OBSERVATION GÉNÉRALE
Dans toute espèce de croyances relatives à la religion , lorsqu'on en recherche le caractère interne, on rencontre inévitablement un mf stère , c'est-h-dire quelque chose de satnl qui , bien que connu de chacun , n'est pourtant point démon^ trahie publiquement, c'estp-à-dire ne peut être communiqué universellement. — Or, quelque chose de saint doit être un objet moral , par conséquent un objet du ressort de la raison , et doit pouvoir être, reconnu intrinsèquement comme suffisant pour notre usage pratique. Mais, en tant que mystère , il ne suffit point pour l'usage théorétique , car il devrait être alors communicable à tous, et, par conséquent^ pouvoir être aussi extérieurement et publiquement démontré.
La foi k ce que nous devons considérer néanmoins comme saint mystère, peut être tenue ou pour donnée de Dieu ou i^ovlv émanée de la raison pure. Sans qu'il nous faille nécessairement reconnaître la première espèce de foi , nous nous ferons une maxime de nous en tenir à la seconde
espèce. — Des sentiments ne sont pas des connaissances^ et ne dénoncent point par conséquent de mystères : les mystères ont rapport à la raison , quoiqu'ils ne puissent point être communiqués universellement; par conséquent, si toutefois la chose est possible, chacun doit les chercher dans sa raison seule.
II est impossible d'établir à priori et objectivement s'il y a ou s'il n'y a pas de mystèrç de k raison. II nous faudra donc chercher immédiatement dans l'intérieur, dans Iç subjectif de notre disposition morale et voir si là il s'en trouve. Toutefois , nous ne devons pas compter comme mystères sacrés les principes , insondables pour l'homme, qui déterminent sa moralité; ils sont communicables publiquement, quoique^ nous n'en connaissions point les causes. Gela seul est mystère , qui nous est donné pour objet de connaissance, sans être pourtant susceptible de commûnicabilité publique. Ainçi la liberté, propriété qui est connue de l'homme grâce à la déterminabilité de son arbitre par la loi morale absolue, n'estpas un mystère , car la connaissance peut en être communiquée a chacun. Le principe à nous impénétrable de cette ' propriété , voilà le mystère ; car il ne nous est pas donné de le connaître. Mais la liberté, et elle seule , appliquée à l'objet définitif de la raison pratique, à
savoir,^ la réalisation dé l'idée de la fin morale suprême^ nous conduit nécessairement à des mystères sacrés (i).
(i) Ainsi la cause de Isl pesanteur générale des coq)s nous est profondément inconnue , si inconnue que l'on peut même affirmer qu'elle ne sera connue jamais ; car l'idée seule de la pesanteur présupj^ose une force motrice primitive et inconditionnée. La pesanteur n'est cependant point un mystère ; on peut la faire constater à tout le monde ; sa loi est suffisam* ment connue. Si Newton n'eût représenté la pesanteur comme la présence de Dieu partout dans la phénoménalité , pefsonne n'eût essayé de l'expliquer, car l'existence de Dieu dans l'espace renferme une contradiction. Toutefois, il y avait une sublime analogie. Les êtres corporels , les corps étaient unis en un tout , et la cause de cette union était incorporelle , immatérielle. On aurait pu être tenté de chercher de même par analogie le principe indépendant de l'union des êtres raisonnables du monde en un état moral , et d'expliquer cette union de la même manière ^. Il n'y a , à notre connaissance, que le devoir qui noiis y pousse. Quant à la possibilité de réaliser l'objet en vue , bien que nous obéissions au devoir, elle est au-dessus de notre intelligence. — Il y a des mystères ou des arcanes dans la nature , il peut y avoir des mystères ou des secrets dan 9 la politique qui ne dowent point être décelés ; mais les uns et les autres peuvent pourtant être connus de nous. Pour ce qui est des devoirs de l'homme ou de la morale , ils doivent être connus , et n'ad-
*" C'est précisément ce qne fit an commencemeot de ce tMkt\e le réformateur Charles Fourier. L'analogie est sa méthode ; Tattraction passionnelle est le moyeu primitif de l'union ^sociale des êtres ; Vkarmonie , principe psychique et indépendant, se confond dans Dieu» et, moralement. Dieu est ainsi tout dans tout. * ( iV. du T. )
nifi DOCTRINE tl£LlGI£DS£
L'homme ne peut réaliser lui-même i^'dée do souTerain bien (non-seulement du bonheur qui en fait partie y mais aussi de la communion nécessaire des hommes dans un seul et unique but ) , idée qui est inséparablement liée au sentiment moral pur. L'homme pourtant trouve en lui le devoir d'accomplir cette réalisation ; il est donc forcé de croire à la coopération directe ou indirecte d'un maître moral du monde y coopération par laquelle seule la fin précédente est possible. Alors s'oflS:^ béant devant lui Tabîme d'un mystère : il ne sait ce que Dieu fait en ce cas ^ s'il exerce quelque action en général^ et laquelle en particulier il doit lui attribuer. Il en va autrement ^ s'il s'agit de devoirs; l'homme ne connaît rien des devoirs, si ce n'est que, pour être digne de cette assistance, qui est incompréhensible, ou, du moins, qu'il ne connaît pas , il doit les accomplir. L'idée d'un maître moral du monde est un problème du ressort de notre raison pratique. Il . nous importe peu de savoir ce que Dieu est en lui-même, de connaître sa nature; mais nous
mettent point de mystère. Quant à ce que Dîeu peut faire s£ul , à ce qu'il est hors de notre pouvoir, et par conséquent aussi de nptre devoir d'accomplir^ ce peut être un mystère proprement dit y un mystère sacré de la religion ; il peut nous être utile de savoir et de comprendre que c'est un mystère , mais nous n'avons nul besoin de le pénétrer.
voulons pénétrer ce qu'il est pour nous^ en tant qu'être moral. En ce qui touche les propriétés essentielles de Dieu , nous devons penser et admettre qu'il possède à la plus haute puissance tout ce qui est nécessaire pour l'accomplissement de sa volonté y c'est-k-dire l'immutabilité, ta toutescience^ l'omnipotence^ etc.; oté cela, nous ne pouvons plus rien comprendre à Dieu.
Or, selon l'exigeuce de la raison pratique, la véritable croyance religieuse universelle est la croyance en Dieu, i®. en tant que créateur toutpuissant du ciel et de la terre , c'est-à-dire, moralement, en tant que législateur saint; 2". eii tant que conservateur de l'espèce humaine , c^està-dire gouverneur plein de bonté et de sollicitude pour elle ; 3*. en tant qu'exécuteur de ses propres lois saintes, c'est-a-dire en tant que juge impartial.
Cette croyance ne renferme proprement aucun mystère; car elle exprime simplement la conduite morale de Dieu par rapport aux hommes. — Aussi se présente-t^elle naturellement à toute raison humaine, et se trouve-t-elle dans la religion de la plupart des peuples civilisés (i). Elle existe
(i) Dans les prophéties sacrées sur les derniers événements du monde ^ le juge de ce monc/e^ c'est-à-dire proprement celui qui prendra sous sa domination , comme siens , ceux qui ont appartenu au royaume du-bon principe , et les mettra à part; ce juge, dis-je, n'est point représenté comme
dans rentendement d'une nation, en tant que république où doit toujours être conçu un pouvoir supérieur triple; seulement ce triple pouvoir est ici représenté moralement. Les trois qualités du souverain moral de l'humanité peuvent être pensées réunies dans un seul et même être ; dans un état politique, elles doivent nécessairement être réparties entre trois sujets différents (i).
devant être Dieu , n'est point appelé Dieu ; mais , selon ces prophéties , ce sera le Fils de l'homme. Ce qui semblerait indiquer que V humanité elle^mûne, dans la conscience de sa limitation et de sa fragilité , réclamera ce choix ; et le lui accorder ne serait point lui faire une faveur, car la justice n'en aurait pas moins son cours. — Au contraire, si c'est Dieu qui est le juge de l'humanité , c'est-ànlire si c'est Celui qui parle à nos consciences par l'organe de la loi reconnue sainte et par la voix de notre propre imputabilité , il ne peut être pensé alors que comme jugeant selon la rigueur de la loi morale; car nous ne pouvons en aucune façon savoir ce qui doit être rejeté sur le compte de notre fragilité ; nous ne voyons que les violations de la loi que nous commettons avec la conscience de notre liberté et la certitude de Timpulabilité du manquement à un devoir, et nous n'avons aucun motif ^e supposer dans la sentence du juge de la bienveillance à notre égard.
(i) On ne peut guère expliquer pourquoi nombre de peuples de l'antiquité ont partagé cette idée , si l'on ne convient qu'elle se trouve dajis la raison universelle des hommes dès qu'ils veulent créer par la pensée le gouvernement d'un peuple, et, par analogie, le gouvernement du monde. La
Mats comme cette croyance qui a purifié le rapport moral de l'homme à Dieu sous le point de vue de la religion en général , de tout funeste anthropomorphisme, et Va approprié à la véritable moralité d'un peuple de Dieu, est offerte au monde dans une seule et même croyance, la croyance chrétienne , on peut voir dans sa vul-
religion de,Zoro9strc avait ses trofs personnes divines : Ormouzd, Mithra et Arihman; la religion des Indpus avait Brahma , Wischnou et Sîewen , avec cette seule différence que de ces religions la première ne présente pas seulement- Arîliman comme l'auteur du mal physique en tant que châtiment , mais comme Fauteur même du mal moral pour lequel l'homme est puni ; tandis que la religion indoue re-^ présente Siewen coitime jugeant et punissant. Les Égyptiens avaient leur Phta, leur Kneph et leur Ncith^ personnes dont la première , autant que l'obscurité des documents des premiers temps de ce peuple le laisse deviner, représentait l'esprit distinct de la matière et le créateur du monde; dont la seconde représentait le principe du bien conservateur et di" recteur; la troisième, enfin, représentait la sagesse finie ou la justice, La religion des Goths honorait Odîn , le père de toutes choses ; Freya ou Froyer, le bon principe , et Tor, le Dieu jugeant et châtiant. Les Juifs mêmes paraissent avoir été conduits dans les derniers temps de leur constitution hiérarchique à ces mêmes idées ^ car les Pharisiens se plaignent que le Christ se soit nommé le Fils de Dieu ; mais ils n'inculpent point , sous un chef spécial d'accusation , la doctrine qui professe que Dieu a un fils : Jésus se dit le fils de Dieu , voilà son crime à leurs yeux.
a5o DOCTRINE RELIGIEUSE
garîsation la révélation de ce qui pour rhomme et par sa propre faute avait été jusque-là un mystère.
Dans cette croyance^ voici ce qui est enseigné : premièrement y on ne doit point regarder le législateur suprême comme un être bon , par conséquent indulgent pour les faiblesses des hommes^ ni comme un être despotique^ ordonnant simplement en vertu d'un droit illimité; ses lois ne sont non plus ni arbitraires ni opposées à l'idée humaine de la moralité^ mais en rapport avec la sainteté de l'homme. Deuxièmement ^ on ne doit pas faire consister sa bonté dans une bienveillance inconditionnée envers ses créatures^ mais dans sa cicùrifoyance à démêler les qualités morales par lesquelles on cherche à lui être agréable^ et dans sa promptitude^ si on le cherche réellement, à suppléer à k'insuffisance des hommes pour atteindre leur but. Troisièmement^ la justice de Dieu ne peut pas être représentée comme une .justice de miséricorde et de pardon^ c^v c'est une contradiction, et encore moins comme conforme a la sainteté du. législateur, devant laquelle nul homme n'est juste ; elle doit être représentée simplement comme une justice dont la bonté ou la rigueur est restreinte selon les ^conditions de l'accord de la nature humaine avec la sainte loi , selon la possibilité pour les enfants des hoimmes de se
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conformer aux exigences morales de cette loi. En un mot , Dieu veut être servi comme être revêtant trois qualités morales spécifiquement diSé^ rentes /qui constituent, selon une dénomination assez convenable 9 la triple personnalité (morale et ijon physique) d'un seul et même être. Ce sym- Bole de foi renferme en même temps toute la religion morale pure qui , sans cette division de l'être de Dieu^ courrait risque y sous l'empire du penchant de l'homme à se représenter la Divinité comme un chef humain, de tomber dans une adoration servile et anthropomorphistique : l'homme ne sépare pas d'ordinaire dans son gouvernement ces trois qualités, mais il les mêle et les confond souvent.
Si la croyance à la trinité divine n'était pas seulement considérée comme la représentation d'une idée pratique , mais encore commie l'expression de ce que Dieu est en essence, elle serait un mystère qui dépasserait la portée de l'intelligence humaine , qui exigerait , par conséquent ^ une ré- T^lationr pour être intelligible, et pourrait alors être proclamé tel. La foi à ce mystère, comme extension de la connaissance théorétique de la nature humaine , serait simplement la connaissance d'un symbole parfaitement impénétrable aux hom* mes et, s'ils prétendent le comprendre, nécessairement anthropomorphistique, enseigné par une
25a DOCTRINE RFXIGIEUSE
eroyance ecclésiastique^ et ne contribuant en rien à l'amélioration morale. — Cela seul qui est clair et intelligible sous le rapport pratique , mais qui , au point de vue théorétique , en ce qui touche la détermination de la nature^ de l'objet en soi , dépasse toutes nos idées , est un mystère ( en un sens), et peut pourtant être expliqué (en un autre sens). Telle est la trinité, où l'on peut distinguer trois mystères qui nous sont dévoilés par notre propre raison.
I**. Mystère de la vocation , ou appel fait aux hommes pour former une république morale. — Nous ne pouvons point imaginer la soumission universelle et absolue de l'homme a la législation divine autrement qu'en nous le représentant comme la créature de Dieu ; car Dieu ne peut être considéré comme l'auteur des lois de la nature qu'à la condition d'être le créateur de la nature et de tout ce qui existe. Mais il est absolument inaccessible à notre raison comment des êtres ont été créés avec le libre exercice de leurs facultés. En effet , selon le principe de causalité , nous ne pouvons attribuer à un être qui est tenu pour une création, pour un effet, d^autre principe interne de ses actions que celui qui a été mis dans cet être par sa cause efficiente, et qui doit, par conséquent, déterminer tous ses actes; ces actes ont donc une cause extérieure, et l'agent n'est donc
point libre. Puisque la législation divine, sainte, cons*équemment appropriée aux seuls êtres libres, ne peut point se concilier, dans notre aperception rationnelle, avec Fidée de la création de ces êtres; il faut alors les considérer comme des agents libres-nés, déterminés à -agir non par la nature dont ils dépendent en vertu de leur création, mais par une nécessité purement morale, exclusivement possible diaprés les lois de la liberté, c'est-à-dire qu'ils sont déterminés par une vocation a former la cité divine. Ainsi la vocation, par rapport à sa fin, est, moralement parlant, d^une parfaite clarté, mais spéculativement, sa possibilité est un mystère impénétrable.
2**. Mystère de la satisfaction. L'homme, tel que nous le connaissons, est corrompu, et incapable d'obéir de lui-même à la loi sainte. Toutefois, si la bonté de Dieu Ta appelé, pour ainsi dire, à l'existence, l'a invité à être d'une façon particulière (à entrer dans le royaume céleste). Dieu doit pouvoir aussi suppléer, par la plénitude de sa sainteté, à ce dont l'homme manque pour atteindre ce but. Mais cette assertion est contraire à la spontanéité qui est supposée au fond du bien ou du mal moral dans l'homme , à la spontanéité selon laquelle tout bien moral doit provenir de l'agent seul et de personne autre, pour pouvoir lui être attribué. — Ainsi, autant
a54 DOCTRINE RELIGIEUSE
que nous pouvons Tapercevoir par ia raison^ personne ne peut suppléer rhomme et lui transmettre l'excédant de sa bonne conduite et de son mérite; ou^ s'il accepte cet excédant , il ne doit le faire que dans un but moral. Théoriquement /c'est là un insondable mystère.
5°. Mystère de Y élection. Lors même que la satisfaction par représentant serait accordée comme possible^ l'acceptation, en tant qu'acte de foi morale , de cette satisfaction^ serait une détermina-tion volontaire au bien^ laquelle présupposerait déjà dans l'homme une législation divine> qu'il ne peut produire de lui-même en lui , eu égard à sa perversité naturelle. Quant à la coopération d'une grâce du Ciel qui accorde son assistance à un homme , non d'après le mérite de ses actes ^ mais par un décret absolu , et là refuse à un autre; quant au choix d'une partie du genre humain destinée à la félicité^ tandis que l'autre partie est frappée d'une réprobation étemelle ^ ce sont des doctrines où ne se révèlent pas la moindre idée de la justice divine , et qui^ dans tous les cas^ se rapportent à une sagesse dont la règle est pour nous un mystère profond.
Pour ce qui est dfç^ my$tères qui concernent l'histoire de la vie morale de chaque homme ^ par exemple : conuuent âe fait-il qu^il existe dans le monde bien et mal moral ; comment du mal
qui existe et a existé toujours dans tous y le bien naît-il ; pourquoi^ tandis que quelques-uns sont réhabilités dans le bien ^ d'autres sont-ils' exclus de sa possession ? sur ces mystères Dieu ne nous a rien révélé, et ne peut même rien nous révéler, car nous*ne pourrions le comprendre (î). Ce serait vouloir expliquer et démontrer par la liberté
(i) On n'hésite pas d'ordinaire a demander aux disciples d'une religion la foi aux mystères reconnus dan$ cette religion. En e£Pet , nous ne pouvons pas les comprendre , c'est-à-dire nous ne pouvons pas apercevoir la possibilité de leur objet ; mais cette impuissance n'autorise pas le refîis de reconnaître des mystères. Personne ne comprend rien à la re{)roduction de la matière organique ; on ne peut cependant pour cela refuser d'admettre ce fait , bien qu'il soit et doive demeurer à jamais pour nous un mystère ; et quand nous employons l'expression de mystère , nous en comprenons parfaiter ment le sens ; il signifie upe notion empirique de l'objet , avec la certitude qu'il ne renferme pas de contradiction. — - On ne peut point exiger justement que l'on comprenne ce qui est pensé sous chacun des mystères propres à la foi; cela ne se peut par la raison que l'on comprend uniquement et isolément les mots qui servent à les exprimer, c'est-adire que à chacun on donne un sens ; mais pris ensemble pour former une idée , ils n*en doivent présenter aucun , et nulle pensée n'en peut sortir. -» Il ne faut pas s'imaginer que si l'on conçoit avec persistance le désir d'acquérir la connaissance de l'objet des mystères , Dieu pour];'a le faire descendre en nous par Vinspiration : cela est impossible parce que la nature de notre entendement- ne le comporte pas.
ce qui se passe dans l'homme. Dieu nous a hien manifesté sa Tolonté sur la loi morale qui est en nous , mais les causes en yertu desquelles un acte libre s'accomplit ou ne s'accomplit pas sur la terre, il les a laissées dans une obscurité où elles doivent rester malgré toutes les investigations humaines , malgré tous les enseignements de l'histoire sur la liberté agissant d'après les lois de la relation des causes aux. effets (i). Il en est autrement touchant la règle objective de notre conduite; tout ce que nous avons besoin de recevoir pour nous y conformer nous est suffisamment ré,vélé par la raison et par l'Écriture , et cette révélation est immédiatement intelligible pour tout homme.
Que l'homme soit appelé par la loi morale k tenir une bonne conduite; que, par son respect indéfectible pour cette loi , et à cause de sa confiance , de son espérance en ce bon génie , il se croie sûr, quoi qu'il arrive, d'y satisfaire; enfin qu'il doive comparer sa vie avec les sévères injonctions de la loi , se représenter en face de son
( I ) Ainsi , nous comprenons parfaitement ce qu'est la liberté sous le rapport pratique , lorsqu'il est question de devoir ; mais sous le rapport théorëtique , en ce qui concerne la causalité de la liberté , sa nature , pour ainsi dire , nous ne pouvons même songer à la comprendre sans une contradiction.
juge^ et s'examiner ainsi constamment; c'est ce que nous enseignent ^ c'est ce à quoi nous engagent la raison , le cœur et la conscience tout ensemble. Il est inconsidéré de regrettet qu'il n'y ait plus de révéla'tionj et, lors même qu'il yen aurait encore, l'homme ne devrait pas la compter comme un besoin universel de l'humanité.
Mais bien que le grand mystère qui contient dans une seule formule tous les précédents, puisse étrç expliqué à l'homme par sa raison comme une idée religieuse pratiquement nécessaire , on ne peut pourtant pas prétendre que, destiné à servir de fondement moral à la religion, je. veux dire à une religion publique, il lui ait été révélé^ parce qu*il fut enseigné publiquement ^ et qu'il fut pris pour le symbole d'une époque religieuse tout à fait nouvelle. Les formules solennelles sont exprimées d'ordinaire dans une langue le plus souvent mystique, incompréhensible pour beaucoup, propre uniquement à une société particulière, à une tribu ou à un État; on peut avoir recours à ce langage, même avec raison, par respect pour la tradition, dans une action solennelle^ lorsque, par exemple, on doit recevoir un membre d'une association dans une association différente. Mais le but dernier, à jamais irréalisable pour l'homme, de la perfection morale des créatures finies, est l'amour de la loi .
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Selon cette idée y ce serait en t^Iigîon un principe de foi quen Dien est l'amottr ». On peut honorer en Dieu l'être aimant , c^est-à-4ire rempli de biertifeillance morale pour les hommes lorsqu'ils se conforment à sa loi sainte , e' est-àdire encore le Père ; on peut honorer en Dieu l'être qui se montre dans sa Taste compréhension au type de l'humanité chéri et créé par Dieu même, c'est-à-dire qu'on peut honorer en lui son Fils; enfin^ en tant qu'illimité sa bienveillance à la condition que les hommes s'accordent sur ce par quoi l'amour de cette bienveillance est possible^ et qu'il montre cet amour comme fondé sur la sagesse , on peut honorer aussi en Dieu le Saint-'Esprii (i). Mais on ne peut pas , à propre-
(i) Par rintermédiaire de cet Esprit, L'amour que noos avons pour Dieu , en tant qu'être sanctifiant, amour qui res* semble à la reconnaissance , s'unît à la crainte de Dieu » en tant que législateur ; en d'autres termes , par le mojen de cet Esprit , l'amour du conditionné s'unît à la condition ; cet esprit qui peut, par conséquent, être représenté comme u procédant de l'amour et de la crainte » , outre qu'il « conduit dans la voie de la vérité (à l'accomplissement du dcToir)», est le juge proprement dit des hommes, au triboîial de leur conscience. Car le jugement peut être appliqué dans deux sens : il peut porter sur le mérite et l'absence de mérite, ou sur la culpabilité et l'innocence. Died, considéré comme amour, c'est-à-dire dans son fils , juge les hommes de manière à pouvoir compenser des fautes par des mérites , et
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ment parler, Vinifoquer sous une personnalité multiple^ car ce serait distin^er en lui une diver-
alors sa sentence est : Ils sont dignes^ ou ils ne sont pas dignes. Il met à part ceux qui ont mérité et les regarde comme siens; les autres s'en vont sans récompense. Mais la sentence de celui qui juge selon \sl justice^ du juge proprement dit , du Saint-Esprit , par rapport à ceux auxquels il ne peut être trouvé aucun mérite , est : Ils sont coupables, ou ils ne sont pas coupables, c'est-à-dire condamnation ou absolution. — Juger, dans le premier sens , signifie séparer ceux qui' méritent de ceux qui ne méritent pas : les uns et les autres ont recherché une récompense, la béatitude. Par mérite on entend , non pas le superflu de la moralité relativement k la loi, car les devoirs ne peuvent jamais être trop bien accomplis , de manière à effacer notre culpabilité ; mais on entend la comparaison du sentiment moral dans les hommes. La dignité n'a toujours aussi qu'un ^ens négatif, celui de réceptivité morale de la bonté, et l'homme digne est celui qui est non-indigne. Celui qui juge selon le premier point de vue , comme Brabeuta , opte donc entre deux personnes , entre deux parties qui ont recherché la béatitude comme récompense. Mais celui qui juge selon le seco&d point de vne , le juge proprement dit , prononce sur une seule et même pei^* sonne , c'est le tribunal de la conscience qui rend tine sentence entre l'accusateur et l'avocat. — Or, si l'on admet que, bien que nul homme ne soit pur de tout péché, on puisse reconnaître à quelques-uns d'entre eux leur mérite , alors il j a lieu à la sentence du juge selon V amour; à défaut de cette sentence un renvoi est prononcé , et il s'ensuit nécessairement une condamnation y parce que l'homme tombe alors entre les mains du juge selon la justice. — De cette
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site d'essence , tandis qu'il est un seul et même objet. Il ne faut l'implorer qu'au nom de Vobjet aimé^ honoré par lui par-dessus tout, de celui avec lequel c'est un vœu et tout ensemble un devoir pour l'homme de rester moralement uni. D'ailleurs, la connaissance théorétique de la foi en la nature divine, en tant que cette nature revêt une triple qualité , appartient purement au do-
manière , les propositions manifestement contradictoires : « Le fils viendra pour juger les vivants et les morts », d'une part, et « Dieu n'a pas envoyé son fils pour juger le monde, mais pour rendre le monde saint et heureux (Év. selon St- Jean) », d'autre part, peuvent, à mon sens, être très-bleu conciliées et s'accorder parfaitement avec le passagç où il est dit : « Celui ,qui ne croit pas à mon fils est déjà jugé (v. 18) » : il n'est besoin que de l'intervention de cet Esprit dont il est dit : « Il viendra juger le monde selon ses fautes et ses mérites. » Ces distinctions , faites avec un soin inquiet, dans le champ de la raison pure, pour laquelle elles sont proprement établies ici , peuvent paraître inutiles et oiseuses ; elles le seraient, en effet, si elles ne se rapportaient aux recherches sur la nature divine. Mais comme les hommes, sous le rapport de leurs intérêts religieux , sont constamment enclins à implorer pour leurs fautes la bonté divine, bien qu'ils ne puissent pas fléchir la justice de Dieu , et comme un juge bieiu^eillant dans une seule et même personne est une contradiction , on voit que même sous le rapport .pratique les idées à cet égard sont mal assurées et peu d'accord entre elles ; il est donc de la plus haute importahce pratique de les éclaircir et de les fixer exactement.
maine d'une religion ecclésiastique dont elle est une formule classique. Elle sert à distinguer telle religion des autres croyances puisées à des sources historiques; quelques hommes sont en état d'y attacher une idée claire y précise et exempte de fausse interprétation ; et sa discussion est plutôt du ressort de ces docteurs et de leurs écoles ^ en tant qu'interprètes philosophes et instruits d'un livre saint : ils ont à s^entendre sur le sens de ce livre qui ne satisfait pas entièrement l'intelligence ni même le besoin de cette époque, qui ne contient qu'une lettre morte, et qui corrompt le véritable sentiment religieux plutôt qu'il ne l'améliore.
DOCTRINE
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