Confessions, VIII
La rcligiou de J. J. Rousseau. — I. 12
tous les jeunes hommes de lettres qui fréquentent chez le Baron. C'est le moment où il est lui-même l'un des familiers de la société holbachique, et où il déclare à Mussard : « Nous pouvons compter sur les lumières et la probité du Baron '■ ». Cette attestation date vraisemblablement de 1753. Une première brouille entre D'Holbach et lui est déjà toute proche; mais le raccommodement la suivra de peu, et elle n'entraînera pas d'autres ruptures. On verra Rousseau choisir M. Grimm pour confident officiel de ses théories sociales ou musicales -, et échanger avec Diderot des aménités publiques. Diderot placera Rousseau en compagnie des plus grands noms du siècle, entre D"Alembert et Voltaire, avec tous ceux auxquels l'avenir appartient ■'. Rousseau reprendra la même énumération dans le Discours sur C inégalité en remplaçant son nom par celui de son ami *. C'est ce que Fréron appelle « un commerce d'encens ». « Ces puissances philosophiques, écrit-il, ont conclu entre elles une ligue offensive et défensive ^ ». Ainsi, en 1754, aux yeux mêmes du public antiphilosophique, Jean-Jacques est de la secte; il n'a pas encore publié son second Discours, et pourtant il est rangé parmi ces « puissances philosophiques » qu'il a précisément combattues. Lui même, par instants, se laisse embrigader avec elles, et semble s'en faire gloire. 11 ne lui suffit pas
1. Lettre de 1753 (?), X, 74. — Le texte deMusset-Pathny, qui a publié le premier celte lettre [21], I, 26, porte : « Ce samedi matin 1753 » ; mais,- pour qui connaît les habitudes de Musset, il est fort probable que le millésime a été ajouté par lui.
2. Lettre sur la réfutation de son » Discours », par M. Gautier, I, 22-30; Lettre au sujet des remarques ajoutées à la « Lettre sur Omphale », VI, 238-248.