‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 148 sur 241 · VIII, 25S · texte numérisé non relu

VIII, 25S

Jacques, de livres nécessaires que ceux de la religion, les seuls que je n'ai jamais condamnés^ ». Et là-dessus, il faisait au roi Stanislas un éloge de rÉvangile, oîi l'on sentait un cœur tout « pénétré de sa beauté ravissante », et presque la piété d'un croyant : « Ce divin livre, disait-il, le seul nécessaire à un chrétien, et le plus utile de tous à quiconque même ne le serait pas, n'a besoin que d'être médité pour porter dans l'âme l'amour de son auteur et la volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage, jamais la plus profonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie et de simplicité. On n'en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu'auparavant - ». ^

Tout cet éloge était comme enchâssé dans un appel à la foi rude et sans art des apôtres. On eût dit la prédication un peu farouche d'un Savonarole. Laissons-là, sécriait-il, les discussions byzantines et les vains systèmes de théologie philosophique, qui introduisent dans l'Évangile ce qu'il est venu précisément détruire : l'orgueil humain et la folie de la science. A cet orgueil scientifique, substituons l'humilité chrétienne. Aujourd'hui, oîi la science s'étend et la foi s'anéantit, sachons nous refaire une âme simple et humblement croyante: allons à la vérité d'un cœur ému. Faisons triompher l'Évangile, non par des disputes savantes, mais par la pratique de la loi, non \tristotelico more, sed piscaiorio^.

Sans doute, il est possible de discerner dans ces élo- (pients sermons quelques indices d'une foi qui n'est pas celle du charbonnier. Après s'être irrité contre les théologiens qui défigurent l'Évangile en leurs doctes systèmes, Jean-Jacques, lui aussi, se laisse prendre à la tentation théologique, en affirmant « qu'il a le bonheur de sentir que l'homme est naturellement bon ^ » — formule qui aura

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