‹ La religion dans les limites de la raisonChapitre 34 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Da Principe subjectif universel de la superstition.

L'antropomorphisme que, dans la représentation théorétique de Dieu et de son existence , nous pouvons à peine éviter, mais qui, du reste, pourvu qu'il n'influe pas sur la notion du devoir, est assez inofTensif, présente, quand il s'agit de notre moralité, du rapport pratique de l'homme a la volonté divine, de très- graves dangers. Comme alors nous nous faisons un Dieu (i)^

^ (i) II est sans doute hardi, mais il n'en est pas moins juste de dire que chacun se fait son Dieu , et que, de plus , chacun , en lui donnant toutefois des propriétés infiniment grandes et qui se rapportent à la faculté de représenter dans le monde un objet adéquat, doit se faire son dieu selon des conceptions morales telles qu'il puisse honorer en lai celui qui Va créé. Car de quelque façon qu'un être tel que Dieu soit expliqué et décrit , lors mcme qu'il pourrait , si la chose était possible , apparaître tel qu'il est , l'homme devrait toujours immédiatement confrotiter cette représentation avec son idéal, afin de juger sî l'être auquel elle correspond doit être tenu pour sa divinité et être adoré comme telle. Avec la révélation pure et simple^ sans le principe, sans la pierre de ton-

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nous croyons pouvoir très-facilement mettre ce Dieu dans nos intérêts, et être dispensés de nous efforcer d'agir continuellement et à grand'peine sur nos sentiments moraux les plus intimes. Voici le raisonnement que l'homme est accoutumé de faire en cette circonstance : tout ce que nous fai* sons dans l'unique but de plaire à Dieu, peu importe que cela soit utile à la moralité pourvu que cela n'y soit point positivement contraire , prouve que nous sommes des sujets soumis et dévoués à la Divinité , par conséquent des sujets qui lui sont agréables, et par conséquent encore nous servons Dieu (iji potentia). — Ce n'est pas toujours par des sacrifices que l'homme croit rendre le culte dû à Dieu. Les cérémonies solennelles, les jeux publics mêmes, tels que chez les Grecs et les Romains, étaient aussi usités et servaient même à rendre la Divinité favorable a un peuple, ou même a un individu, au gré de cette divinité. Pourtant les sacrifices, tels q«e les expiations, les mortifications, les pèlerinages, etc., furent toujours regardés comme plus puissants, plus efficaces pour obtenir la faveur du ciel et la rémission des fautes , parce qu'ils témoignent plus fortement d'une soumission illimitée (quoi-

cLe de l'idée préalable de Dieu dans sa pureté , il ne peut donc point y avoir de religion , et sans cette idée toute adoration de Dieu est donc pure idolâtrie.

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que non-morale) à la volonté divine. Plus les actes de repentir sont inutiles, et moins ils contribuent a l'amélioration morale de l'homme y plus ils sont saints : par le fait même qu'ils sont d'une complète inutilité dans le monde y et qu'ils coûtent beaucoup de peine , ils paraissent témoigner d'un grand dévouement à Dieu. — Quoique Dieu, dit-ôn^ n'ait point été servi par le fait d'une manière directe, il voit pourtant la bonne intention, il voit le cœur qui est trop faible pour accomplir ses pré« ceptes moraux^ mais qui supplée à cette faiblesse par des preuves des meilleures dispositions. Or, il y a visiblement jci un penchant à une conduite qui n'a aucune valeur morale en soi , qui n'est qu'un moyen d'élever la faculté des représentations sensibles jusqu'aux idées intellectuelles de la fin morale , ou bien de refouler cette même faculté si elle parvenait à réagir contre ces idées (i). Cette conduite, suivant nous, n'a aucune va-

(i) Quelques lecteurs croiront surprendre la critique de la raison pure en contradiction avec elle-même partout où nous ferons entre le sensible et l'intellectuel des distinctions qui ne leur seront pas familières. Voici donc une observation à leur adresse.. S'il était question des moyens sensibles de développer l'intellectuel du sentiment moral pur, ou bien s'il s'agissait de l'obstacle que ces moyens sensibles opposent à l'intellectuel , l'influence de deux principes aussi dissemblables ne devrait jamais être pensée comme directe. En effet ,

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leur comme fin^ ou^ ce qui revient au méme^ la disposition que l'âme possède pour recevoir ces sentiments de dévouement à Dieu, et que l'on nomme la déwtion^ n'est point regardée par nous comme ayant la valeur d'une fin. Cette conduite est donc simplement une superstition qui peut prendre toutes sortes de formes ; mais l'une de ces formes n'a pas plus d'analogie avec le sentiment moral que l'autre, et dans toutes, c'est non-seulement par une illusion purement fortuite, mais même par suite d'une maxime, que

en tant qu'être sensible , dans les phénomènes du principe intellectuel y c'est-à-dire de la détermination de nos forces pbjsiques par notre libre arbitre qni se produit en actes , nous pouvons agir contrairement à la loi , ou suirant cette loi ; en sorte que la cause et l'effet sont représentés également dans l'acte. Mais pour ce qui est du suprasensible , du principe subjectif de la moralité en nous , principe qui se trouve inclus dans l'incompréhensible propriété de la liberté, pour ce qui est, par exemple, du sentiment religieux pur, nous n'en pénétrons absolument rien , si ce n'est , ce qui toutefois est déjà suffisant , la loi , laquelle concerne le rapport de la cause à l'effet dans l'homme ; en d'autres termes , nous ne pouvons point nous expliquer la possibilité des actions en tant qu'événements sensibles résultant de la propriété morale de l'homme, et comme lui étant imputables à titre d'actes libres ; maiis les principes d'explication relativement aux phénomènes extérieurs doivent être tirés du monde sensible.

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Ton attribue au moyen une valeur intrinsèque , au lieu de l'attribuer à la fin seule. De ce point de vue , la superstition , quelques formes qu'elle prenne , est absurde et condamnable comme penchant k la fraude et à la perfidie.

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