Essai sur le mérite et la vertu [263], 76-77, note
LE MALAISE « PniLOSOPHIQUE ». 149
confiance en des principes qu'ils croyaient peut-être universels et conformes au plan divin K
Enfin il ne semble pas que jamais Jean-Jacques ait pu se représenter la nature autrement que couronnée, vivifiée, expliquée par un Créateur ^ et une Providence. Mais son ami Diderot a tellement « élargi Dieu ^ » qu'il l'a fait évanouir à l'horizon. Peut-être encore en prononce-t-il le nom; mais là même où il le proclame, ii le relègue déjà parmi les hypothèses inutiles. La XXI' Pensée philoso plaque, qui troublera tant Jean-Jacques, et qui sera, selon lui, « ce que l'on a jamais dit de plus fort sur l'arrangement fortuit de l'univers », semble bien admettre que le monde peut s'expliquer par lui-même, et que » l'esprit doit être plus étonné de la durée hypothétique du chaos que de la naissance réelle de l'univers '^ ■>. La Lettre sur les aveugles précisera cette insinuation. L'aveugle Saunderson se refusera à se laisser convaincre par la belle ordonnance de l'univers qui lui échappe, et se risquera à supposer c{ue <( bien des mondes estropiés et manques » se sont « dissipés et reformés, avant d'avoir pu s'organiser en ce monde où nous vivons et qui a pu persévérer"^ ».
. Toutes ces suggestions ne ressemblaient guère à celles de Sainl-Aubin, de Claville, de Pluche ou du P. Lami, et devaient laisser Jean-Jacques étourdi et rêveur. La dialectique de Diderot finissait-elle par le conquérir? regimbaitil contre ces déconcertantes hypothèses préférait-il ne pas y réfléchir? On peut difficilement répondre à ce