tiré , on doit convenir que ce sens peut y être rattaché, et qu'il rend po^^ii/^ l'intelligence de ces livreset de ces symboles. Car la lecture de l'Écriture sainte, la méditation sur son sens intime , a, pour résultat l'amélioration morale de l'homme; quant à la partie historique, qui n'aboutit point à de pareils résultats, elle est parfaitement indifférente en soi , et l'on peut agir avec elle comme bon semble.
dante de l'Écriture , renferme précisément toute la critique que Strauss a faite de cet Ouvrage : le hardi Docteur était placé à un point de vue purement historique et non philosophique.
{N. duT.)
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Fâttrait* que Vboiafae qui h lit ou eu entend Fexposilion doit éprouver pour les bonnes actions et pom* la probité cbns la conduite ^ doit le convaincre de la divinité de cette doctrine; car cet attrait n'est pas autre chose que l'effet de la loi morale qui inspire à Thomnie un pro* fond respect intérieur et €|ui noérite , à cet égard / d'être considérée comme un commandement diyîn» Mais le caractère infaillible. d'une influence directe^ immédiate, ne peut pas plus^ peut même moins être induit d'un sentiment et découvert pair ce moyen que. ne peuA l'être hn connaissance des lois et de leur moaralité. Car, encore que ce même efiet puisse avoir plusieurs, causes^ ici la moralité pure de la loi et de la doctrine e^t connue par la raison qui en est ta cause; et même dans le cas oà cette origine ne serait que possible^ c'est, un devoir de donner à la morale du sentiment cette dernière explication , »i l'on ne veut ouvrir la porte à toutes les extravagances et ravaler le sentiment moral luinooême qui est si clair ei éi distinct , par une indigne pajrenté avec quelque fa,ntastique sentiment^ — Si la loi de. laiquelle ou même selon laquelle dérive le sentiment nsuoral est coKunue: d'ayaAce ^ chacun néanmoins, a ce senti* ment poiur soi ^ et personne ne peut L'exigjer des autres^, m par conséqmenA le considérer comme la pÂerre de touche d^ l'authimticité d'une révélation^
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car U n'apprend absolument rien : il renferme simplement la manière dont est affecté le sujet par rapport au plaisir ou à la peine ^ affection sur laqWlle on ne peut fonder aucune connaissance. • 11 n'y a donc pas d'autre règle de la croyance ecclésiastique que l'Écriture, ni d'autre interprète de l'Écriture que la pure religion rationnelle et la science des textes sacrés^ science qui concerne de l'Écriture l'élément historique. La première est seule authentique et valable pour tous; la seconde est simplement doctrinale et . nécessaire a la transformation de la croyance ecclésiastique pour un certain peuple , dans un certain temps' et selon un système déterminé et arrêté. Pour ce qui est de la croyance ecclésiastique, on ne peut pas faire que cette croyance ne soit, en définitive, une simple croyance aux hommes versés dans la connaissance dé l'Écriture et aux résultats qu'ils exposent ; une telle croyance historique ne fait, certes, pas beaucoup d'honneur à la nature humaine , mais en vertu de la liberté publique de penser, cette croyance peut s'améliorer, et elle est justifiée en ce sens que les savants soumettent leurs interprétations au jugement de chacun, et sont prêts à entendre et k adopter des interprétations meilleures, tout en comptant sur la confiance de l'Église en leurs conclusions.
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