Id
commence son testament par invoquer « Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Très-Sainte Vierge et les saints Jacques et Jean, ses patrons » ; mais, quand sa piété s'exprime librement, en dehors des formules traditionnelles, il semble que le Christ lui devienne inutile, et qu'il n'ait plus besoin d'aucun intermédiaire pour s'adresser au « Père commun de tous ». Et puis, si le repentir de ses fautes, si le sentiment de sa faiblesse l'émeut, la crainte du châtiment ne le trouble point. Dès maintenant, il ne doute plus de son salut, et « il attend la mort sans effroi », comme la réunion avec Dieu dans réternelle félicité. Dès maintenant, Jean- Jacques est délivré de cette peur de l'enfer qui l'a tant affolé. Inconsciemment peut-être, le déisme s'élabore en lui.
On aura remarqué que, dans cet appel des « bénédictions divines » sur « le genre humain en général », Jean- Jacques n'a pas oublié « sa patrie ». Il était juste que Genève ne fût pas absente d'une prière où l'on reti^ouvait si indéniable le souvenir de ses enseignements. Je ne dis pas que le souvenir fût conscient, ni surtout intentionnel. Jean-Jacques est encore catholique déclaré : s'il garde à sa patrie une place dans ses prières, comme dans ses poésies, c'est pour lui témoigner sa tendresse fidèle, aussi pour affirmer son souhait qu'elle reprenne. un jour « la foi de ses aïeux ' ». Souhait involontairement ironique! Il y aura bientôt dans Genève un retour à la foi nationale; mais ce sera celui de Jean-Jacques; et, dès à présent, on pourrait deviner qu'il n'aura pas beaucoup à faire pour en retrouver le chemin. N'est-ce pas de Genève, en effet, que lui vient le goût de ces grandes prières où l'âme chrétienne converse un peu verbeusement avec son Dieu? Sans doute, la piété catholique n'a rien qui y répugne, mais elle trouve dans sa liturgie traditionnelle une telle richesse d'hymnes, de proses et de cantiques, qu'elle réserve les prières en langue vulgaire pour l'intimité de l'oratoire. 11