‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 133 sur 241 · Lettre sur les avewjles [100], I · texte numérisé non relu

Lettre sur les avewjles [100], I

d50 LA FORMATION RELIGIEUSE DE ROUSSEAU.

questionnaire, et nous ne pouvons préciser la date de sa révolte ouverte contre la philosophie de Diderot. A serrer de près le récit des Rêveries ' et d'autres aveux de Jean- Jacques, on croit apercevoir que cette révolte est postérieure au premier Discours, postérieure même à la grande réforme de 1752, et que, dans les années précédentes, — intellectuellement, du moins, et plus peut-être par lassitude que par conviction, — il a laissé s'acclimater dans son esprit bien des thèses chères à Diderot. Lorsqu'il écrira dans la Lettre à D'Alembert ^ : « je n'entends point par là qu'on peut être vertueux sans religion; j'eus longtemps cette opinion trompeuse, dont je suis trop désabusé », — il songe évidemment à ses années d'initiation parisienne et « philosophique >'. A aucun moment, d'ailleurs, il n'a dû donner une adhésion formelle et réiléchie à tout le credo de Diderot. Il se sentait seulement « inquiété », « ébranlé », mal à l'aise ; et n'osant pas, sans doute, descendre jusqu'au fond de ses pensées, pour ne pas y trouver des négations qui l'effrayaient, il s'arrêtait à mi-chemin dans une attitude de timidité et d'incohérence, qui allait se prolonger quelque temps encore. Pourtant, au contact de Diderot et des c philosophes », il s'était fait un certain nombre de principes intangibles, dont il n'acceptait pas peut-être les conséquences intégrales, mais qui avaient emporté, sinon tout son passé chrétien, du moins sa foi catholique. Sans qu'on puisse fixer de date pour une évolution qui, vraisembla blement, se fit au jour le jour et sans souffrance, on peut admettre qu'entre 1745 et 1748, il cessa de pratiquer, puis de croire, ou, pour employer le ^tyle de son ami, « il se défit de son bandeau ^ ». Nous en avons quelques témoignages précis, dont les dates sont certaines ou très probables.

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