Sethos [228], 1, p. xvu-xvni
La reliprion de .1. .1. Kousscau. — I. H
égyptien de Terrasson rencontrait des cultes superstitieux et barbares, il instituait sur les ruines du fanatisme une religion élémentaire, qui « tendait beaucoup à la morale », et qui « ne manquait point de purger la nation des vices les plus contraires à la société ». « La piété envers les dieux est aveugle, disait Terrasson, lorsqu'elle nuit à la société humaine ». Celle cjue prêchait Sethos faisait le bonheur des peuples, tout en se contentant de vérités naturelles et de vertus humaines K
En 1732, c'est-à-dire l'année même qui suivait l'apparition de Sethos, l'abbé Prévost publiait son Cleveland, ce Cleveland que Jean-Jacques lira bientôt avec toute son âme, à la fois furieuse et attendrie 2. Cleveland disait les mômes choses que les truchements de Terrasson, mais avec une insistance plus précise. Il annoncé aux Abaquis le Dieu de la nature et de la conscience, qui ne réclame d'autre culte que celui de la fraternité des coeurs, et n'a pas de peine à réveiller cette religion primitive chez ces âmes « simples où régnent la droiture et l'innocence ». Ainsi, lorsqu'on atteint la « nature » authentique, elle apparaît comme foncièrement bonne, supérieure à tous les systèmes et à toutes les religions, ou plutôt étant elle-même une religion, la plus ancienne et la seule vraie. « Suivre l'inspiration droite de la nature », devient la règle morale qui résume toutes les autres : « J'étais persuadé, dit Cleveland, que les mouvements simples de la nature, quand elle n'a point été corrompue par l'habitude du vice, n'ont jamais rien de contraire à l'innocence; ils ne demandent point d'être réprimés, mais seulement d'être réglés par la raison 3 ». C'est sans doute moins théâtral que les affirmations solennelles : (( tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses », ou encore <c l'homme est naturellement bon^ »: mais c'est dune presque aussi ferme assu-
1. Sethos [228], II, 207. I, i", ; cf. encore II, 173, 257 etsuiv., etc.