‹ La religion dans les limites de la raisonChapitre 30 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Da Culte de Dieu dans une religion quelconque.

La religion, subjectivement considérée, est la connaissance de tous nos devoirs en tant qu'ordres divins ( i ) • La religion dans laquelle je dois

(i) Cette définition prévient plusieurs sens fautifs dosfués à ridée de religion en général. Premièrement ^ sous le rapport de la connaissance et de la profession de la connaissance thëorétique, la science assertorique n'est point nécessaire en fait de religion, pas même celle de l'existence de Dieu, parce que, à défaut d*aperccption des objets sensibles, on peut feindre de les connaître ; il n'y a de nécessaire que l'acceptation problématique, que l'adoption hypothétiqiie des causes supérieures des cboses, spéculatiyement parlant; quanta l'objet en vue duquel notre raison morale nous ordonne d'agir, il présuppose une croyance assertorique, pratique , libre par conséquent , et qui promet de réaliser le but final de la raison ; celte croyance n'a besoin que de Vidée de Dieu , à laquelle toute vraie préparation morale et religieuse au bien doit aboutir inévitablement, sans prétendre garantir par la connaissance théorétique la réalité objective de cette idée. Tout ce qui peut être posé un devoir pour l'homme ne requiert que le minimum de la connaissance ; il suffit ici de la possibilité de l'existence d'un Dieu. Deuxièmement, cette dé^-

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saToir préalablement que quelque chose est ordre diyin pour le reconnaître comme mon devoir

finition de la religion prévient cette fausse idée que la religion est un ensemble de devoirs particuliers concernant Dieu immédiatement , et empêche , ce à quoi l'homme est trèsenclin , que nous ne posions , outre les devoirs moraux de citojen à citoyen , des devoirs de courtisans envers Dieu , et , que nous ne cherchions à réparer les manquements aux pre^ miers par l'observation dés seconds. Il n'y a point de devoirs spéciaux envers Dieu dans une religion universelle, car Dieu n'a rien à recevoir de nous ; nous ne pouvons agir ni sur lui, ni pour lui. Quand on veut ériger en devoir religieux le respect dû à Dieu , on ne réfléchit pas que ce respect n'est pas un acte spécial de religion, mais le sentiment religieux même qui doit se trouver au fond de tous les actes obligatoîjres. On dit : « il faut obéir à Dieu plus qu'aux hommes » , mais cela ne signifie pas autre chose que : Si des règlements positifs , que les hommes ont faits et d'après lesquels ils jugent, sont en contradiction avec les devoirs que prescrit la raison d'une manière absolue et dont Dieu seul peut connaître l'observation et la transgression , l'autorité des règlements humains doit cesser devant les injonctions de la * conscience. Mais si Ton voulait entendre par ce en quoi on doit obéir à Dieu plus qu'aux hommes les commandements • de Dieu qui sont positifs et que publie une Église , ce pourrait bien être là le plus souvent le cri de guerre de prêtres hypocrites et avides de domination , pour exciter à la révolte contre le pouvoir civil. Car les actions licites qu'ordonne d'accomplir le pouvoir, sont un devoir précis et certain, tandis que les actes licites en soi , connaissables seulement paV la révélation divine , effectivement ordonnés de Dieu , sont, en grande partie du moins, profondément inconnus.

est la religion révélée (ou qui a besoin d'une ré- Telation). Au contraire, la religion dans laquelle je dois savoir préalablement que quelque chose est devoir ayant de pouvoir le reconnaître comme un ordre divin, est la religion naturelle» — Celui qui ne reconnaît que la religion naturelle de moralement nécessaire, c'est-à-dire d'obligatoire, peut être également nommé rationaliste (en matière religieuse). Si le rationaliste nie la réalité de toute révélation divine surnaturelle, il se nomme naturaliste; mais s'il accorde la révélation et qu'il soutienne néanmoins que ni la connaissance ni l'admission de la révélation comme réelle ne sont essentielles à la religion , il peut alors être appelé rationaliste pur. Enfin, regarde-t-il la croyance a la révélation comme nécessaire à la religion universelle, on peut le nommer alors supernaturaliste pur en matière religieuse.

Le rationaliste, en vertu même de ce titre, doit se tenir de lui-même dans les limites du point de vue humain. Il ne doit donc jamais décider négativement comme le naturaliste; il ne doit contester ni la possibilité interne d'une révélation quelconque^ ni la nécessité d'une révélation comme moyen divin poiu- introduire dans la véritable religion ; car, la raison humaine, sur ces points, ne peut rien établir. Ainsi la contro-

verse ne peut concerner que tes prétentions mntuelles du rati<Hialiste pur et du supernaturalîste pur en matière religieuse ^ c'est-à-dîre uniquement ce que l'un ou l'autre admet comme nécessaire et suffisant ou comme purement accessoire à la véritable et unique religion.

Si Ton ne divise pas la religion d'après son origine primitive et sa possibilité interne (en naturelle et en révélée), mais simplement d'après le caractère de sa transmission extérieure, la religionest alors ou naturelle, telle que, dès qu'elle existe, elle peut être persuadée à chacuîi par sa propre raison; on enseignée, dont on ne peut convaincre les autres qu'au moyen de la science (dans laquelle et par laquelle ils doivent être conduits). —«Cette distinction est de la 'plus haute importance, car on ne peut nullement conclure de l'origine d'une religion qu'elle peat ou ne peut pas devenir universelle; on ne peut inférer l'universalité de la religion que de son caractère de communicabilité universelle. L' universelle communicabilité , tel est le critérium essentiel de la religion obligatoire pour tout homme.

Ainsi , telle religion peut être naturelle^ bien qu'elle ait été révélée : il suffit qu'elle soit de telle nature que les hommes aient pu et clu y arriver d'eux-mêmes par le simple usage de leur

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raison ^ quoique moins rapidement et dans une moins vaste circonscription. Une révélation de cette religion , dans un temps et un lieu déterminés , pourrait être prudente et très-profitable au genre humain; une fois que la religion ainsi introduite existerait et serait répandue ^ chacun pourrait dès lors se convaincre de sa vérité par soi-même et par sa raison propre. Dans ce cas, la religion est objectwement une religion natu** relie , quoique subjectwement elle soit une religion révélée; aussi la première dénomination lui . convient-elle plus proprement. Car, par la suite, on pourrait entièrement oublier qu'une révéla** tion surnaturelle l'a précédée, et elle ne per^ drait ni ne gagnerait en certitude, et son empire sur les esprits ne s'aflàiblirait pas. Mais pour la religion qui, a cause de son caractère interne, ne peut être considérée que comme révélée , il en est tout autrement. Si elle n'eût pas été conservée par une tradition très-fidèle ou dans les livres sacrés, elle aurait disparu du monde; et alors il faudrait ou de temps en temps la rechercher dans les souvenirs publics ou qu'une révélation supernaturelie et incessante la précédât au cœur de l'homme, sans quoi l'extension et la transmission d'une telle croyance ne serait pas possible.

Mais toute religion , même la religion révélée ,

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doit renfermer certains principes de la religion naturelle. Car une révélation ne peut être comprise dans l'idée de religion que par l'intermédiaire de la raison, attendu que cette idée^ dérivée* de la soumission obligatoire à la volonté d'un législateur morale est une idée rationnelle pure. Nous considérerons donc une religion révélée d'une part comme naturelle , d'une autre part comme enseignée^ et nous pourrons démêler ce qui découle et tout ce qui découle dans son sein de l'une ou de l'autre source.

Mais , comme nous nous- proposons de parler de religion révélée (du moins tenue pour telle); nous ne pouvons faire autrement que d'en prendre un exemple dans l'histoire ; si dans le but de préciser notre pensée nous choisissions des exemples imaginaires 9 on pourrait toujours nous en contester la possibilité. Or nous ne pouvons mieux faire que d'ouvrir un livre qui ^renferme une religion révélée, mais un livre tel qu'il soit intimement lié aux principes moraux, par conséquent anx principes rationnels et pratiques , et de nous en servir comme moyen d'explication de notre idée de religion révélée en général. Nous le prendrons comme celui d'entre les difierents livres traitant de religion et de vertu sous l'autorité d'une révélation , qui est un modèle de la conduite avantageuse en soi ; et nous rechercheix>Ds

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avec son aide quelle peut être une religion rationnelle pure et par conséquent universelle^ sans empiéter sur le domaine de ceux à qui l'interprétation de ce livre, comme d'un recueil des enseignements d'une révélation positive, est con- * fiée^ et sans vouloir par là attaquer leur interprétation fondée sur la science. Les interprètes de l'Écriture gagneront plutôt à notre fait : comme ils marchent avec les philosophes vers un seul et même but, vers le bien moral, ils seront au contraire aidés par les principes rationnels à arriver là où ils pensaient parvenir par une autre voie. — Ce livre sera le Nouveau Testament, comme source de la croyance chrétienne. D'après notre point de vue, nous considérerons le christianisme d'abord comme religion naturelle, et ensuite comme religion enseignée > dans sa na« ture et dans 'ses principes constitutifs.

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