CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
C'est l'aube de la domination du bon principe et un signe (cque le règne de Dieu nous arrive » lorsque les principes de la constitution de ce règne commencent à devenir- publics; car le règne de Dieu, quoique sa complète apparition dans le monde sensible recule dans un lointain impénétrable, existe déjà dans le monde de l'esprit où les principes propres à le réaliser ont universellement pris racine. Nous avons vu que la formation d'une république morale constituait un devoir spécial (officiurfi sui generis) , et que de l'obéissance aux devoirs individuels on peut légi-
^66 OOCTUINE RELIGIEUSE
timement conclure V accord contingent de toutes les Tolontés poiu* le bien «ocial et général sans que, pour cet accord, il ait été besoin d'une disposition particulière ; mais nous avons vu aussi que ce résultat du 'simple accomplissement des dcToirs individuels ne pouvait pourtant être espéré si les hommes ne s'efforçaient de s'unir dans la pensée d'un but commun, et- de fonder une république sous des lois morales pour résister en masse et par conséquent plus efficacement aux agressions du mauvais principe (auquel, sans cela, les hommes sont tentés de se livrer les ims les autres comme instruments). — Nous avons vu également qu'une pareille république, en tant que règne de Dieu^ ne peut être entreprise par les hommes qu'au nom de la religion, et qu'enfin^ pour que cette i^épubliqae devienne publique (condition essentielle à son existence), elle pouvait être représentée sous la forme d'une Église dont l'oi^nisation est par conséquent une oravre abandonnée aux faûmmes et que lion a le droit d'en exiger.
Mais lafondation d'une Église ou d'une république selon des lois religieuses parait exiger plus de sagesse (sous le rapportde la conception comme sous celui du sentiment) que l'on ne peut généralement en accorder aux hommes; ta bonté morale que requiert une telle institution parait
surtout être hypothétique et supposée à cet effet dans leurs coeurs. Au fait^ il est contradictoire dans les termes, que les hommes fondent uii règne de Dieu, bien qu'on puisse dire qu'ils peuvent élever le règne d'un monarque humain; Dieu doit lui-même établir son règne. Mais comme nous ne savons pas ce que Dieu feit immédiatement pour manifester en réalité l'idée de son règne sous lequel nous trouvons en nous la détermination mm^ de nous ranger; comme d'autre part, nous savons positivement œ que nous avons à faire pour nous rendre d'utiles citoyens sous le règne de Dieu^ l'idée de ce règne, qu'elle ait été suscitée et rendue publique parmi l'espèce humaine, soit par la raison, soit par l'Écriture, nous oblige à l'établissement d'une Église; Dieu lui-même , dans le cas où Tidéede son règne procéderait de l'Écriture, est, en tant ^e fondateur, l'auteur de la constùution de cette Église, et les hommes, dans tous les cas, sont, en tant que soumis au règne de Dieu, les auteurs de son organisation j car ceux d'entre les hommes qui administrent selon l'Écriture les afiaires publiques, constituentV administration ^oprement dite de l'Église, comme en étant les serviteurs ou les prêtres ; et le reste des hommes constitue une association soumise aux lois des premiers , c'est-à-dire la société.
268 DOCTRIJVE RELIGIEUSE
Comme la religion rationnelle pure, en tant que croyance religieuse publique , accorde seulement ridée pure d'une Église (invisible), et comme l'Église visible qui est fondée sur des dogmes a seule besoin et est seule susceptible d'une organisation de la part des hommes , le culte, sous la domination du bon principe, dans l'Église invisible, ne peut être considéré comme culte ecclésiastique, et la religion rationnelle pure n'a point de prêtres légaux comme fonctionnaires au service d'une république morale ; chaque membre d'un pareille société reçoit immédiatement du législateur suprême sa mission. Mais comme^ en accomplissant nos différents devoirs ^ que nous devons regarder comme des ordres divins, nous servons constamment Dieu, la religion rationnelle a pour prêtres (non pour fonctionnaires) tous les hommes bien pensants ; mais ils ne pourront pas pour cela s'appeler les serviteurs de l'Église (visible , la seule dont il sera ici question) .—Cependant, comme toute Église fondée sur des lois positives ne peut être l'Eglise véritable qu'autant qu'elle renferme en elle une tendance essentielle à s'approcher constamment de la croyance rationnelle pure comme de celle qui, pratique, constitue proprement dans les cœurs la religion ; et à s'efforcer de se passer de la croyance ecclésiastique (de l'élément histori-
que de celte croyance), nous pourrons, malgré les lois positives de cette Églisfe, malgré les fonctions sacerdotales que cette Eglise comporte, reconnaître un culte ecclésiastique , à la condition que les enseignements et les ordonnances des prêtres tendent Vers le but d'une croyance religieuse publique. — Au contraire, les prêtres d'une Église, qui ne prennent point ce but en considération, qui regardent plutôt les maximes en vertu desquelles on en approche continuellement, comme condamnables , et qui proclament la soumission à la 'partie historique et positive comme seule sanctifiante, peuvent être légitimement accusés du faux culte de l'Église ou (de ce qui est représenté par l'Église) de la république morale sous la domination du bon principe. — Par faux culte (cultus spurius)^ il faut entendre la persuasion où l'on est que l'on sert l'Etre sif prême par des actes auxquels l'intention n'a réellement aucune part. Le fau:^ culte a lieu dans une république morale lorsque ce qui n'a que la valeur d'un moyen propre à satisfaire la volonté de Dieu n'est point présenté comme tel , et que l'on considère ce moyen comme nous rendant immédiatement agréables à la Ùivinité; les vues de la Divinité sont alors déjouées.
OOCTHINE KELIGIEUSë PHILOSOPHIQUE. 27 I