‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 108 sur 241 · Confessions, VIII, 168-16'J · texte numérisé non relu

Confessions, VIII, 168-16'J

l'est pas moins. 0 mon Père, mon cœur se plaît à méditer sur la grandeur de vos bienfaits ; il y trouve mille sources intarissables de zèle et de bénédictions. Quelle bouche pourrait faire dignement rénumération de tous les biens que j'ai reçus de vous? Vous mavez tiré du néant, vous m'avez donné l'existence, vous m'avez doué d'une âme raisonnable, vous avez gravé dans le fond de mon cœur des lois à l'exécution desquelles vous avez attaché le prix d'un bonheur éternel, lois pleines de justice et de douceur, et dont la pratique tend à me rendre heureux, même dès cette vie. Vous avez attaché des douceurs à mon sort sur celte terre; et. en exposant devant mes yeux le spectacle touchant et magnifique de ce vaste univers, vous n'avez pas dédaigné d'en destiner une grande partie à ma commodité et à mes plaisirs. 0 sublime bienfaiteur, vos bienfaits sont infinis comme vous; vous êtes le Roi de la nature, mais vous êtes le Père des humains.... 0 mon Créateur, mon cœur s'excite, par la contemplation de toutes vos grâces et de tous vos bienfaits, à vous otl'rir des actions de grâces et des remerciements propor- tionnés : agréez-les dans la plénitude de votre miséricorde. 0 mon Dieu, pardonnez tous les péchés que j'ai commis jusqu'à ce jour, tous les égarements où je suis tombé; daignez avoir pitié de mes faiblesses, daignez détruire en moi tous les vices où pelles m'ont entraîné. Ma conscience me dit combien je suiscou- ' pable : je sens que tous les plaisirs que mes passions m'avaient représentés dans l'abandon de la sagesse sont devenus pour moi pires que l'illusion et qu'ils se sont changés en d'odieuses amertumes; je sens qu'il n'y a de vrais plaisirs que ceux qu'on goûte dans l'exercice de la vertu et dans la pratique de ses devoirs. Je suis pénétré de regret d'avoir fait un si mauvais \}^ usage d'une vie et d'une liberté que vous ne m'aviez accordéesque pour me donner les moyens de me rendre digne de l'éternelle félicité. Agréez mon repentir, ô mon Dieu!.... Je me souviendrai que vous êtes témoin de toutes mes actions, et je tâcherai de ne rien faire d'indigne de votre auguste présence. Je serai indulgent aux autres et sévère à moi-même, je résisterai aux tentations, je vivrai dans la pureté, je serai tempérant, modéré en tout, et je ne me permettrai jamais que les plaisirs autorisés par la vertu...; je me détacherai, autant qu'il me sera possible, du goût du monde, des aises et des commodités de la vie, pour

m'occuper uniquement devons et de vos perfections infinies

Je me préparerai à la mort, comme au jour où je devrai vous

rendre compte de toutes mes actions, et je l'attendrai sans eflVoi, comme l'instant qui doit me délivrer de l'assujettissement au corps et me rejoindre à vous pour jamais. En un mot, 6 mon souverain Maître, j'emploierai ma vie à vous servir, à obéir à vos lois et à remplir mes devoirs : j'implore vos bénédictions sur ces résolutions, que je forme de tout mon cœur et avec un ferme propos de les exécuter, sachant par une triste expérience que, sans les secours de votre grâce, les plus fermes projets s'évanouissent, mais que vous ne la refusez jamais à ceux qui vous la demandent du cœur, et avec humilité et ferveur. J'implore les mêmes grâces, ô mon Dieu, sur ma chère maman, sur ma chère bienfaitrice, et sur mon cher père. Accordez-leur, Père des miséricordes, tous les secours dont ils ont besoin; pardonnez-leur tout le mal qu'ils ont fait, inspirez-leur le bien qu'ils doivent faire, et leur donnez la force de remplir et les devoirs de leur état et ceux que vous exigez d'eux. Souvenezvous généralement de tous mes bienfaiteurs; faites retomber sur leurs tètes tous les biens qu'ils m'ont faits ; accordez de même l'assistance de vos bénédictions divines à tous mes amis, à ma patrie et à tout le genre humain en général : souvenez-vous, ô mon Dieu, que vous êtes le Père commun de tous les hommes, et ayez pitié de nous tous dans la plénitude de vos miséricordes.

Ampleur des images et des perspectives, grands mots, qui recouvrent de grands sentiments, frémissement délicieux de tout l'être au contact d'un idéal purifiant, douceurs du spectacle terrestre et visions de l'au-delà, qui tempèrent l'amertume des fautes et la crainte du péché, — l'éloquent poète qui écrivit cette « élévation » avait l'àmc naturellement religieuse, je veux dire qu'il trouvait dans la religion son plus haut plaisir. On comprend aussi qu'il ait pu appeler « séjour de l'innocence^ » la maison où de telles prières étaient possildes. Le jeune homme qui dit à Dieu : « répandez votre sainte bénédiction sur notre union, qu'elle serve à nous exciter-mutuellement à vous servir- »; celui qui promet à Dieu : «je vivrai dans la pureté », ne saurait être l'aimable polisson qui se divertit

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