Préface de Narcisse, V
un marché lucratif. Il rend à M. de Francueil les clefs dune caisse qu"il ne veut plus gérer. Adieu, bas blancs, dorure, épée, montre désormais inutile. Pour aller chez toutes les belles dames qui continuent à le cajoler, chez Mme Dupin, Mme de Chenonceaux, Mme de Créqui, Jean- Jacques mettra simplement perruque ronde, bas noirs, bon gros habit de drap ; et c'est même dans ce modeste équipage qu'il assistera, plus glorieux que gêné, à la représentation du Devin du village sur le théâtre de la cour'. Il pourra bien, quelque jour, redevenir homme de lettres, si les besoins de la vérité l'exigent, ou si l'inconséquence d'un instant l'entraîne vers ce théâtre qu'il combat et dont il raffole-; mais, pour gagner sa vie, il ne veut plus dépendre rjuc du travail de ses mains; et le voilà devenu un copiste « à tant la page », un « artisan », comme il aimera s'appeler ^ Cette rusticité reconquise, où il s'installe fièrement, il prend un plaisir de converti à l'exagérer en brutalité : u Je suis grossier, s'écrie-t-il à grand fracas; je suis grossier, maussade, impoli par principes: je me fous de tous vous autres gens de cour; je suis un barbare ^ ». Déclarations déconcertantes, et presque inintelligibles pour tous ces beaux esprits de la capitale, « si polis, si répandus, si biullants, si petits maîtres' », pour tous « les galants philosophes », ses confrères''; et l'on peut se demander comment Jean- Jacques garde encore des amis parmi eux.
Car il ne les ménage guère, et ne se contente pas de la protestation tacite que sa vie leur inflige. Il les attaque