‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 140 sur 241 · Ode à M. le marquis de la Fare · texte numérisé non relu

Ode à M. le marquis de la Fare

Ainsi, à rarrière-plan de la pensée de Jean-Jacques, un tableau enchanteur continue à se dérouler : cest un paysage de nature et d'innocence, qui baigne dans la pensée de Dieu comme dans un ciel. La vie essayera vainement d'en détourner ses regards; le rêve finira par s'imposer un jour, avec une brusquerie d'autant plus victorieuse qu'il aura été refoulé plus longtemps. Car les trois ou quatre années qui précèdent l'illumination de Vincennes sont bien, je crois, les plus artificielles et les plus fiévreusement mondaines de son existence. Il s'est lancé en plein dans la vie de Paris, vie de travail et de fêtes : Francueil l'a introduit chez Mme d'Épinay, et on le trouve aux comédies de la Chevrette, où il fait, du reste, le plus pitoyable acteur* ; le voilà même qui rêve de devenir journaliste, et qui s'essaie lourdement aux ironies parisiennes, en fondant avec Diderot ce rrrsijîeur sans esprit-; il se lait des nuits blanches à préparer ses articles de ÏEncydopédie; il passe par une griserie de labeur intellectuel qui le surmène; « il bouquine, il apprend le grec-' », et déclare à qui veut l'entendre <( qu'il sera toujours beau et utile de savoir '-^ ». J'emprunte encore celte déclaration au Mémoire remis à M. Dupin pour l'éducation de son fils. Il l'avait déjà faite à M. de Mably quelques années plus tôt, mais il la reprend et la confirme par une « digression » un peu longue % où il « développe quelques réflexions qui lui paraissent dignes d'être examinées », et qui surtout lui tiennent à cœur. Ces réflexions sont curieuses et touchantes. Elles sont plutôt des confessions que des réflexions, et témoignent du suprême effort de Jean- Jacques pour tuer en lui le vieil homme, pour s'adapter avec bonne foi, et surtout bonne volonté, à la vie pari-

1. Confessions, Vlll, 243-240; Mémoires de Mme cVÉpinay [141], I, 178-179.

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