Confessions, VIII
solitude aux cœurs vertueux, et qui peut faire « revivre l'innocence » des âges primitifs. Cette foi en la nature et en sa bonté, le P. Lami ne la partageait certes pas; mais nous avons vu que d'autres livres, familiers à Jean-Jacques, la lui insinuaient. De ce qui n'était chez plusieurs qu'une formule abstraite et tout intellectuelle, il fait une croyance émue, qui enchante son imagination et qui lui révèle à lui-même, parmi les remords de ses fautes, <( l'innocence » profonde de son cœur.
Beaucoup plus que les affectueuses exhortations de Mme de Warens ou d'un confesseur, cette foi grandissante aura mis peu à peu sur les angoisses d'une conscience maladive son optimisme et sa sérénité. Plus tard il sentira qu'avec cette confiance en la bonté "de la nature, « la base du christianisme vulgaire est ébranlée ' » ; et nous verrons alors comment il essaiera de concilier sa philosophie et son christianisme en une môme religion. Pour l'instant, sa philosophie, qui n'est pas encore un système, mais plutôt aspirations et instincts, ne l'empêche pas de se mouvoir à l'aise parmi les pensées, les sentiments et les désirs où se complaît une àme chrétienne. Il nous reste, pour en témoigner, quelques pages encore ti'op peu connues, fort belles pourtant, et qui rendent, si l'on peut ainsi parler, un son unique dans l'œuvre de Rousseau. Ce sont deux grandes prières, rédigées par lui entre vingtquatre et vingt-huit ans, et dont le manuscrit autographe nous a été conservé -.
On connaît le charmant récit des Confessions, où Rous-' seau nous entraîne avec lui, « par le verger voisin », sur la côte des Charmettes, pour saluer d'un hommage matinal « l'auteur de cette aimable nature, dont les beautés étaient sous ses yeux » : « Mes prières, dit-il, étaient pures, et dignes par là d'être exaucées. Je ne demandais pour moi, et pour celle dont mes vœux ne me séparaient