‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 136 sur 241 · Lettre à D'Alembert, I, 184, note · texte numérisé non relu

Lettre à D'Alembert, I, 184, note

la nature ne ménage pas ses ironies à la prédication catholique : « On prend à tâche, dit-il, dans nos chaires, de nous peindre tous les hommes comme des monstres à étouffer, comme des victimes du démon, dont le commerce n'est fait que pour corrompre le cœur et précipiter dans les enfers. Ce qu'il y a de singulier, c"est, qu'après toutes ces belles déclamations, les mêmes hommes iront nous prêcher gravement l'amour du prochain, c'est-à-dire de toute cette troupe de coquins pour lesquels il nous a inspiré tant d'horreur ^ ». Nous ne nous étonnerons donc point de le voir s'insurger bientôt contre la thèse de la corruption humaine, et contre la morale ascétique qui en découle, dans un couplet de V Allée de Sylvie, où il malmènera ces « fanatiques austères »,

En guerre avec tous leurs désirs, Peignant Dieu toujours en colère, Et ne s'attachant pour lui plaire, Qu'à fuir la joie et les plaisirs -.

Toutes ces révoltes, qui se proclament avec fierté au nom de la nature et de la raison, il n'est pas téméraire d'en rendre responsables Diderot et les « philosophes », ses alliés. 11 semble, qu'après ces quelques années d'étroite amitié avec Diderot et de relations cordiales avec les jeunes volontaires de la troupe encyclopédique, Jean-Jacques soit sur le point de devenir un des leurs, non pas seulement par la collaboration effective, mais par l'esprit.

Mais ici une erreur nous guette, contre laquelle Rousseau lui-même nous met en garde : c'est d'accorder trop d'importance, dans l'élaboration de sa foi ou de son incroyance, aux amitiés qui l'entourent : << Il est peut-être le seul homme au monde, dira-t-il dans les Dialogues ^, des liaisons duquel on ne peut rien conclure, parce que son propre goût n'en forma jamais aucune, et qu'il se trouva toujours subjugué avant d'avoir eu le temps de choisir ».

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