‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 116 sur 241 · Confessions, VHI · texte numérisé non relu

Confessions, VHI

Ce n'était pourtant pas un milieu « libertin » que la maison de M. le Grand-Prévôt de Lyon, où Jean-Jacques allait entrer comme précepteur. L'abbé de Mably et l'abbé de Condillac, qui se montraient quelquefois chez leur frère, et marquaient,.d"aillcurs, à Jean-Jacques une bienveillance tout amicale, auront beau devenir plus tard des « philosophes » en titre, ils ne seront jamais des « esprits forts »; et le sensualisme de Condillac" s'accommodera toujours, du moins dans ses déclarations officielles, avec l'orthodoxie. Au moment où Jean-Jacques leur est présenté, ces jeunes gens n'ont encore rien publié; et leur conversation est, sans doute, inoffensive pour sa foi. Mais une amitié plus dangereuse l'atlend. Voltaire écrira à Charles Borde, le 13 septembre 1771 : « Mon cher philosophe, il me semble que je pense absolument comme vous sur tous les objets qui valent la peine d'être examinés' ». Je crois bien que, trente ans plus tôt, Borde « pensait » déjà comme Voltaire, et comme son « Mondain ». « Désabusé de la chimère de l'âge d'or », il se refusait à déclamer contre la civilisation moderne, frémissait aux seuls noms de « superstition » et d' « ignorance », célébrait le luxe et le commerce, qui font vivre les États en détournant leurs sujets d'une oisiveté périlleuse, bénissait les lettres et les arts « d'avoir doré les liens qui nous unissent, orné la scène du monde et multiplié les bienfaits de la nature - ». Lui-même s'exerçait (( aux jeux du Parnasse^ ». Quand ils auront bien compris l'un et l'autre l'irréductible opposition de leurs idées, Borde et Rousseau deviendront ennemis ^ Mais, en 1740, le

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