‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 104 sur 241 · Confessions, VIII · texte numérisé non relu

Confessions, VIII

4. Lettre du 18 août 1756, X, 130 : cf. Profession de Joi [47], 213-219.

plus recueillies de sa jeunesse; et le témoignage des Confessions se trouve confirmé par un autre document, que j'ai publié naguère, et dont l'authenticité paraît certaine. C'est une Épitre aux religieux de la Grande-Chartreuse, qui ne vaut pas mieux, peut-être moins, que les autres vers de Jean-Jacques, mais dont l'émotion et la sincérité font le prix. Le solitaire des Charmettes a trouvé au « Désert » une solitude moins riante que celle de son « Verger »; mais il a senti la séduction de l'ascétisme chez ces religieux « de bronze », qui n'ont « plus rien d'humain »; il leur a envié les « chastes plaisirs » de leurs vertus, mais surtout la sécurité de leur salut; et il a entendu l'appel silencieux qu'ils lui adressaient, de « consacrer à Dieu le reste de ses jours », — heureux, pensait-il.

Trop heureux, si je puis, en vivant comme vous, Obtenir ses faveurs et calmer son courroux.

Votre ennemi vaincu, honteux de sa défaite,

Ne revient plus troubler cette douce retraite.

Tranquilles sur le sort de votre éternité.

Vous voyez commencer votre félicité;

Et, de mille remords mon àme déchirée,

Aux flammes, aux démons, craint d'être un jour livrée i.

On sent l'angoisse et le tragique de cette plainte. Elle est d'autant plus inattendue, que toutes les amitiés dont Jean-Jacques était alors entouré auraient dû, semble- t-il. le prémunir contre cet affolement. Il avait pour les « Révérends Pères Jésuites » le plus confiant respect; et ceux-ci, on l'a vu, le lui rendaient en affection ; ils venaient le voir et l'encourageaient dans son travail. L'un d'eux, le P. Heniet, était son confesseur; ce n'est pas lui, laut il le dire, qui aurait accablé une âme jeune sous une terreur stérilisante. Ce n'est pas non plus Mme de Warens, elle qui ne voulait voir que des figures dans les menaces des textes sacrés, et qui se contentait du purgatoire. Au reste, Jean- Jacques est le premier à le constater. Il nous dit même

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