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L ENFANCE CALVIMSTE 5
prcinirre ' ». L'athée lui paraît aussi monstrueux quau magistrat du Conlral social; on n'ose plus le brûler, mais on l'expulse ou on le séquestre. En 1740, on rayiporlc au -Magnifique Conseil qu'un tailleur d'habits « a dit dans une cave, en présence de beaucoup de gens,... qu'il n'y avait point de Dieu et que tout ce que les ministres prêchaient était des fables ». Sur-le-champ, le blasphémateur a été « réduit dans les prisons m; on lui a fait<( demander pardon à Dieu, genoux en terre, et il a été renfermé dans la maison de correction, pour y vivre de son travail pendant le bon plaisir de la Seigneurie- ». La police genevoise était devenue peut-être plus indulgente qu'au siècle précédent pour des plaisanteries sans malice; et le gamin qui se risquait à dire, en entendant le tonnerre, que «; Dieu roule ses tonneaux )>, ou que « Notre-Seigneur brasse ses noix », n'était plus, que je sache, battu de verges sur la place publique"; mais l'impiété n'en restait pas moins un crime civil et puni comme tel. En 1707, un citoyen exprime publiquement son incroyance. On le « suspend de sa boui'geoisie »; et, comme « il persiste dans ses sentiments », le Conseil le condamne « à la cassation de sa bourgeoisie, au bannissement de la ville et des terres ''^ ». Aussi les libertins sont peu nombreux dans « la ville sainte ». 11 y en a pourtant; et les pasteurs les dénoncent en chaire. Ce sont gens qu'on voit rarement au temple, et qui, dans les conversations intimes, laissent deviner, à l'occasion, leur indifférence dogmatique et leur irrespect pour les gens d'Eglise. C'est à eux que songeait le professeur Bénédict
1. Confession de foi, ^ 39, à la suite du recueil : Les psaumes de David, retouche: sur la version de Marot et De Bèze..., avec la liturgie, le catéchisme et la confession de foy, Londres, pour Jean Caillout' et Jacques Levi, 1701, iu-12, p. 105.
2. Rep,-istrcs du Consisloire, 2 et •) juin 17U) (aiïaire Maltev) [128], LXXXIII, 22.5 et 227.
3. Affaires d'Etienne Tissot (IGÛ7), de Jean Bocard (1051) : cf. Picot, Histoire de Genève [528], 111, 129-131.
4. Séance du 15, juin 1707 [127], CCVII, 554. 11 s'agit du S' André- Uobert Vaudenet, dont je rappelle, quelques pages plus loin, la rétractation.
Pictet en composant son Traité contre l'indifférence des religions ' ; et c'est pour eux aussi que Fabri et Barillot, en 1715, ont réimprimé -à Genève le Dictionnaire de Bayle. \'ainement la Compagnie des pasteurs, informée de l'entreprise, avait invité le Conseil à ne pas autoriser dans la ville de Calvin cette encyclopédie pyrrhonienne, ce répertoire d'obscénités et de railleries frivoles, où les impies allaient chercher leurs meilleures armes; le Conseil avait d'abord obéi, puis il avait eu scrjipule de ruiner des libraires genevois; il avait fait observer, en manière d'excuse, que « jamais auteur n'avait peut-être mieux attaqué la religion romaine »; finalement, malgré « une réponse très forte, très pathétique et très touchante » de la Compagnie, il s'était résigné à « fermer les yeux et à tolérer cette impression, moyennant qu'il ne parût pas qu'elle avait été faite dans cette ville ». On mit donc Rotterdam sur la couverture-, solution un peu hypocrite, mais qui sauvait « l'honneur » de la cité. Quelques années après, pour la plus grande amertume des pasteurs, « on donnait à lire le Dictionnaire de Bayle » dans les cafés de Genève : c'était encore des cafés sérieux 'K
Au reste, les libertins genevois, en ces premières années du xviiie siècle, ne ressemblent guère à ceux de Paris. Non seulement ils sont rares, comme le constatent avec fierté les pasteurs; mais ils n'écrivent point, ne font point d'apostolat, et ne cherchent point les succès mondains, que, d'ailleurs,^ ils ne trouveraient pas; car, disent encore les pasteurs, « c'est une consolation pour les gens de bien, de voir que ce caractère soit chargé du mépris public^ ». Cet isolement du libertin genevois,
1. 1092 [173 bis]. Nouvelle ('dit. corrigée et augmentée, Genève, Cramer, 1710, in-12.