A. Mme de Warens, lettre du 17 janvier 1749, X
4. Mémoire [30], 401 ; Projet pour l'éducation de M. de Sainie-Maric, 111,40.
LE MALAISE « PIULOSOPIIIQUE w. ICI
sienne, à la civilisation, aux sciences et aux arts. Il ne veut plus être un « ours », maudit « sa sotte et ridicule timidité », semble regretter ses années de retraite, qui n'ont fait qu'exaspérer ses désirs et sa mélancolie, vante, sans sourire, « le plaisir de commercer avec ses semblables » et l'effet apaisant du monde sur les sensibilités trop vives, car c'est dans le monde qu'on apprend à « tempérer sagement l'ardeur de ses passions par la multiplicité des goûts qui les affaiblissent en les partageant ». Dans son enthousiasme de néophyte, il en arrive à soutenir ce qu'il appelle lui-même « un paradoxe étonnant » — étonnant surtout chez Jean-Jacques — <( qu'il n'y a de gens tranquilles et modérés dans leurs désirs que ceux qui vivent répandus dans le monde ». Si jamais un élève doit lui être confié, il ne sera pas comme «.ces jeunes gens, sortis des mains d'un maître sans goût, qui n'ont jamais ouï parler de Rousseau, de Blavet, de Coypel ni de Girardon, qui ignorent si, depuis les Grecs, il y a eu dans le monde des peintres, des graveurs, des sculpteurs et des musiciens, qui ne connaissent Racine, Molière, Corneille, ni Voltaire que par quelques sèches explications de leur maître, et souvent ne doutent pas qu'il ne soit du bel air d'oublier bien vite tout cela' ». Ces quelque vingt pages de digression, où revient, avec une conviction si complaisante, l'éloge de la culture, du savoir, de l'expérience mondaine, nous offrent comme un mea calpa anticipé du Discours de Dijon. Y verrons-nous une confirmation des racontars de Marmontel sur l'insincérité de ce devofr de rhétorique 2? Certes non. Nous avons vu, au contraire, que la thèse du premier Discours tient par trop de racines aux sentiments les plus anciens et les plus chers de Rousseau. Mais nous avons vu aussi ses tentatives intermittentes pour renier son passé, pour s'insérer, sans souffrance, dans le courant général. Les épîtres à Borde et à Parisot nous ont déjà manifesté