‹ La religion de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 158 sur 241 · Interprétation de ta nature · texte numérisé non relu

Interprétation de ta nature

a dû paraître plus d'une fois — c'est lui, du reste, qui le reconnaît — approuver par son silence une « philosophie cruelle qu'il croyait funeste au genre humain ' ». Quand il sortait de son silence obstiné, c'était par des explosions brusques, avec une impétuosité un peu fiévreuse, qui l'entraînait souvent au delà de sa pensée-. Encore incertain lui- même de ce qu'il voulait sauver de ses vieilles croyances, il devait alors, selon les heures et les entraînements de la conversation, céder presque tout ou refuser presque tout, et donner ainsi à Diderot l'impression « qu'il était ballotté de l'athéisme au baptême des cloches ' ». « Je suis chrétien », lui assurait-il parfois; « peu s'en faut que je ne croie à la résurrection^ ». Diderot et les autres pouvaient écouter ces boutades en souriant. Jean-Jacques avait donné trop de gages à la « philosophie », pour qu'on pût douter de lui; et ses amitiés semblaient garantir ses sentiments. Aussi, dans la petite société holbachique, s'amusait-on sans remords de ses sorties toujours excessives; et, si elles se faisaient trop attendre, on les provoquait. Grimm excellait à ce jeu. Ce moraliste qui conseillait au jeune comte de Frise de prendre trois maîtresses à la fois « en mémoire de la Sainte-Trinité ^ », avait du goût pour les impiétés; elles mettaient Jean-Jacques mal à l'aise et le révoltaient à la fin". Mais c'est D'Holbach surtout qui prenait le plus souvent plaisir à stimuler la philosophie trop indolente de son hôte. « Rien n'était plus ordinaire, avouera-til plus tard, que la conversation de Jean-Jacques; mais elle devenait réellement sublime ou folle, dès qu'il était contrarié. J'ai à me reprocher d'avoir multiplié ces contrariétés, pour multiplier ces moments d'éclat et de

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