‹ La religion dans les limites de la raisonChapitre 26 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le Passage successif de la Croyanc^ ecclésiastique à la souveraineté de la croyance religieuse pure est Fapproche du règne de Dieu.

Le caractère de la véritable Église est son uni-: ^ersaliié; les signes auxquels on la reconnaît sont ; sa nécessité et l'impossibilité de la déterminer déplus d'une manière* Ot la croyance historique, qui se fonde sur la révélation en tant qu'objet d'expérience^ n'a qu'une valabilité limitée et particulière; elle vaut uniquement pour ceuk auxquels est parvenue l'histoire sur laquelle elle s'appuie , et elle suppose , comme toutes les connaissances expérimentales^ la conscience non que l'objet de la croyance doit être ainsi et pas autrement^ mais qu'il est ainsi en soi^ en fait ; parcoiiséqueut elle emporte en même temps la conscience de la contingence essentielle de son objet. Ainsi , bien que la croyance historique puisse s'élever et devenir une croyance ecclésiastique (dont il y a plusieurs sortes), la croyance religieuse pure qui se fonde uniquement sur la raison, peut seule être reconnue comme nécessaire, consequem* hient est la seule qui distingue la véritable Église.

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' — Quoique^ selon la limitation inévitable de la raison humaine , une croyance historique s'impose^ comme moyen et comme véhicule, à la religion pure, avec la conscience, toutefois , qu'elle n'est qu'un moyen , un véhicule ; et quoique , en tant que croyance ecclésiastique , elle emporte avec elle un principe qui la pousse à s'approcher continuellement de la croyance religieuse pure .afin que celles! un jour puisse se passer de moyen de transition, l'Église à laquelle elle sert defon«dément peut s'appeler la véritable Église; mais comme les systèmes de croyance historique donnent inévitablement lieu à des contestations, on ne peut guère la nomnier que l'Église mili^ tante ^ dans l'espérance, toutefois, qu'elle finira par être l'Église immuable , TÉglise conciliatrice par essence, l'Église triomphante! On nomme la croyance qui emporte avec elle le sentinient qu'on est moralement susceptible ou digne d'être éternellement heureux, croyance sanctifiante. Cette croyance ne peut donc être aussi que d'une seule sorte ; et , .eu égard à l'extrême diversité des croyances ecclésiastiques, elle peut se rencontrer pourtant daqs toutes celles où, marchant à son but qui est la croyance religieuse pure, elle est pratique* La croyance à une religion de culte est , au contraire , une croyance servile et mercenaire ; elle ne peut être considérée

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comme une croyance sanctifiante parce qu'elle n'est ppint morale. Une croyance morale est nécessairement une croyance libre , fondée sur les purs sentiments du cœur {fides ingenua). La croyance de culte pense être agréable à Dieu au moyen d'actes qni^ tout pénibles qu'ils sont, n'ont pourtant aucune valeur en soi , sont sim-« plement déterminés par la crainte et l'espérance^ et sont possibles également au méchant; tandis que la croyance morale suppose , comme nécessaire pour être agréable à Dieu, un sentiment moral excellent.

La croyance sanctifiante > pour espâter d^at«teindre la félicité, a deux conditions à r^piir : Tune se rapporte à ce qu'elle ne peut pas faii^ elle-même : par exemple, elle ne peut pas faire que les actions accomplies ne soient pas accom-^ plies aux yeux d'un juge divin ; l'autt^e se rapporte à ce que cette croyai^ce peut et doit faire : par exemple, elle peut ^ (k>it commencer une vie nouvelle conforme au devoir. La première con-^ dition est la croyanoç à une satîsfectîon ( acquit-^ tement d'une dette ^ libération, réconciliation avec Dieu); la seconde ^t la croyance à une bonne conduite k tenir désormais pour pouvoir être agréable à Dieu. *— Ces deux conditions constituent une seule croyance et s'accordent entre elles néces$airement. Mais on ne peut considérer la

nécessité- d'un accord entre ces deux conditions qu'autant qu'il est admis que l'une dérive de I'au«tre, par conséquent que l'absolution de nos fautes précède la bonne conduite ou que le sentiment vrai et efficace d'une bonne conduite à tenir constamment, précède là croyance à cette absolution 9 selon la loi morale des causes efficientes.

Or il s'élève ici une remarquable antinomie de la raison humaine avec elle-même • et la solutionou, si cette solution n'est pas possible, l'explication de cette antinomie ne peut guère consister qu'à décider si une croyance historique ou ecclésiastique doit toujours s'ajouter comme partie essentielle à la croyance religieuse pure; ou si , en tant que simple moyen , elle pourrait à la fin , quelque éloigné qu'en soit le jour, passer dans la croyance religieuse pure.

Supposé qu'il y ait eu une. rédemption des péchés de l'homme, on comprend alors que tout pécheur la revendique pour lui ; et s'il ne s'agit que de cm w à cette rédemption (pourvu, en efiet, que rhbmme y consente , selon l'interprétation commune y la rédemption auta eu lieu pour lui ) l'homme ne fera pas de difficulté un seul instant à cet éfiprd. Or il ne falit point examiner comment un homme raisonnable, qui a conscience de sa culpabilité, peut penser sérieusement qu'il lui suffise de croire à la rédemption de ses fautes par un

envoyé , et d'adopter cette rédemption utiliter, comme disent les jurisconsultes ^ pour voir ses fautes effacées , détruites avec la racine même ,

tellement que désormais une conduite parfaitement morale, quoique jusqu'alors il ne se soit pas donné la moindre peine pour y parvenir, doive être la conséquence infaillible de sa croyance et de l'acceptation du bienfait qui lui est offert. Nul homme réfléchi , en lui supposant même cet amour de soi qui convertit souvent en espérance le simple désir d'un bien pour l'acquisition duquel on ne fait ou ne peut faire rien , attendu que , attiré par une simple, mais ardente aspiration , ce bien viendra de lui-même; nul homme réfléchi , disons-nous , lïe peut provoquer cette croyance en lui. Cela ne pourrait avpir lieu qu'au* tant qu'il la considérerait comme suggérée à soh âme par le ciel , comme quelque chose enfin dont sa raison n'a pas besoin de se rendre compte. S'il ne peut la considérer ainsi, et si, déplus, il est de trop bonne foi pour supposer en lui une feinte confiance comme moyen de faire naître en lui la croyance, alors, malgré son respect pour une si généreuse rédemption , malgré son désir d'être souvent l'objet d'une rédemption semblable, il ne peut pourtant ne pas la tenir pour conditionnée, c'est-à-dire que l'amélioration la plus grande possible de sa conduite doit précéder la

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i*édeoiptiou pour lui présenta quelque mîoime motif d'espërer qu'un tel service d'eu haut lui arrive. — Si donc la' connaissance historique de la rédemption se rattache à là croyance ecclésiastique, et si k bonne conduite appartient, comme condition , à la croyance morale pure , la bonne conduite devra précéder la rédemption.

Mais si rhomme est corrompu dans sa nature y comment voudra-t-il devenir un homme nouveau , ^n homme agréable à Dieu ; conmient peut-^il y de son«propre mouvement , et quels que soient ses efforts pour y parvenir, croire à cette transformation , s'il a conscience des fautes dont il s'^t rendu jusqu'alors coupable, s'il est encore en la puissance de mauvais principes, et s'il ne se rencontre point en lui une force suffisante pour devenir meilleur à l'avenir? S'il ne peut point considérer la justice qu'il a déployée contre luimême comme satisfaite par une auti^e personne, s'il ne peut point se considérer lui-même comme régénéré en quelque manière par sa croyance à cette satisfaction^ et s'il ne peut point entrer dès lors dans une nouvelle vie qui soit la conséquence du bon principe lié à la bonne conduite, sur quoi veut-il fonder son espérance de devenir un homme agréable à Dieu ? — ^ Ainsi la croyance à un mérite qui n'est pas le sien propre et par le-^ quel il est réconcilié avec Dieu, doit précéder

toute aspiration aux bonnes actions ; ce qui est contradictoire avec la conclusion précédente. Cette contradiction ne peut point* être admise d'après les notions de la détermination effective de la liberté humaine , c'est-à-dire de la détermination effective des causes qui font qu'un homme devient bon ou méchant , et,, par conséquent, elle ne peut pas l'être non plus théorétiquement : car c'est une question qui dépasse toutes lesfacultés spéculatives de notre raison. Maisdans la pratique qui s'enquîert non de ce qui vient physiquement ^ mais de ce qui vient moralement en premier lieu ^ de ce qui doit constituer le point de départ de notre libre arbitre , et qui ne recherche point s'il feut commencer par la croyance à ce que Dieu a fait pour nous' ou par ce que nous devons faire pour nous rendre dignes de l'assistance divine ^ quel que soit ce en quoi cette assistance consiste ^ il n'y a aucune difficulté à se prononcer pour la nécessité de la rédemption avant la bonne conduite.

En effet , Tacceptation de la première condition de la félicité, ^acceptation de la croyance à la satisfaction par représentant, est nécessaire simplement pouf l'idée théorétique ; nous pouvons faire comprendre par là comment on sort de l'état de péché, et voilà tout. Au contraire, la nécessité de la seconde condition du du second principe

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est pratique mais morale pure : nous ne pouvons plus assurément espçrer de . participer à la satis^ faction donnée par une personne étrangère, et par conséquent à la félicité, qu'en nous recommandant des efforts faits par nous pour Taccomplissement de nos devoirs, 'accomplissement qui est l'effet de notre propre activité et n'est due à nulle influence étrangère , auquel cas nous serions passifs. En effet, le second principe étant 4in prescrit inconditionné, il est aussi un prescrit nécessaire; l'homme doit le prendre, en tant que maxime, pour but de sa croyance, c'est-à-dire qu'il doit commencer par l'amélioration de s» vie , comme principale condition à laquelle peut naître une croyance sanctifiante.

lia croyance ecclésiastique, en tant que croyance historique , commence avec raison par le premier principe, mais comme elle n'est que le véhicule de la croyance religieuse pure dans laquelle est sa fin propre , ce qui constitue la condition de cette croyance ecclésiastique comme d'une croyance pratique, c'est-^k-dire la maxime de V action y doit former le point de départ, et la maxime de la science ou de la croyance théorétique doit affermir et couronner la croyance pratique..

On peut encore remarquer que, selon le premier principe , la croyance à la satisfaction par représentant est imposée à l'homme comme de-

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voir, tandis que la croyauce au principe de la bonne conduite, en tant qu'inspirée pai* Fin-* fluenced'en haut, lui est attribuée comme grâce. — Selon le second principe, c'est tout le contraire. La bonne conduite^ en tant que condition suprême de la grâce, est un devoir absolu, tandis que la satisfaction venue d'en haut est une grâce purement et simplement. — On reproche au premier principe, souvent avec justice, des pratiques superstitieuses ^ qui associent une conduite coupable à la religion elle-même; on reproche au second V impiété du naturalisme qui utiit une conduite peut-être d'abord exemplaire, à l'indifférence religieuse , même à l'esprit • d'opposition contre toute révélation. — Mais par ces reproches on coupe le noeud au moyen d'une maxime pratique, au lieu de le dénouer théorétiquement comme il est permis d'une manière absolue en matière de religion même. — Toutefois , pour résoudre les précédentes difficultés, l'observation snivantepeut être utile. 7— La vive croyance au type de l'humanité agréable à Dieu ( la croyance au Fils de Dieu ) , est rapportée par elle-même à uiie idée rationnelle morale servant non-seulement de rè^le, mais encore de mobile, et, en conséquence, il est indifférent* de partir soit de cetle croyance en tant que croyance rationnelle , soit du principe de la bonne conduite. Au contraire, la

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croyance a ce même type manifesté ^ la croyance à l'Homme-Dieu en tant que croyance empirique (historique), n'est point identique au principe de la bonne conduite , qui doit être absolument rationnel 9 et ce serait tout à fait différent de cornmencôr par une pareille croyance (i) et d'en vouloir déduire la moralité de la conduite. Ainsi il y aurait entre les deux propositions précédemmaat rapportées une contradiction. Mais dans la manifestation de l'Homme^Dieu il n'y arien qui tombe sous les sens y rien qui puisse être connu par l'expérience : car il y a simplement le type rationnel de l'Homme-Dieu , tel que nous le can- • cevonsy parce que, tant qu'on prend cet exemplaire pour modèle, on le juge conforme au type : il y a, à proprement parler, l'objet de la croyance sanctifiante , et un tel objet ne fait qu'un avec le principe de la croyance agréable à Bien. — Ainsiy il n'y a pas ici deux principes différents en soi , deux, points de départ différents , deux chemins opposés } ^ il viy a qu'une seule et même idée pratique d'où nous partons^ soit qu'elle nous représente le type comme se trouTant en Dieu et procédant de lui ^ soit qu'elle nous le représente comme se trouvant en nous, soit enfin que, dans

(i) GeUe crajaoïce qpii doit établir Pexist^ice.da tjpe^e l'Hoaune-Dlea sur des preuves bi&toriques.

l'un et l'antre cas , elle nous le représente comme règle de notre conduite. L'antinomie n'est donc qu'apparente , les deux idées considérées par suite d'un malentendu comme différentes , soÂt la même idée envisagée sous diflerents rap«* ports. — Mais si l'on voulait faire de la crojance, historique à l'efficacité de la précédente mailifesfation dans le monde , la condition de la croyance exclusivement sanctifiante^ il y am*ait alors deux principes absolument différents^ l'un empirique^ l'antre rationnel^ au sujet desquels^ que l'on parte de l'un ou de l'autre^ s'établirait une opposition véntable de maximes que la raison ne ' pourrait jamak accommoder. La proposition : 11 faut croire qu'un bocnmeayant, par sa sainteté et ses mérites y satisfait noi>-sealement pour lui (en accomplissant ses devoirs)^ mais encore pour tous ceux qui n'auraient point accompli les leurs, a existé ( ce dont la taison ne lions dit rien) y et il faut le croire pour espérer d'être sanctifié, lors même que l'on tiendrait une bonne conduite, parce que c'est la vertu propre et exclusive de cette* croyance I — cette proposition ne signifie pa& autre chose que la suivante : il faut aspirer de toutes ses forces à éprouver le sentiment vraimef»l saint de la conduite agréable a Dieu pqur parvenir à croire que l'amonr dç Dieu pour l'humanité , amour qui nous est déjà garanti par la raison ,

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doit , si l'on s'efforce de tout son pouvoir d'épurer ses sentiments et de se conformer à la volonté divine, suppléer au manque de l'action, de quelque manière-que ce soit. -—Mais le prepiier de ces principes , l'empirique, n'est pas k la discrétion .de tout homme y de l'ignorant même. L'histoire montre que dans toutes les religions -s'est engagée entre les deux principes de croyance la lutte dont nous avons parlé; car toutes les religions ont eu leurs expiations quelles qu'elles fussent. La dis^ position morale dans chaque homme ne manque •pas, de son côté, d'élever ses prétentions. En ' tout temps les prêtres se sont cependant plaints beaucoup plus que les moralistes; car les premiers se plaignent hautement, et en sommant l'autorité de réprimer le désordre, que l'on néglige le culte établi pour réconcilier les peuples avec le ciel et détourner le malheur loin des États; les moralistes, au coiltfaire, se plaignent ' du déclin des mœurs qu'ils attribuent aux moyens employés pour purifier Fhonune de ses fautes et le réconcilier avec la Divinité , moyens rendus par les prêtres faciles à chacun , même aux-plus grands pécheui:s. Dans le fait ^ si un fonds inépuisable de fautes mises ou à niettre encore en ligne de coipp té existé, déjà, comme on n'a qu'à désirer d'en être absous ( et parmi toutes les pré^ tentions qu'élève la conscience *se trouve sans

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doute aussi celle de le désirer) pour être absous, tandis que le but de la bonne conduite ne peut être atteint tant que Von n'est point parvenu à un état parfait de pureté, alors on ne peut guère imaginer d'autres conséquences d'une croyance semblable. — Mais lors même que cette croyance serait représentée comme ayant une force particulière et une influence mystique (ou magique) telle que, tenue même, comme de fait, pour une croyance purement historique, elle réussisse, au moyen des sentiments qui s'y rattachent^ à améliorer foncièrement l'homme qui l'adopte, et qu'elle parvienne à faire de lui un homme nouveau, cette croyance devrait être considérée comme provenant immédiatement de Dieu (mêlée et subordonnée a la croyance historique), car toute créature, douée même des propriétés morales de l'homme, est soumise au décret absolu de Dieu : il prend pitié de qui il veut et abat qui il lui plaU (i); ce qui, pris à la lettre, est le salto mortale de la raison humaine.

(i) Ce mot peut être ainsi interprété : personne ne peut dire avec certitude , par voie de comparaison , pourquoi tel est un homme de bien et tel autre un méchant ; souvent la disposition à l'un de ces caractères contradictoires semble tenir même à la naissance , à la condition , quelquefois aux événements de la vie ; il est impossible de faire la part des circonstances extérieures et de ce qui peut être imputé à un

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Une conséquence nécessaire des disposîtiotis à la fois physiques et morales en nous y lesquelles sont la base et l'interprète de toute religion , est donc y d'une part> que toute religion doit être à la fin dégagée des statuts fondés sur l'histoire et destinés y au moyen d'une Église , à élever les hommes au désir du bien; et de l'autre^ que, de cette manière , la religion rationnelle pure doit finir par dominer toutes les autres religions, (c afin que Dieu soit tout dans tout. » — Les enveloppes dans lesquelles l'embryon se forme, grandit et devient homme, doivent être déchirées s'il veut voir la lumière du jour» Les lisières de la tradition sacrée , les amulettes , les statuts et les observances , qui ont été utiles à l'homme pour

individu donné. Nou^ devons donc , en ce cas y nous en r^metti^ au jugement de celui qui voit tout \ ce jugement y qui est précédemment énoncé ^ semble , dans son expression même , avoir été rendu sur les hommet avant leur naissance , et le rôle que l'on doit jouer semble être assigné d'avance à chacun, ha. préi^ision , si l'on prête à Dieu des facultés humaines , est un des modes du créateur du monde , et prévoir, pour lui c'est aussi ju^er par at^ance. — - Mais dans l'ordre suprasensible de la liberté , là où nexiste plus la condition du temps , la prévision , la prévision divine même n'est plus que la vue et par conséquent la connaissance de tout : ce qui n'explique pas pourquoi tel homme se conduit d'une ma-^ nîère et tel autre d'une manière tout opposée, et ne concilie point la prescience avec la liberté volontaire.

un temps , lui deviennent peu à peu inutiles , et sont pour lui des chaînes quand il atteint l'Age de la virilité. Tant que Thomme ( le genre hu-^ main) ce était un enfant , il avait la prudence d'un enfant » , et il savait rattacher aux dogmes qui lui avaient été imposés sans son aveu^ d'abord une science^ puis une philosophie soumise et dé^ vouée à l'Église ; mais maintenant qu'il est devenu un homme, il rejette tout ce qui était bon pour l'enfant. La différence humiliante entre les laïques et les clercs cesse , et leur égalité naît de la véritable liberté, sans anarchie toutefois, car chacun obéit à la loi (non positive) qu'il se dicte à lui-'méme et qui doit aussi être par lui considérée comme la volonté du Créateur révélée à son esprit par la raison, volonté qui réunit d'une manière invisible, sous un gouvernement commun, tous les hommes en un même état que nous avons vu précédemment être nécessaire et qui prépare l'Ëglise visible. Il ne faut pas attendre ce progrès d'une révolution extérieure qui produit tumultueusement et violemment un effet dépen^ dant des circonstances , et où ce qui est une fois adopté pour base d'une nouvelle constitution est conservé avec sollicitude des siècles durant, parce qu'il ne peut plus être changé, ou ne peut l'être autrement que par une révolution toujours dangereuse.-^ Dans les principes de la religion

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rationnelle pure, en tant que révélation (pourtant non empirique) faite constamment de Dieu aux hommes, chaque progrès vers un nouvel ordre de choses doit être adopté seulement après une mûre réflexion et mis à exécution au mpyen de réformes successives , comme doit s'accomplir toute œuvre humaine; car pour ce qui est des révolutions qui peuvent accélérer le progrès, elles sont abandonnées à la Providence et on ne peut leur assigner de plan sans porter atteinte à la liberté.

Mais on peut dire avec raison « que le règne de Dieu est venu sur la terre » du moment que le principe du passage successif de la croyance ecclésiastique à la religion rationnelle universelle et par conséquent à un état moral (divin), a jeté des racines partout, ou en un seul endroit même, publiquement j bien que Tavénement réel de ce règne soit infiniment éloigné de nous. Car, c'est là le principe d'un progrès continu vers la perfection, et dans ce principe, comme dans un germe qui se développe et porte du fruit dans la suite, se trouve d'une manière invisible toute la doctrine qui doit un jour éclairer et dominer le monde. Mais le vrai et le bien, vers lesquels il est dans la nature humaine de tendre d'esprit et de cœur, ne manquent pas^ dès qu'ils sont une fois connus, de se communiquer partout^

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grâce à Taffinité naturelle qu'ils possèdent: avec la disposition morale des êtres raisonnables en général. Les obstacles qui naissent de temps en temps de causes sociales et politiques et qui entravent la propagation du bien ^ contribuent plu* tôt a rendre plus intime la communion des âmes dans le. bien ^ le bien que la pensée, une fois qu'elle l'a saisi, ne jperd plus jamais de vue. (i)

(i) La croyance ecclésiastique , en tant que véhicule d'une haute utilité , peut être conservée ; on ne doit ni proscrire ni combattre le culte qu'elle consacre. Mais il faut ôter à cette croyance, comme trop portée à persuader des devoirs religieux extérieurs , toute influence sur l'idée de la religion proprement dite , c'est-à-dire de la religion morale. En sorte que , malgré la diversité des croyances positives , l'accord des partisans de toutes les sectes religieuses pourra être fondé au moyen des principes de la religion rationnelle pure dans le sens de laquelle tous les auteurs ont expliqué les dj^gmes positifs et les observances extérieures. Plus tard , lorsque des progrès véritables et consentis par tou^ auront ^été faits par l'interprétation , que le légitime en matière de culte procédera de la liberté morale , alors on pourra substituer à la forme ecclésiastique , si tyrannique et si humiliante , une forme adaptée à la dignité d'une religion morale , c'est-àdire la forme d'une croyance libre. — La conciliation de l'unité de croyance ecclésiastique et de la liberté religieuse est un problème à la solution duquel l'idée de l'unité objective de la religion rationnelle , à cause de l'intérêt moral qu'elle inspire , pousse continuellement ; mais quant à la réalisation d'une Eglise visible , si nous interrogeons sur ce

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Tel est donc le labeur inaperçu par les regard humains y mais constamment progressif > du bon principe pour établir sa puissance et son règne sur le monde ^ comme dans une république mo* raie; tels sont donc ses efforts pour triompher du mauvais principe ^ et assurer au monde , pen* dant sa domination ^ une paix étemelle.

point la nature hamaine , nous n'avons guère Heu d'espérer. C'est une idée de la raison dont il nous est impossible d'a-^ voir l'intuition adéquate , mais qui a pourtant , comme principe régulateur pratique , sa réalité objective , et conduit à l'unité de la religion rationnelle pure. Il en est ici comme de l'idée politique du code d'une nation : il doit s'accorder avec le code universel et souverain des peuples. Or» l'expérience ne nous permet non plus ici de concevoir aucune espérance. Le genre humain , à dessein peut-être , semble pourvu d'un penchant en vertu duquel chaque. État particu* lier espère arbitrairement conquérir les autres Etats et fonder une monarchie uoiverselle ; mais quand il a atteint une certaine étendue, il se démembre de lui-même en petits États isolés. Il en est ainsi de toute Eglise quia l'orgueilleuse préten» tion d'être universelle ; elle commence 4'ûbord à s'étendre ; elle devient l'Église dominante, puis révèle bientôt uuiprincipe de dissolution et de division en différentes sectes.

La fusion trop hâtive et , par conséquent , ignominieuse des États, car il faudrait préalablement que les hommes fussent moralement meilleurs , est entravée par deux causes puissantes , à savoir : la différence des langues et la différence des religions. Mais il ne nous est point pe;:mis de pénétrer les desseins de la Providence.

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