‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 118 sur 241 · Lettre à Borde, de mai 1753 [93], H · texte numérisé non relu

Lettre à Borde, de mai 1753 [93], H

2. Épîtres à Borde et à Parisot, VI, 11, 15. --3. Confessions, VIII, 103.

LE MALAISE « PHILOSOPUIQUE ». 133

ne m'attendris plus sur les misérables, qui ne sont trop souvent que de vils et vicieux oisifs; je conçois la bienfaisance du luxe;

J'apprends à cultiver les douceurs de la vie.

Il dit tout cela; mais, au moment même où il semble renier son idéal d'autrefois, il l'exprime avec un tel accent qu'on ne peut douter que cet idéal soit encore vivace : Ah ! la vertu des anciens âges, la vie conforme à la nature, innocente et simple jusqu'à la pauvreté, la vie obscure et libre d'un citoyen de Genève! chimères, si Ion veut, ou félicités surannées! mais combien i)uissantes encore sur son âme M Ainsi ces deux épîtres sans art, mais d'une sinj cérité si précieuse, nous laissent deviner, chez le Rousseau d'alors, ce qu'il appelle lui-même son « cœur plein de trouble- )•. Ce n'est pas un trouble proprement religieux; mais qui ne voit que, dans ces rétlexions générales sur la valeur et le sens de la vie, la religion est déjà impliquée? La philosophie du « Mondain » et l'impiété d' « Uranie » sont solidaires, à tout le moins voisines. Jean-Jacques ne risque-t-il pas de glisser de Tune à l'autre? 11 ne paraît pourtant pas avoir senti que cette sagesse plus humaine pouvait entamer son christianisme. En apparence, sa foi reste entière. Les quelques traits qu'il décoche aux dévots — traits innocents, d'ailleurs, et familiers à tous les moralistes, — ne l'empêchent point de se dire catholique en toute simplicité, et de constater, sans tristesse, qu'il a fait à sa « foi », et « pour toute sa vie », le suprême sacrifice, ^ celui de sa « patrie'' ». L'épître où il s'affirmait ainsi est du 10 juillet 1742. Trois mois auparavant, il avait été plus explicite encore. Un moine antonin, le P. Boudet, qui réunissait des matériaux pour une biographie de M. de Bernex, était venu achever son enquête à Chambéry et interroger lui-même la plus illustre des converties de

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