Aux religieux de la Grande-Charlreusc
que c"est « Maman » et leur commun confesseur qui ont apaisé ses craintes et font remis <( dans une bonne assieVte ' ». Mais on comprendrait mal comment, sous leurs yeux, de pareilles frayeurs avaient pu s'infiltrer dans l'âme de leur jeune ami, y grandir et la bouleverser, si cette crise ne manifestait pas en même temps l'indépendance de Jean-Jacques dans l'élaboration de sa conscience religieuse. Au « verger des Charmettes », ses vrais maîtres ne sont déjà plus les jésuites et sa chère u Maman »; ce sont ses livres, et son cœur éclairé, troublé, ou stimulé par eux. A travers les émois douloureux ou les suggestions rassurantes qu'ils lui apportent, Jean-Jacques s'achemine vers une conception personnelle — ce qui ne veut pas dire originale — de la vie et de Dieu. Dans la pièce même que j'ai citée; oîi la pensée de l'enfer met comme un frisson d'épouvante, d"autres sentiments apparaissent, qui permettent de comprendre où il trouvera les apaisements décisifs. Sans cesse, gémit-il aux moines de la Grande- Chartreuse,
Sans cesse je combats la grâce et la raison. Hélas! que n'ai-je vu le monde par vos yeux. Ou que n'ai-je plutôt approché de ces lieux! Vous en avez banni la fraude et ri(nposlure, La grâce seule y règne, et la simple nature. Là, chacun consultant la raison et la foi. Fuit le mal, fait le bien, et vit selon la loi.
Vieux sapins, qui voyez revivre l'innocence Que le monde autrefois connut dès sa naissance, Cachez-moi tellement sous un feuillage épais, Que mon guide égaré ne me trouve jamais.
Le poète qui a écrit ces vers n"a pas encore fixé son idéal : la peur de la damnation l'étreint, et sa foi, comme ses remords, le font soupirer après la purification de la « grâce », sans doute; mais il croit aussi en la « raison », ou, pour l'appeler d'un nom plus touchant, il croit en la nature, « la simple nature », celle qui se découvre dans la