Lettre à Vernes, du 18 février 1738, X, I8IJ
qui était en même temps un ministre, devait suffire à ce converti patriote pour se justifier à lui-même sa conversion ' : entre la théologie impérieuse des docteurs de Sorbonne et Tathéisme pratique des jeunes abbés de salon qui collaboraient à V Encyclopédie, la religion des pasteurs de Genève semblait lui l'ournir un compromis.
Cette nouvelle génération de pasteurs, dont bientôt D'Alembert allait vanter les « mteurs exemplaires » et le « socinianisme parfait ^ », ne ressemblait plus guère, en effet, aux premiers réformateurs. Non qu'ils eussent officiellement renoncé aux dogmes des grands ancêtres; mais ils s'étaient mis peu à peu d'accord pour faire le silence sur ces dogmes : le contenu des formulaires se vidait de plus en plus; et c'était la Compagnie elle-même, qui demandait à ses nouveaux ministres, en 1725, de « ne traiter dans les chaires aucune matière curieuse et inutile et qui tendît à troubler la paix'' », — proclamant ainsi la plupart des dogmes « inutiles », grief décisif, dont on ne se relevait guère au .wni"^ siècle. Dans ce christianisme, auquel les ministres de Genève restaient attachés par tant de liens, et par une tradition si forte, ils ne mettaient plus l'accent essentiel sur les mêmes choses, et demandaient surtout aux dogmes d'étayer la morale.
On connaît l'homme distingué qui fut, au début du xvnr siècle, l'émancipateur de la théologie genevoise. Ce