Emile, II, 3; Discours sur Vinégaliié, I
rance. Jean-Jacques a compris de bonne heure la portée de ces principes de Prévost; et c'est à travers Cleveland que ce jeune homme de vingt-sept ans a, pour la première lois peut-être, pressenti son système.
Dans Cleveland, j'observe la nature,
Qui se montre à mes >^ux touchante et toujours pure '.
Ces idées de morale universelle, de religion primitive, de nature innocente, deviendront de plus en plus pour lui des idées maîtresses. Mais au moment où nous sommes parvenus, il n'en a pas encore développé toutes les conséquences; il reste, non seulement très religieux, mais clirétien sans réserve, et même catholique fidèle. Si quelques-unes de ses lectures ont pu déjà le conduire à certains doutes, ou lui conseiller certaines libertés, elles sont, en quelque sorte, neutralisées par le courant généra' qui les emporte. Et ce courant est chrétien. Quelque tendresse qu'il ait pu donner à tel ou tel livre, n'oublions pas que celui qui, dans sa pensée, les coordonne et les domine tous, et sur lequel, au fond du cœur, il les juge tous, c'est le livre du P. Lami, dont « il a fait son guide ». Les Entretiens sur les sciences ik; lui ont pas seulement fourni un plan d'études -, ils n'ont pas seulement développé chez lui le goût de la lecture méthodique et plume en main, ils lui ont donné une conception de la vie; ils lui ont appris à regarder plus haut que l'acquisition immédiate du savoir, à subordonner les recherches de l'intelligence à un idéal, qui seul les justifie ou les excuse. « Ce qu'il y a de particulier ici, disait le P. Lami dans son Introduction ', c'est que l'on forme un savant par rapport à la religion. On lui apprend à regarder Dieu dans ses