Id., VII r
Illumination brillante, Peintures d'une main savante.
Parfums destinés pour les dieux, Mais dont la volupté divine Délecte l'humaine narine, Avant de se porter aux cieux,
l)omi)c des autels, luxe des lleurs, « musique ravissante », qui unifie la diversité de ces inqiressions, — Jean-Jacques jouit de tout cela par « tous les sens ' ».
Ce n'est point là de la piété; mais c'est de la sensibilité catholique ; et l'homme qui sent ainsi n'est pas encore sur le chemin qui retourne à Genève. II est, d'ailleurs, possible que la vie religieuse de Rousseau ne se soit pas alors l)ornée à ces jouissances d'amateur. Une amitié lui était venue, qui devait être, semble-t-il, pour sa vie chrétienne, comme un préservatif et un cordial. Don Manuel Ignacio Altuna- n'avait que vingt-deux ans, quand Jean-Jacques fit à Venise connaissance avec lui; mais sa maturité pré-coce d'Espagnol supprimait entre eux la différence des générations; c'était même l'aîné des deux qui regardait le plus jeune comme un « sage)). Altuna était pieux, plus que pieux, dévot comme peut l'être un Biscaïen, lisant son office et récitant le rosaire, chaste, méthodique, très maître de lui; au demeurant, gai, vif, l'esprit souple, libre, et d'une instinctive tolérance. C'était « une âme forte )^ et séduisante à la fois; et l'on comprend que Rousseau se soit paré de cette amitié comme d'une caution qui lui faisait grand honneur : « Nous disputions toujours, disent les Confessions ; tous deux opiniâtres, nous n'étions jamais d'accord sur rien' », ce qui laisserait croire que les conceptions théologiques de l'un et de l'autre devaient souvent se heurter. Quelques lignes plus loin, Rousseau ajoute, il est vrai, qu'Altuna se refusait par principe à toute controverse comme à tout prosélytisme religieux.
1. Franmciil d'une cjàlrr à M. Borde, VI, 7-8; Confession!^, VIII, 223.
2. SurAItuna, cf. la note de M. Eugène Rilter [84], III, 100-191.