Discours prélimindii • de la Promenade [100], I
3. Pensées philosophiques [2b4j, 153; Suffisance de la reVujion nalurclle [100], I, 264-269.
la voix de la nature, et qu'ils recommenceront enfin d'être simples et vertueux ' ». Quinze ans avant le Vicaire Savoyard, c'est déjà sa religion, et, à peine plus âpre, son accent. Mais, chez Rousseau et chez Diderot, ce mot de nature évoque-t-il les mômes idées et les mômes imagf-s? Est-ce le même appel que « la voix de la nature » porte à chacun d'eux? Je me représente volontiers Jean-Jacques pleurant d'admiration quand son ami, visité par l'enthousiasme, invoquait la nature « d'une voix altérée » : (c 0 nature, toul ce qui est bien est renfermé dans ton sein. Tu es la source féconde de toutes vérités - ». Mais, dans cette invocation à laquelle il s'associait, ne mettait-il pas une autre pi(Hé? Il U' sentira plus tard; et, dès à présent, il s'aperçoit p(MU-(Mrr ipie leur (( interprétation de la nature » ne concordera pas toujours. Les maîtres des Charmettes, les Abbadie, les Clarke, les Pluche, les Barbeyrac, lui ont appris « qu'il y avait au fond de nos cœurs un principe inné de justice et de vertu », qui réunissait tous les hommes de tous les pays et de tous les temps dans l'affirmation d'une môme loi morale-'; et l'on ne voit i)as qu'il en ait jamais douté, tandis que, dès ses premières déclarations publiques, l'annotateur de Shaftesbury n'hésitait pas à se joindre « au sceptique Montaigne pour déterrer en quelques coins du monde des coutumes opposées aux notions de la justice M : « On ne saurait nommer aucun principe de morale, ni imaginer aucune règle de vertu, affirmait-il, c[ui, dans quelque endroit du monde, ne soit méprisée oii contredite par la pratique générale de quelques sociétés entières * ». Quatre ans plus tard, sous une autre forme, Diderot reprenait cette analyse dissolvante de la morale traditionnelle. La morale des aveugles, (c si différente de la nôtre », où la pudeur est non seulement inconnue mais inconcevable, lui servait à troubler ses lecteurs dans leur