Premier Discours, I
visages necachentpas toujours des âmes très fraternelles, et que sa réserve un peu triste est taxée de « misanthropie farouche ' >k Et puis, derrière ces déboires extérieurs et ces déconvenues sentimentales, il y a les angoisses secrètes; il y a la pensée des enfants abandonnés, les remords qu'on essaie de nier- et qui rongent pourtant : il y a l'incertitude d'une religion qui se dissout, et d'une moralité qui cherclie en vain son appui. A de certains jours, c'est un immense désarroi, qu'il ne peut plus se dissimuler : « le cœur vide et gonflé comme un ballon rempli d'air^ », il sent alors, avec une amertume désenchantée, « cet état d opprobre et de misère ' », où il use son génie.
Mais l'heure vient où toutes ces déceptions informulées, ces remords inavoués, ces inquiétudes sans objet, finissent par saturer lame. La force irrésistible des "visionè d'autrelois, « le lac sur les bords duquel il a passé les douces heures de .son enfance, le charmant paysage où il a vu pour la première fois le majestueux et touchant lever du soleil "^ », le petit presbytère rural au pied du Salève, les voyages du piéton ivre de grand air et de liberté, les nuits à la belle étoile, les discours émouvants de M. Gaime, les promenades « innocentes » avec « Maman », les exhortations du « bon P. Hemet », les prières sur la colline des Charmelles, les attendrissements devant « l'aimable nature », — tous ces souvenirs des temps heureux, exaltés, et, pour ainsi dire, divinisés par le contraste avec le douloureux présent, mettent devant ses yeux comme un paradis qui l'appelle. Toutes ces sources souterraines d'émotion et de piété se rejoignent, font trombe, crèvent le solirop mince qui les recouvre, débordent en bouillon-