Confessions, VIII
LE MALAISE « PniLOSOPBIQUE ». 141
l'entremise de Diderot, môme avant que son nom fut connu », et que Jean-Jacques n'avait pas su « résister à ses caresses ». La fortune de ce baron allemand l'effrayait un peu ; mais le Baron était brave homme, et savait se faire pardonner ses écus par une bonté ingénieuse et un grand respect des lettres. Jean-Jacques se laissa séduire et fut désormais de la maison '. D'Holbach avait alors vingtcinq ans à peine; ses premiers convives étaient jeunes aussi, tous, ou presque tous, plus jeunes que Rousseau. La plupart, comme lui, arrivaient de leur province; mais ils s'étaient très vite adaptés à leur nouveau milieu, et ne pouvaient plus se représenter la vie sans les plaisirs, raclivité et la trépidation de Paris. Ils avaient beau être les cadets de Jean-Jacques, ils étaient moins novices que lui, et portaient avec eux cette assurance que donne le sentiment de savoir où l'on va et de représenter une force.
Dans cette opulente et cordiale maison, où ils trouvaient une tal)le parfaite et un cercle de libres causeries, ils traitaient déjà, sansdoute, les grands sujets inépuisables: ils parlaient «d'art, de poésie, de philosophie et d'amour,... du sentiment et du ver de l'immortalité, des hommes, des dieux et des rois, de l'espace et du temps, de la mort et de la vie- ». Ce qu'ils en disaient alors, faudra-t-il déjà le demander au Christianisme dévoilé, au Système de la nature, et aux autres professions de foi philosophiques qui sont sorties, quelque vingt ans après, de cette très productive officine, mais qui ont dû être sinon rédigées, du moins parlées et vécues, bien auparavant? Ce serait peut-être une reconstitution imprudente. Si hardis que fussent ces jeunes esprits, ils n'arrivèrent pas du premier élan au bout de leurs idées. Même dans ces conversations si abandonnées, il leur fallut un certain entraînement, et comme une griserie de paroles, pour oser les dernières négations. Mais qu'elle gardât ou non une façade déiste, leur philo-