Première prière
quotidiennement avec une dame un peu mûre. Si sa (c Maman )> a naguère été pour lui autre chose, elle n'est plus aujourd'hui que « sa chère bienfaitrice »; et ils peuvent prier ensemble.
Les lecteurs du Vicaire Savoyard retrouveront le Dieu de Rousseau dans ce « Roi de la nature », qui présente à notre admiration « le spectacle touchant et magnifique de ce vaste univers », dans ce « Père des humains », ce « sublime bienfaiteur », qui a fait la terre pour « notre commodité et nos plaisirs i »; mais ils sentiront aussi dans cette prière une ferveur proprement chrétienne, et, pour tout dire, une piété que Jean-Jacques ne connaîtra plus. 11 n'est pas alors hésitant, comme il le sera plus tard, sur la possibilité de la création- : « Quelque magnificence qui règne dans la construction de ce vaste univers, je conçois qu'il n'a fallu, pour le sortir du néant, dans toute sa perfection, qu'un instant de votre volonté »; il ne ci^oit pas encore que demander à Dieu son aide et sa protection soit « un vœu téméraire » presque outrageant ^1 non, il prie, au plein sens du mot; il demande le secours d'en haut, et les « bénédictions divines » sur lui et ceux qui lui sont chers; il implore « la grâce » ; et il le fait avec un repentir, avec une ardeur d'humilité, avec un sentiment de la misère humaine, et de la sienne en particulier, qui deviendront tout théoriques chez le Rousseau de la maturité, et ne lempécheront pas de traiter d'égal à égal avec Dieu. Amour de la retraite, de la solitude, résignation, mortification des sens et de la volonté, pardon des injures, chasteté, — tout l'idéal chrétien semble s'épanouir dans cette prière.
Et cependant comment ne pas remarquer que, de cette prière chrétienne, Jésus-Christ est absent, non pas seulement son nom, mais ses sacrements, ses saints et son Église. Jean-Jacques, qui croit sa dernière heure venue,