Réponse à M. Borde, 1, 53, note
pu déjà inquiéter quelques lecteurs d'une orthodoxie en éveil. Mais, à ceux qui sont inexperts en théologie, cet accent évangélique, cet éloge de la primitive Église, pourront faire illusion; et il pourra leur sembler, qu'en face de « cette multitude de philosophes qui se piquent de ne point avoir de religion ' », Jean-Jacques se dresse comme un « chrétien », j'allais dire « un prédestiné ^ ».
Chrétien à sa mode, peut-être, mais qui n'entend point se borner à des déclarations sonores, et qui veut se montrer comme un exemple vivant. « S'il était permis, dira-t-il bientôt^, de tirer des actions des hommes la preuve de leurs sentiments, il faudrait dire... qu'il n'y a pas un seul chrétien sur la terre ». Sans essayer de réaliser devant les hommes ce chrétien inlégral, conséquent et introuvable, il veut, du moins, mettre d'accord <( ses actions » et « ses sentiments ». Il a maudit le luxe et la civilisation : il ne veut plus participer à leur fausse splendeur. Cette pauvreté, cette simplicité qu'il a vantées, il veut les faire voir en lui. Une maladie de six semaines oîi la fièvre l'avait maintenu dans l'exaltation, achève de le décider à une grande réforme; réforme un peu théâtrale, dont on a senti surtout l'affectation pharisaïque, mais dont il faudrait sentir aussi la sincérité, le courage, pour ne pas dire rhéroïsme. Ses amis Dupin, heureux d'avoir dans leur maison un homme sur qui la gloire s'est posée, ne demandent qu'à lui dorer la vie : Francueil a fait de ce sermonnaire un caissier bien rente; et il ne tiendrait qu'à Jean-Jacques de s'embourgeoiser, de devenir, dans une aisance progressive, un homme de lettres à la mode, qui divertit les mondains par des paradoxes sans danger. Mais, après avoir goûté quelques mois les douceurs de ce confort, il sent aussi le démenti permanent qu'il infligerait à ses principes; ce qui a été un cri du cœur, et le cri d'un cœur insoumis, deviendrait une manifestation littéraire et