Lettre du 20 juillet H.ji l30j
dOC. LA FORMATION RELIGIEUSE DE ROUSSEAU.
séjour à Genève '. Mais la vraie conversion, pe fandrait-il pas la chercher plutôt à la fin de ce séjour, après que, quatre mois durant, il aura respiré cette atmosphère chrétienne, qu'il aura « fait tous les offices d'un bon protestant », et que, dans les temples où il allait prier jadis, il aura chanté avec ses « frères » les vieux psaumes genevois S — après surtout qu'il aura fréquenté tant de braves gens, dont l'honnêteté est une des formes de leur christianisme, après qu'il aura causé avec tant de « vénérables pasteurs des âmes », d'^ne théologie point farouche et peu encombrante, chez qui la foi semble surtout un principe de charité, de civisme, de modération? La dédicace du second Discours, à laquelle j'emprunle cet éloge, a été datée par Rousseau de « Chambéry, le l'^juin 1754 » ; mais cette date, comme le choix du lieu, répond à un scrupule politique ^ Il est trop évident que ce tableau attendri du clergé genevois n'a pu recevoir toutes ses couleurs que sur place ou dans le premier enthousiasme des souvenirs. « Tout le monde sait, dit-il, avec quel succès le grand art de la chaire est cultivé à Genève/ ». C'est que, de nouveau, il s'était assis sous la chaire de ses pasleurs, et qu'il était redevenu l'auditeur docile, sérieux, prompt à s'émouvoir, qu'il avait été dans son enfance. Tel de ces sermons genevois laissera chez ce grand écrivain, qu'on pourrait croire blasé, une impression inelfaçable 'K 11 lui suffira d'en avoir entendu quelques-uns, pour retrouver, comme d'instinct, la façon protestante de juger la vie et d'en comprendre les devoirs, pour sentir se raviver en son âme les vieux « préjugés » de la morale chrétienne, que ses amitiés « philosophiques » avaient à peine entamés. La Lettre à D'Alembert et la Nouvelle Hêloïse nous eii donneront bientôt la preuve. Mais déjà ses amitiés genevoises le disent assez; car, si