Confessions, VIII
littérateur novice qui arrive des Charmettes se laisse séduire par ce bel esprit. Brave homme, du reste, et serviable, Borde accueille avec indulgence les premiers vers de Jeaiï-Jacques, l'encourage, lui témoigne des bontés qui ne sont pas S(>ulomcnt littéraires, et que l'auteur du Discours sur les sciences et les arts sera lui-même obligé de confessera Mais ces « bontés » ont leur revers : elles introduisent Jean-Jacques dans un nouveau monde de pensées. La vie lyonnaise achève ce dépaysement. <( Ville heureuse «, et fière de sa richesse, où les arts sont comme la suprême floraison du luxe,
Lyon, séjour charmant des enfants de Plutus,
lui révèle, pour la première fois, «des douceurs de la vie >■>, entendez les plaisirs du goût et les attraits de l'opulence -. Cette révélation ne se fait pas sans émoi ni sans révolte. Au souvenir de « ses chères Charmettes », où il avait vécu pauvre, mais si heureux, où il avait cru retrouver Tage d'or dans la simplicité d'une (* innocente vie », « son cœur sc^ serrait ^ ». One choisir, de la civilisation ou de la nature? du luxe ou de la i)aix des champs? L'idéal caressé sous les ombrages du vergcu* ami ne serait-il qu'une « vaine chimère »? Quand encore les Confessions ne nous auraient pas raconté la détresse morale de Jean-Jacques à cette heure de crise, les deux épîtres que nous a values son séjour à Lyon suffiraient à nous la faire soupçonner. Elles seraient incohérentes, si elles n'étaient d'abord anxieuses, et peut-être ironiques, ou, du moins, amères. Je deviens sage, dit Jean-Jacques à ses deux amis lyonnais. Borde et Parisot; je deviens sage, et c'est Lyon qui m'a converti à la sagesse. Je ne suis plus le « Don Quichotte helvétique », rêveur un peu naïf, épris de bucolique primitive, d'égalité républicaine et de vertu à la genevoise. Je respecte les grandes forces sociales, l'industrie comme la noblesse ; je